PostHeaderIcon Collections, par Danielle Geroda

 

 Collections, par  Danielle Géroda

Sur une musique de percussions africaines.     

 

Collections, Collections, vous avez dit collections !

Il y a ceux qui ramassent de vulgaires cailloux de nos sous-sols à défaut de pouvoir exposer, derrière une vitrine , des pierres un tantinet plus précieuses. Il y a les collecteurs de plumes de nos hôtes volants, ce qui devient le prétexte d'une exploration parfaite de lieux aériens. Il y a les plus sages rêvant de pays lointains et vagabondant au fil du collage méticuleux de leurs timbres de prestige. N'oublions pas, non plus, les amateurs d'étiquettes, trophées de bouteilles délicatement appréciées ou encore les fanatiques des affiches de cinéma 1900, grandeur nature, afin de conjuguer présent et nostalgie du passé. . . .

Moi, je vous parlerai de la collectionneuse hors pair que je suis, dévoreuse de voitures où : l'élue de mon coeur, aujourd'hui à l'apogée de sa gloire connaîtra une phase plus que déclinante demain.

Que de souvenirs depuis cette 202 ! celle qui fut à l'origine des premières vacances familiales mais qui ratait, en toussant et crachant tous ses départs ou arrivées et qu'il fallait religieusement abandonner aux bons soins d'un mécanicien de fortune avant, bon gré, mal gré d'envisager un retour en train. Restancarafe était «  son petit nom charmant venant tout droit de mes parents. »

Vous comprendrez qu'il fallut la remplacer très vite, par Dame Dauphine, fâchée avec la vitesse. Peut-être était ce dû à cette charge impressionnante de briques monopolisant le coffre pour lui éviter de devenir un cercueil ambulant. Les moult kilomètres déjà effectués avant son acquisition ont accéléré la séparation.

Elle dut céder la place à une petite nouvelle : une 4 L , bons pneus, bons phares mais qui finit malheureusement ses jours, de nuit, à un passage à niveau. La conductrice que je suis aurait bien failli ne plus retrouver les joies de la conduite . . .

Mais surgit la Polo, une Rabbit, qui du lapin n'avait que le nom, même si, certes, c'est en pleine campagne qu'elle se coula une bielle. Cela me permit d'expérimenter un retour aérien sur le camion de dépannage.

On prend les mêmes et on recommence . . .grosse panne d'alternateur pour cette Golf, après une folle équipée de nuit, sans lumière, sur une voie rapide de la région parisienne et finissant son circuit encadré par deux motards. Quel succès !

Ah, la Scirocco bleu nuit qui suivit fut la reine des voitures, seule avec une consoeur, dans les rues de la ville, elle signalait toujours ma présence . . Mais elle aussi finit à la casse. La prime Jupette me fit la renier. Comme le remords s'est emparé de moi par la suite, en pensant à cet abandon cruel. «Mais avec le temps, tout s'en va »

Une BX est venue à la rescousse et m'a , à nouveau, comblée de joie. Elle avait le mérite d'être passée dans d'autres mains familiales ce qui lui conférait un titre de noblesse particulier. Elle contenta, à défaut de me satisfaire, un jeune apprenti, plein d'ambition pour les vieux jours de cette duchesse.

Continuons avec une Fiesta . . . Mais là, je laisse l'histoire se poursuivre, car cette voiture -ci continue encore sa route.

Dommage que toutes ces voitures, plus certaines passées à l'as, n'aient pu trôner dans un quelconque coin de mon jardin. J'aurais eu plaisir à dialoguer avec elles pour parler du temps jadis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PostHeaderIcon Vivez Joyeux, scènes 3 et 4, par Vincent

                                                                                     SCENE III

                                             (sénator Point, Mme Virgule, le narrateur)

 

 

SENATOR POINT : en tant que euh euh euh en tant que sénator de l’île vilaine, je suis heu heu heureux de vous remercier de m’avoir confié vos intérêts et…

 

VIRGULE : excusez moi Mr point

 

SENATOR POINT : sénator Point Mme Virgule, sénator Point, qu’y a-t-il ?

 

VIRGULE : vous ne devriez pas dire vos intérêts mais plutôt l’intérêt que je vous porte ou que vous me portez ou ,plus classique ,que vous me portasse, enfin intérêt porté semble plus juste que intérêt confié, qui fait comment dire plus, plus financier et en ce moment et pour les deux mille ans à venir financier ce n’est pas bon Mr le sénator.

 

SENATOR POINT : (en aparté) : Mais qu’est-ce qu’elle me fait celle là, le pognon que ça ma coûté en bakchich, celle là alors ! Je pourrais même dire truandé, truandé porté si j’veux, j’suis élu! qu’elle niaqoué celle là

(tout haut) Vous avez excellemment raison Mme Virgule, vous êtes une perle de la diplomatie « Que serais-je sans vous qu’une seconde arrêtée au cadran de ma Rolex » ahah.

 

VIRGULE : ce que vous pouvez être drôle Mr le sénator, vous êtes le plus drôle de tous les sénators que j’ai connus

 

SENATOR POINT : que voulez-vous dire par le plus drôle ? (Aparté) Si je passe pour un comique auprès de la population mon mandat risque d’être bref. (tout haut) Drôle dans le sens comique ?

 

VIRGULE : ah pas du tout… drôle… dans le sens détonnant

 

SENATOR POINT : ça pour détonner ça détonne, ça me rappelle quand Joe Chiachia a chiatellisé mon prédécesseur

 

VIRGULE : pas détonnant, étonnant Mr Point

 

SENATOR POINT : sénator Point ! 

 

VIRGULE : pardon, sénator Point, oui étonnant vous êtes étonnant, personne ne vous attend à l’endroit où vous apparaissez… élu sénator dès la 1ere fois l’avant 1er tour !

 

 

 

SENATOR POINT : je sais être persuasif Mme Virgule, la plupart des problèmes ne sont pas des problèmes, quand vous savez expliquer à vos concitoyens avec les points sur les i ! Mme Virgule, les points sur les i ! Qu’ils n’ont pas intérêt à la jouer ni con, ni citoyen, alors ils vivent heureux chez eux au coin de la télé au chaud, qu’est-ce qu’ils viendraient foutre dans la rue, vous y allez vous dans la rue Mme Virgule?

 

VIRGULE : oh non Mr Point

 

SENATOR POINT : sénat or putain t’en veux un point sur les i… finissez votre phrase Mme Virgule j’aime écouter la base qui m’ fait remonter ses lamentations, j’écoute ça, ça coûte rien, vous disiez donc ? Mme Virgule, vous sortez dans la rue, la manifeste et tout le toutime ?

 

VIRGULE : ah ben non sénator j’suis pas d’la rue, j’suis une secrétor d’intérior.

 

SENATOR POINT : (en aparté) C’est vrai quel meuble, elle est commode mais quel bahut.

(tout haut) Bon revenons à mon discours d’intronisation, je reprends : chers amis je suis ému par la confiance dont vous avez fait preuve en m’élisant, étonné même… à votre place je n’aurais pas été aussi veule !

 

VIRGULE : Mr Point

 

SENATOR POINT : sénator

 

VIRGULE : vous ne pouvez pas dire ça !

 

SENATOR POINT : vous avez raison Mme Virgule, notre démocratie n’a pas atteint le degré de maturité pour entendre une vérité telle que celle qui est mienne, vous êtes la sagesse de cette  Administration… Mme Virgule, puis je vous poser une question ?

 

VIRGULE : Oui OUI

 

NARRATEUR : pauvre petite, la voila qui tremble comme une feuille, flutepute si c’est pas malheureux

 

SENATOR POINT : Si vous aviez le droit de vote, est-ce que vous auriez voté pour moi Mme Virgule ?

 

NARRATEUR : voyez-vous comme elle, l’ombre immense du sénator Point se détacher sur le mur? Une ombre étrange, massive et droite. Un énorme point surmontant une barre froide. Un point sur un i. dirait on, comment ça vous ne voyez rien ?

 

VIRGULE : oui sénator oui oui bien sur comme tout le monde Mr le sénator comme tout le monde.

 

                                                     SCENE IV

                    (D’abord le narrateur et Sol puis, à part : sénator Point, Pivert Malakofffff)

 

 

NARRATEUR : Un cling résonne dans la montagne blanche, le cling de la pelle s’enfonçant dans la neige, c’est évident, faut tout vous expliquer

 

SOL : il pèle et la pelle pèle la neige

 

NARRATEUR : voyez un peu ce Sol Undergreen s’arrêter dans son activité et réfléchir à l’immense haïku qu’il vient de créer. Il pose son outil contre un tronc et entreprend d’écrire le fil de sa pensée à même la blancheur du sol et ce , avec le pied, à la manière de certains grands auteurs français du passé présent dont même les Anglais nous envient la disparition. Notre héros, Sol Undergreen, est à ses heures, je le précise, perdues (chez lui tout est perdu alors les heures…) est un adepte du land art… ah, c’est semble-t-il raté, nous dirons : ce fut en voulant corriger les fautes d’otografe que l’œuvre de l’immaculé spontané, c’était le titre qu’il lui avait donné, se transforma en une bouillie informe.

 

 

SOL : ça me servira de leçon, il ne faut jamais corriger le spontané. N’est pas Andy qui veut, j’entends Goldsworthy le seul Andy qui soit !

 

NARRATEUR : Pendant qu’il reprend sa pelle et cherche un autre coin dépourvu de roche pour y creuser la tombe de son chien, un toc vibre sur une porte à des lieux de là, puis toc toc,toc,toc,toc,toc,toc,toc,toc.

 

 

SENATOR POINT : C’est vous Pivert ? Entrez donc et cessez de toquer.

 

NARRATEUR : Le sénator regarde s’éloigner de lui les fesses de sa secrétaire qui, en croisant le regard libidineux de Pivert, les serre un peu plus. Pivert Malakofffff (prononcer fffeu comme un chat en colère) est un comptable Brusso-Balbanais, que l’on surnomme Pervers Malakofffff, il a été embauché par le sénator Point pour tenter de mettre de l’ordre dans sa comptabilité, quel merdier pour le fisc entre nous soit dit. Il dirige une équipe de lui-même qui a lui seul a réussi à remonter le CAC 40 à 50 et le NASDAQ à comac.

 

SENATOR POINT : quelles sont les nouvelles pour notre affaire ?

 

PIVERT : ji mi li escusi bi ba mi li missi el i rati totalemi rati .

 

NARRATEUR : Pivert Malakofffff s’exprime dans un léger accent de Gale du sud qui trahit son cursus universitaire dans la prestigieuse : « Bavard university of Birkili » dans l’Y aie oh ! Flutepute, ça fait mal d’l’ dire. Vous avez mal nulle part vous ?

 

SENATOR POINT : comment ça échouer ?

 

PIVERT : titili

 

SENATOR POINT : totalement ?

 

PIVERT : titili !

 

SENATOR POINT : que s’est il passé ?

 

PIVERT : il i confondi li chi avé li maitri.

 

SENATOR POINT : ce n’est pas possible, je rêve.

 

PIVERT : ni ni que ni ni…

 

NARRATEUR : réplique timidement Malakofffff avec cette exquise politesse qu’ont toujours affectionnée les comptables de la pègre universitaire of Bikili dans l’Y aie oh. C’est alors que le sénator eut cette réplique que les historiens ne finissent pas d’historier et les étudiants d’oublier :

 

SENATOR POINT : c’est un âne ! Il bute un chien ! Est-il humain ?

 

PIVERT : ji mi l’expliqui patroni, ji mi dépéchi, dépéchi, viti,viti…

 

SENATOR POINT : te dépêcher pourquoi, c’est nous la loi !

 

PIVERT : viti, viti, qui ji arrivi au ski qui ji vi pas li, li chi

 

SENATOR POINT : le chien

 

PIVERT : li chi

 

SENATOR POINT : c’est sûr pour caguer tu fais caguer Malakofffff, tu fais deux cents bornes, dans la tempête, avant de t’apercevoir qu’au lieu d’avoir kidnappé le contrat, à l’amiable je précise, tu avais enlevé le cabot! mais c’est pas possible !!

 

PIVERT :chi chi

 

SENATOR POINT : qu’as-tu fait du chien ?

 

PIVERT : buti.

 

SENATOR POINT : butter, abruti !

 

PIVERT : si si impératri.

 

SENATOR POINT : ah ne me flatte pas j’ai horreur de ça, si si impératri pourquoi faire ?

 

PIVERT : un contri é un contri !

 

SENATOR POINT : j’en suis contrit et for marri et puis t’es rentré bien tranquilli avec ta connerie et moi je dépense un pognon fou en contrat à l’amiable !

 

PIVERT : j’i arranji li problémi, ji téliphoni.

 

SENATOR POINT : à qui ?

 

PIVERT : à Sol Undergris.

 

SENATOR POINT : green, si t’es daltonien en plus je comprends l’erreur, pourquoi tu l’as appelé ?

 

PIVERT : pour qi récupiri li chi.

 

SENATOR POINT : pourquoi faire ?

 

PIVERT : li surprisi patroni li surprisi di chif.

 

SENATOR POINT : du chef, la surprise du chef! Quel cocktail Malakofffff, tu devrais essayer de faire simple, je t’explique, je te dis « élimine le contrat à l’amiable« , bon il a peut-être une tête d’épagneul breton ou même de berger allemand vu qu’il essaye de nous faire croire qu’il est flic, d’accord! Mais tu repères bien sa petite tête et tu confonds pas et tu joues pas au vétérinaire avec le chien, avec le chien d’un con de pseudo flic indien dans la montagne, tu fais simple Malakofffff! Y t’ont pas appris à l’university?

 

 

NARRATEUR : malgré que nous n’ayons pas de psychiatre sous la main (sinon nous l’aurions pendu ils ne sont jamais là quand nous avons besoin d’eux ces escrocs), nous sentons bien ici que le sénator peine à maîtriser une haine d’une puissance qu’il n’avait plus connu depuis la dernière tentative de rétablissement de la démocratie par un groupe de républicains qu’ont tous été fusillés, heureusement pour son hypertension de l’époque qui est toujours élevée pour un homme de son âge, quoique sa corpulence ne plaide pas en sa faveur et, comme lui avait dit si justement le Professeur Joyeux Laborieux : « un mètre 50 sur un mètre 50 c’est dur de pas se tasser les artères de la racine jusqu’au carré », mais les explications médicales ne sont pas toujours claires sauf pour l’industrie pharmaceutique qui écrit les sous titres, oui bon ça va hein excusez moi. Je résume : la tentation de la strangulation fourmillait dans les doigts du sénator Point.

 Pendant ce temps, Au loin là haut, telle la chèvre de Mr Seguin, Sol Undergreen perçoit dans l’air ambiant un hurlement de loup lointain, faible mais glaçant, plus gelé que la neige, plus froid que la petite tombe qu’il vient de creuser pour son fidèle Milou. Son instinct d’anarcho-taoïste d’indien cévenol habitué à la méditation avec le grand Tout ne le trompe pas, quand il contemple la situation présente : géographie éloignée, chien abattu, solitude, appel de la forêt, les hauts de Hurlevents, ma cabane au canada, tout, absolument tout lui rappelle que sa situation est pire qu’à Megève un soir de jour de l’an et qu’elle ne peut qu’empirer.

Il met son esprit aux aguets, vérifie qu’il n’y a aucun appel laissé sur la messagerie de son téléphone i teck de bois et alors là, l’esprit tranquille, commence par se méfier de tout. Il a froid, il est seul, il songe 

 

SOL : quelqu’un a-t-il donc tiré à lui ma couverture pour me découvrir ainsi ?

 

NARRATEUR : admirable, quel talent, car Sol Undergreen est plus qu’un simple flic, ça tout le monde peut l’être même un gendarme et….excusez-moi.

 

PostHeaderIcon Labyrinthe, par Michelle Jolly

michellelabyrinthe1Labyrinthe

 

Au bout des 500 marches, je m’arrêtais silence mouillé, l’eau gloupait, étendue froide et grise, des phallitiges pullulaient autour de moi, c’était la saison.. Quelques vieux trécarres ensablés, restaient là ; voiles déchirées, les mats emmédusés, collant à mes mains.

Plus loin, oublié sur la berge, un bransor à peau noire s’expeinait dans un blues à pleurer.

Des éclassures blanches dervichaient sur moi, au milieu du lac, un ventre-mère s’arrondissait, gonflait, comme une respiration, avant, peut être de se désentrailler de tous bords !

Dans l’odeur nauséabonde, je cherchais le sucre, le miel, le cuit ou le sucré, l’encens ou l’algue, rien, un monde d’eau glauque. Sacré ? Païen ? Je ne savais pas, « Quel déconsard ce Minotaure !! Pensais-je, il m’a bien piégée ».

Je voulais retrouver le labyrinthe, et faire le chemin à l’envers, mais quelle direction prendre ?

Je me dirigeais vers la ligne qui partait sous l’arbre en forme d’organce, c’était plus sûr.

J’abandonnais pas à pas les diaprassures du lac, et fonçais ; il faisait presque nuit, j’allais à mythons, mes pieds incertains heurtaient tantôt des toiles et des fumées, tantôt dans la catanité du ciel, étoiles et corriches brillant de leurs feux.

michellelabyrinthe2Je me souviens de mon inconciel courageux, de cette quête qui me jetait en avant, se tavrir ? non ! il fallait avancer. Je pris à gauche, alors qu’il m’avait dit à droite mais je me méfiais de lui ! Un hador m’apparut, ailes déployées, errant comme moi, rasant ma tête, j’eus peur, mais l’interionique me disait que j’étais dans le bon chemin ?

J’avançais, lignes croisées, se multipliant, rituel, et magie, j’avançais toujours, enfin, après une paroi de pierres où les sagramites accrochées et vertes fleurissaient, je sus que j’arrivais à la lumière…

 

 Michelle Jolly

 

 

 

 

 

 

PostHeaderIcon Mon premier domicile, par Régine Vivien

Mon premier domicile

 

 

 

C’est mon premier domicile

 

Il était tout arrondi

 

Sombre et humide

 

Mais chaud et rassurant

 

Je glissais

 

Je m’épanouissais

 

Je dormais

 

Je grandissais

 

Dans l’odeur chaude

 

Dans l’odeur de pain

 

Au son de cette voix

 

Heureuse et claire

 

Je dormais

 

Dans mon logement

 

Ce n’était pas une mansarde

 

Non c’était une bonbonnière

 

Ou je vivais

 

Caché, protégé

 

Douillettement couvé

 

Quelquefois j’étais malmené

 

Quand je percevais

 

Une odeur d’énervement

 

Une saveur de fatigue

 

Tout autour de moi

 

Alors je me roulais

 

En boule

 

J’attendais

 

Cela ne durait pas

 

Et l’amour, l’espoir

 

Se diffusaient à nouveau

 

Et me gagnaient

 

Moi

 

Qui ne pouvait

 

Encore

 

Ni vagir, ni babiller

 

Je sentais que

 

L’on me berçait

 

Je me laissais aller

 

Je roulais de-ci de là

 

Ce logement ne

 

Possédait pas d’angle

 

Jamais je ne me cognais

 

Je nageais dans une mer

 

Complice

 

C’est mon premier domicile

 

Il était tout arrondi

 

 

 

Régine Vivien Le 30 novembre 2009
d'après la phrase : "c'était mon premier domicile, il était tout arrondi".

 

 

 

 

PostHeaderIcon concours Les 4 éléments, et Le Hangar

Voici deux concours nous ayant été communiqués:

1.Concours de l'association Le Hangard

Bonjour,

Notre site d'échanges autour de la littérature, le-hangar, organise pour Noël un petit concours. Trois catégories sont ouvertes : poésie, théâtre et nouvelle. Pour récompenser les meilleurs écrits, une oeuvre d'Eluard, de Beckett et de Sartre seront attribuées aux lauréats. Peut-être que quelques uns des membres de votre atelier d'écriture seraient éventuellement intêressés par cette initiative. C'est pourquoi je me suis permise de vous en faire la publicité.

Bien à vous,

Sonia G.

www.le-hangar.com

2. CONCOURS de NOUVELLES 2009-2010

Thème : Les QUATRE ELEMENTS
doté de 350 €
de prix en espèces
et d’une EDITION des QUINZE premiers

sous forme de livre-recueil à compte d’éditeur
organisé par
Editions du Bord du Lot.
Le règlement est reproduit ci-dessous.
Vous pouvez aussi le retirer à :
EDITIONS du BORD du LOT  10 Bd Danton 47300 VILLENEUVE sur LOT
ou le télécharger sur www.bordulot.fr
ou à demander à: contact@bordulot.fr
P.S. Résultats concours 2008-2009 et vente du recueil de nouvelles primées sur www.bordulot.fr

Attention : date limite 31 décembre 2009

CONCOURS de NOUVELLES organisé par Les EDITIONS du BORD du LOT

 

Thème imposé: Les quatre éléments

 

Les Editions du Bord du Lot, vous proposent de faire appel à votre vécu ou à votre imagination pour faire partager, sous forme de nouvelle, une aventure mettant en jeu un ou plusieurs des quatre éléments:?La Terre, l’Air, le Feu, L’eau.

 

  - Exemple:  une aventure paysanne  - La terre

 une aventure aérienne  - L’air

 une aventure catastrophe  - Le feu

 une aventure maritime  - L’eau

 

ou une combinaison de tout ou partie de ces éléments, ou encore une nouvelle allégorique.

 

Déclaration liminaire:

 

Ce concours a pour finalité la sélection de quinze nouvelles qui seront éditées (à compte d’éditeur) sous forme d’un livre/recueil, sur la base d’un contrat d’édition qui sera proposé aux quinze auteurs dont les nouvelles auront été classées premières. En cas de refus d’un ou de plusieurs auteurs, le contrat sera proposé aux nouvelles classées à la suite. 

 

Article 1:

Ce concours est ouvert à partir 1er juillet 2009.? Les participants devront poster leur texte avant le 31 décembre 2009 à 24h , par courrier postal ou par internet (voir art.4), en un exemplaire, cachet de la poste faisant foi. Les textes expédiés hors délai seront détruits sans être ouverts, y compris le chèque de participation.

 

Les envois sont à adresser en courrier normal (pas de recommandé) à?:

 

EDITIONS du BORD du LOT 10 Bd Danton 47300 VILLENEUVE sur LOT

 

Article 2:

Le thème imposé devra se présenter sous forme de nouvelle et s’articuler autour d’un texte mettant en scène un ou plusieurs des quatre éléments. Ce texte peut être vécu ou imaginé.

 

Article 3:

Ce concours est ouvert à tous et à toutes, catégorie adulte, à partir de 18 ans.

Les textes devront être écrits en langue française.

Chaque candidat devra présenter son texte sous forme dactylographiée, format de page A4 (21/29,7 cm), paginé (numéroté) , interligne 1,5, police de caractère Times ou équivalent, taille de la police de caractère 12, marges minimum 20?mm sur les 4 côtés.

La nouvelle devra comporter 6 pages maximum.

Les feuilles ne devront pas être agrafées pour faciliter leur reproduction pour les différents lecteurs.

 

Article 4:

La nouvelle devra obligatoirement porter un titre. Aucun nom, aucune signature ni?signe distinctif ne devront y figurer sous peine d’invalidation.

 

POSSIBILITÉ 1: La POSTE

L’envoi devra être fait dans une enveloppe de préférence au format C4 ( 229x324mm) ou minimum C5 ( 162x229 mm) pour éviter que les feuilles ne soient exagérément pliées.

L’auteur joindra à son envoi une fiche dans laquelle figureront sur papier libre?:

- nom et prénom - âge? - adresse? - si possible adresse e-mail - n° de téléphone 

- le titre de la nouvelle.

Pour une meilleure lisibilité, ces informations devront être dactylographiées.

 

Si le participant n’a pas d’adresse mail et souhaite recevoir les résultats, même si sa nouvelle n’est pas primée, il joindra une enveloppe timbrée à son adresse

 

POSSIBILITÉ 2: INTERNET

La nouvelle pourra être envoyée sous WORD, WORKS ou en .pdf, exclusivement, en «Pièce jointe» avec comme nom de fichier le titre de la nouvelle dans un e-mail qui donnera dans le message les mêmes renseignements que ci dessus à savoir:

- nom et prénom - âge? - adresse? - adresse e-mail - n° de téléphone 

- le titre de la nouvelle.

Dans les deux cas, un N° d’enregistrement sera attribué. Les participants ayant une adresse internet recevront un accusé de réception par e-mail.

 

Article 5

Le thème défini devra être respecté. Dans le cas contraire, le candidat sera considéré «?hors concours?». Une seule nouvelle est admise par candidat.

 

Article 6:

Chaque candidat s’engage à garantir l’originalité de l’œuvre qu’il présente, à défaut de quoi le plagiat ou la contrefaçon pourrait lui être reproché et il en supporterait seul toutes les conséquences.

Le texte envoyé devra obligatoirement être inédit et jamais primé.

Article 7:

La participation aux frais du concours est de :

 

POSSIBILITÉ 1 - La POSTE

 9€, à joindre dans l’enveloppe contenant les coordonnées, par chèque à l’ordre des Editions du Bord du Lot.

 

POSSIBILITÉ 2 - INTERNET

12€ à payer?par le site www.bordulot.fr. par Paypal ou C.B.

La différence représente le surcoût d’impression de la nouvelle et de traitement du paiement.

Cette solution est accessible à nos participants français et étrangers.

 

Article 8

Le jury sera composé du directeur des Editions du Bord du Lot et de son comité de lecture, lecteurs et lectrices sélectionnés garantissant une pluralité de goûts. Les membres du jury ou leur famille ne peuvent participer au concours.

Les résultats seront publiés le 16 juin 2010 sauf empêchement majeur qui serait annoncé par mail et sur le site.

Article 9:

Le concours est doté de quinze prix.

 

Premier prix: chèque de 200 € et un contrat d’édition

Deuxième prix: chèque de 100€ et un contrat d’édition

Troisième prix: chèque de 50€ et un contrat d’édition

 

Quatrième au quinzième prix: un contrat d’édition

 

Les nouvelles classées de 1 à 15 seront éditées sous la forme d’un livre-recueil avec dépôt légal à la Bibliothèque Nationale (ISBN) et diffusion par Bord du Lot, dont chaque gagnant (y compris les trois premiers) recevront gratuitement cinq exemplaires.

 

Bien entendu cette édition suppose l’accord individuel des gagnants. Ceci fera l’objet d’une proposition de contrat d’édition entièrement à compte d’éditeur* . Si un d’entre eux le refusait, la nouvelle classée seizième se verrait proposer de prendre sa place et ainsi de suite.

 

Le livre-recueil des nouvelles primées de l’édition 2008-2009

sera prochainement en vente sur www-bordulot.fr

 

Les gagnants seront avertis personnellement et recevront leur prix par voie postale, les résultats seront connus sur le site de l’éditeur www.bordulot.fr.

Les textes gagnants, sous forme de livre/recueil, seront mis en vente, entre autres, sur le site des Editions du Bord du Lot.

 

 

Article 10:

La participation au concours implique l’acceptation sans réserve du présent règlement, y compris l’autorisation expresse de présenter les nouvelles primées sur le site de l’éditeur. Pour tout renseignement complémentaire par mail ou courrier exclusivement:

- EDITIONS du BORD du LOT -

10 bd Danton - 47300 VILLENEUVE sur LOT

 

www.bordulot.fr - contact@bordulot.fr



PostHeaderIcon Le parfum du chèvrefeuille, par J.-C.BOYRIE

Le parfum du chèvrefeuille.

« Bele ami, si est de nos,
            Ne vos sanz moi, ne moi sanz vos »

Marie de France.

CHEVREFEUILLE



Juste après la pluie.
Le soleil déjà haut perce la couche de nuages,
darde ses rayons, échauffe la végétation,
éveille les sens de la belle assoupie.
C'est déjà la moiteur d'un presque jour d'été.
L'herbe mouillée exsude une vapeur légère.
Un voile flotte au dessus des buissons,
danse, vite emporté par le vent qui se lève.
Ainsi dit le vent d'ouest, venu de l'Océan,
balayant le royaume invisible des fées.
L'or des genêts déjà brille de tous ses feux.
Sur la lande s'épand son odeur douce amère

Juste après la pluie.
Ombre et lumière. Le bruit de la mer.
Le murmure du vent dans les arbres.
Une promeneuse solitaire erre en ce lieu désolé,
suit un sentier caillouteux qui n'en finit pas.
La blonde inconnue ne voit rien, ne veut rien voir.
Son regard vide est brouillé d'amertume.
Ses yeux sont égarés dans le passé du songe.
Elle voit sur sa route une coudre équarrie,
s'arrête : ce rameau, d'une coudée de long,
l'intrigue. Il ne peut être advenu par hasard.
Pour sûr, c'est à dessein que quelqu'un l'a mis là.
Une liane s'enroule autour de la baguette,
liane dont la fleur se nomme : chèvrefeuille.

Juste
après la pluie.
Image singulière en vérité, que celle
de ces deux végétaux étroitement unis,
au point qu'on ne saurait démêler l'un de l'autre.
Le chèvrefeuille, ayant fleuri deux fois, embaume.
Elle se penche, hume le parfum subtil
qui  monte jusqu'à ses narines frémissantes,
en faisant resurgir  des souvenirs enfouis.
Cette odeur qui la fait ardre en brûlant désir
se mêle d'un relent d'amours adultères :
une faute ancienne, ores expiée. Elle croyait
l'avoir chassée de sa mémoire pour toujours....

Juste après la pluie.
Une idée, un soupçon l'effleurent,
elle s'en défend, d'abord, farouchement.
« Non dit-elle, cela n'est pas, ni ne peut être ! »
Comment peut-on nier les choses qui furent ?
Cet effluve est porteur de nostalgie et non de remords.
Les larmes embuent aux yeux, sans qu'elle arrive à les refouler.
Elle ne peut se retenir de penser à son amant d'hier,
aujourd'hui l'exilé, le réprouvé, le proscrit.
Elle ne peut s'empêcher de l'imaginer tout proche,
alors qu'il se trouve au loin. Loin, très loin d'elle.
A moins que...


Juste après la pluie.
Elle a cette intuition terrible
qu'il a peut être enfreint l'interdiction du roi.
Qu'au péril de sa vie, il a  voulu laisser
une marque de son passage, une trace, un signe.
L'insensé !
Elle veut en avoir le coeur net.
Ramasse la baguette de coudrier et le chèvrefeuille avec.
Remarque entre les spires de la tige des mots gravés,
simples et maladroits.
Yseult pourtant sait lire le message de Tristan :
« Belle amie, ainsi va-t-il de nous :
    Ni vous sans moi, ni moi sans vous. »

Texte d'origine :

D'eus deus fu il tot autresi              Il en fut ainsi de tous deux
comme du chevrefueil estoit               
comme il en est du chèvrefeuille,
qui a la coudre se prenoit :             
lorsqu'il s'attache au coudrier,
Quant il s'i est laciez e pris            
qu'il s'y est enlacé et pris
E tot entor le fust s'est mis,            
et qu'autour du fût il s'est mis.
ensemble puevent bien durer,             
Ils ne peuvent vivre qu'ensemble
mes qui puis les vuelt dessevrer,         
et qui cherche à les séparer
li coudres muert hastivement
             tue aussitôt le coudrier
e le chevrefuiel ensement.                et le chèvrefeuille avec lui.

Marie de France, « Le lai du chèvrefeuille »

Traduction et illustration de l'auteur. Sur le thème de Tristan et Yseult, voir aussi sur Atelierdecrits.Canalblog
la nouvelle "La voile blanche de Saint-Malo"


PostHeaderIcon Ariane Loeb fera la lecture de ses textes le vendredi 4 décembre

COMITE DE QUARTIER

SAINT ROCH – ECUSSON

 

Le vendredi 4 décembre 2009

Bar Palace-

13 rue du four des flammes

 

Lectures et chansons

 

19 heures

 

En première partie, Ariane Loeb  et Claude Chabel liront des textes en prose, nouvelles et récits dont ils sont les auteurs, ainsi qu'une nouvelle d'Ida Fink qu'ils souhaitent vous présenter.

En seconde partie, Claude Chabel chantera des chansons de Jean Ferrat, Léo Ferré, Georges Brassens, etc… en s'accompagnant à la guitare.

Lecture + Apéritif 7€

 

 

À 21 heures,

 

Repas avec les auteurs

MENU

Assortiment de crudités

Confit de canard avec pommes persillées et champignons

Dessert

Vin

Lecture + apéritif + repas : 20€

Attention : Sur réservation, limité à 28 personnes (bulletin joint)

 

Organisation par le Comité de quartier St Roch Écusson et avec la participation du Bar Palace

 

 

 

Ariane LOEB vit à Montpellier. Membre du Comité de quartier Saint Roch Ecusson, elle écrit depuis l’enfance. Elle est titulaire d'un Doctorat d'Histoire et a publié plusieurs articles dans des revues spécialisées. Depuis quelques années, elle se consacre davantage à l'écriture de fiction et a travaillé dans différents ateliers d'écriture. Outre des nouvelles, elle a écrit un roman actuellement en lecture chez des éditeurs

Vous pouvez retrouver certains de ces textes sur :

http://atelierdecrits.canalblog.com/

 

Claude Chabel vit à Montpellier. Ancien professeur de lettres, écrivain, animateur d'ateliers d'écriture, il chante aussi et joue de la guitare. Il a    publié un recueil de nouvelles en 2006 et un roman en 2008, plus un certain nombre de textes dans des revues ou des recueils collectifs, dont certains lui ont valu des prix littéraires. Il travaille actuellement sur d'autres publications mais se consacre aussi à la musique et au théâtre

Il présentera et dédicacera ses ouvrages à la fin de la lecture.

PostHeaderIcon L'odeur de la lavande, par Coré (Myriam)

L'odeur de la lavande, par Coré (Myriam)


L’odeur de la lavande me ramène dans l’armoire en bois massif réservée uniquement au linge de maison.

Dés son ouverture : l’effluve du blanc imprègne mes narines.

Comme une étreinte d’enfance, comme la joue de ma mère toute proche de la mienne.

 

Les draps en coton épais, exhalent les bavardages féminins autour du lavoir.

Le rire des femmes entre elles, le cycle de la lune, qui reflète l’eau de mon baptême.

Les draps sont pliés de telle sorte que les initiales brodées soient bien visibles, comme un don de guérison donné en héritage, comme un code génétique transmis avec la douceur du prénom.

 

Les taies d’oreillers sont toutes proches, elles sont détendues, confiantes.

Elles savent qu’elles forment un couple indissociable avec leurs aînés, elles distillent l’alliance, l’haleine amoureuse de l’homme pour sa femme, l’intimité de la chambre à coucher, l’étreinte fidèle, le regard de la vérité.

 

Ce parfum de confiance ressemble à l’odeur de la terre, après une giboulée.

 

Sur l’étagère du dessus repose une pile de torchons, posés les uns sur les autres, leurs rayures évoquent un régiment militaire qui marche à la même cadence, semblable à une ordonnance : à prendre matin, midi et soir, ils me renvoient dans la cour de l’école où souffle le rire des enfants qui n’arrivent pas à tenir le rang.

 

Dans la rangée d’à côté, se trouvent les serviettes de table :

Elles ravivent la poule au pot du dimanche, les œufs dans le poulailler, la chaleur des repas de famille comme un collier de perles nacrées, les soupers à la lueur des chandelles, quand les enfants sont couchés, les yeux dans les yeux, le cœur dans le cœur, le parfum de la bougie qui pétille, le champagne qui se consume, passionné.

 

Juste à coté, comme l’enfant dans le berceau, des bavoirs sont assoupis.

Je revois la petite fille, qui cherche à imiter sa maman, en glissant ses petits pieds dans les talons aiguilles, je sens le doudou innocent, reniflé encore plus intensément, lors du 1er jour de crèche. Ils ont servi à tous les enfants du clan ; malgré le sable écoulé dans l’autre partie du sablier, les bavoirs sont restés d’un blanc immaculé, comme la neige sur laquelle on n’a encore jamais marché, comme le lait maternel.

Ils ont les bras grands ouverts, prêt à accueillir le nouveau-né suivant.

 

Le chemin de table me conduit chez les locataires du dessous.

Là, sommeillent les serviettes de bain et les gants de toilette.

Ils ont le privilège de connaître la vérité des corps nus, les petits bourrelets qui sentent bon la glace à la vanille, les années qui se sont égrenées ; la cicatrice d’enfance qui embaume le pain d’épice, le courage du pari fièrement gagné ; les grains de beauté qui exaltent l’arôme du café fraîchement torréfié ; les matins à la campagne, pieds nus dans la rosée, le regard intense de la mère pr son bébé.

 

 

Lavande essentielle, mystérieuse et sacrée, merci d’exister.

PostHeaderIcon Nuit enjôleuse par Th. F. Crassous

  Nuit enjôleuse


Ô nuit

En coraux des âges

Racine les sables encoquillés

Que la touffeur d’été arrache

Au visage frêle du vent,

Démon des désirs intrigants.

 

Ô nuit

Bulle éthérée aux limons des squelettes

Arrête la nostalgie aux lèvres des marées,

Eloigne le soc des glacis masqués.

 

Ô nuit

Sel de souffrances, fruits des mystères,

Goûte à la frange des suaires,

Aux regards furieux des bigornes,

Aux anneaux de l’adversité.

 

Ô nuit

Nageuse frelatée et obscure,

Des profondeurs de l’imposture

Vole au parfum des enfers

Les ambitions des morts-vivants

Que l’ombre des peuples de dunes

Cèle de leur croix d’argent.

 

Trop belles sont les nuits étoilées.

  Thérèse-Françoise Crassous-6 mars 2009

 

 

 

PostHeaderIcon peinture/écriture

Le dimanche 15 novembre, un stage peinture et écriture (Lignes folles et mots apprivoisés) s'est tenu à l'ADRA, animé par Michelle Jolly et Carole Menahem-Lilin. Voici la restitution de certains de ces visuels et textes.
Cliquer sur les noms pour aller aux pages, puis revenez en arrière pour poursuivre la visite. Carole.

Textes écrits sur des peintures de :

stage_carole_m_repetiteCarole


   stagechrisbananes2Christine

 

stagechristiane5Christiane


stagemyriam12Coré (Myriam)


stagecorinne_fleurCorinne


    

stageolivier10Draikin


stage_jean_claudeCHAOSJean-Claude



   
stagejoeloiseaux15

Joël

 


stage_julie_musiqueJulie

   


stagemichelle17
Michelle



stageNicoletartan
Nicole


stager_gine22
Régine



Stageth_r_sef23
Thérèse-Françoise



PostHeaderIcon L'arôme captif du thé, par Carole

L'arôme captif  du thé, par Carole

Tu viens de partir. Je sais que je ne te reverrai pas avant plusieurs jours, si ce n’est plusieurs semaines. Tu es comme ça. Lorsque nous avons passé un bon moment, tu dois te priver ; tu dois te punir.

Je porte à mes narines le petit sachet de thé vert qui, tout à l’heure, a infusé dans ta tasse. C’est un parfum d’arrière été, légèrement sûr et acidulé, feuilles cueillies humides après l’orage, écorces mouillées qu’on humerait lors d’une marche lente dans le sous-bois – exhalaison d’une plénitude timide, déjà échappée.

Tu es ainsi. A peine as-tu laissé aller ton regard intense, qui cille peu, sur les choses – à peine toi-même t’es-tu laissé allé, détendu, à quelques confidences – puis à poser, à ta manière inimitable, ces questions exactes dont je ne puis me passer, et qui sont presque déjà des réponses, les réponses qui me manquaient pour être pleinement moi-même - à peine as-tu souri, de ce sourire direct des réprimés qui me griffe le cœur – que te voilà debout, dans la nécessité du départ.


Non que tu sois pressé par le temps. C’est autre chose, une injonction vitale : fuir la fusion, te réunir seul, ailleurs. Et je mesure la force qui te garderait là (dans le plaisir de l’instant chaleureux) à la détermination que tu mets à partir.


Inutile de te retenir : tu n’en serais que plus long à revenir. Tu me jettes un regard de regret, nous accordes une brève accolade. m’attires contre toi, m’embrasses dans le cou. J’en profite pour humer, à la base de ton cou l’odeur légère, presque minérale, que je devine être celle de ton corps – et près, de ta bouche, le goût des herbes en fleur, et près de tes lèvres, l’arôme captif du thé. Mais l’étreinte est trop brève, je n’en retire que nostalgie.


Tu es une énigme. Pourquoi désirer un homme farouche ? Est-ce que l’amour simple me fait peur ?

Peut-être. Mais dire cela ne suffit pas. C’est vouloir ignorer ce que m’apporte ta présence, ce sentiment de vivre enfin à l’exacte verticale. Je sais que, si frustrant sois-tu, je ne te remplacerai pas. Je ne remplacerai pas celui qui, dans ma vie, ne veut tenir aucune place, mais sait seul m’accorder.


Ce n’est même pas triste. Tu me laisses le choix d’aimer ailleurs ; et d’aimer sans désespoir puisque, malgré ton recul – ou grâce à ton recul ? – je me suis trouvée.

Oui, ne ris pas : moi qui fuyais sans cesse me voilà prête à aimer sans haine. Tu as donné asile à mon intransigeance, pris sur toi mon ambivalence. Et je rêve, le croiras-tu ? d’un homme décidé et d’enfants sereins… Cela adviendra, je le sais : le rêve est le nid de la vie à venir. Je peux rêver ainsi, et même vivre peut-être. Je n’ai plus peur de l’engagement : si rien ne te donnera à moi, nul ne m’enlèvera à toi.


Du moins c’est ce que je veux croire. Ainsi vais-je philosophant, les soirs où ton vœu de légèreté m’est trop lourd. Les soirs où mes poings se crispent sur ton absence, où mes ongles griffent une peau absente.


Mais cela, tu ne l’entendras jamais.

Tu es parti. Tu laisses en t’en allant l’arôme légèrement amer, mais tenace, mais fervent, du thé vert.

Cette nuit est la tienne, et je ne dormirai pas.

PostHeaderIcon Modulations improvisées, par Paul

Modulations improvisées

Les images voltigent au rythme des violons, tournoyant autour du personnage dressé au centre, ses cheveux roux en pétards. Sur cette vue de fond s’ajoutent des portraits, des cadres mouvants qui content la vie du héros, décrivent ses amis et louent ses qualités. J’ai coupé le son des enceintes de l’animé et c’est désormais le trio qui joue en bas de chez moi qui donne le rythme. De temps en temps, le héros – un adolescent entièrement vêtu d’orange – se met à courir et la caméra se place derrière lui. Il fait des bonds prodigieux. On le voit maintenant lutter contre un autre type, tout en noir celui-ci : ce doit être son « double maléfique ».

Leurs corps émettent des halos, il leur pousse ailes et crocs. Ils peuvent se le permettre, ce n’est qu’un dessin animé…

Tiens, le générique est fini ! Dans le « résumé des épisodes précédents », les héros font de drôles de têtes. Ce doivent être leurs grands yeux qui les rendent si expressifs.

Je m’éloigne de l’écran, un sourire flottant au coin des lèvres, mais je dois prendre garde à ne pas rire. C’est que le personnage préféré de mon fils est entre la vie et la mort ! Le fait que celui-ci soit résolument du côté des « méchants » n’y change rien. Après tout, on trouvera bien une excuse au meurtre de toute sa famille. En tout cas, Lorenzo en est sûr : Itachi est « innocent ». Et il a ses sources d’information.

Il s’installe dans le canapé, la télécommande à la main. C’est quand même dommage qu’il n’écoute pas cette merveilleuse musique qui émane de la rue, portée par le vent. Mais non : il à son casque bien vissé sur les oreilles. Il est tranquille, dans l’ombre d’un de ses posters de ce même animé. Le temps est pourtant radieux dehors : les rayons de soleil se dispersent sur la vigne alentour et font ressortir les couleurs vives des bâtiments. J’espère que le trio de musiciens s’est trouvé une place à l’ombre.

Dans quelques heures son ami viendra. Ils essaieront de se persuader de faire un tour dehors, entre deux parties.

Avec un petit coup de pouce de ma part ils partiront avant la tombée de la nuit. Peut-être iront-ils après, d’ailleurs. Il est bien agréable de courir et rire dans la fraîcheur de la nuit.

Le téléphone sonne, couvrant la mélodie. Le numéro est indiqué « Secret » : ce doit être mamie, je laisse sonner. Je l’appellerais plus tard pour lui dire que non, désolé, Lorenzo n’ira pas la voir ce week-end.

La musique continue. J’observe les artistes à travers la moustiquaire à laquelle tient tant Lorenzo, toujours affalé sur le canapé-lit.

Tiens, il y a un attroupement en bas. Je vais descendre voir. Je jette un œil à l’écran plat : privés de paroles, les plans se succèdent sans raison apparente. Tant pis, je descends.

Soudain, notre chatte Milka, boule de poils noire et blanche, saute de l’étagère. Elle atterrit sur le haut de l’écran plat, dérape - elle est habituée à la largeur de notre ancien poste – et passe devant l’écran. Elle a dû appuyer quelque part ou bien débrancher quelque chose, car l’écran s’éteint subitement. Seule subsiste l’œuvre du Trio Zéphir, accompagnée des modulations improvisées du chat.

Paul Lilin (13 ans)

PostHeaderIcon Tant va le temps, par Laurence Bourdon

Tant va le temps
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Le temps s’étire en longueur, tel un élastique qui va à la limite du point de rupture. Le vieil homme chenu attend, assis sur sa chaise à bascule. Son visage buriné est ridé comme une vieille pomme. Ses mains calleuses laissent voir le relief de ses veines. Il attend que s’étire le temps comme un élastique à la limite du point de rupture. Il attendrait sa propre rupture s’il n’y avait l’enfant, l’enfant de sept ans qui passe le voir jours les jours après l’école. Dieu qu’ils s’aiment tous les deux sans effusion aucune et bien qu’aucun lien de parenté de les unisse. Les week-ends paraissent terriblement longs à l’aïeul lorsqu’il ne voit pas le petit. Ce gosse, c’est la vie qui entre à la maison : tout l’intéresse, surtout ce qui se passait du temps où le vieux ne l’était pas encore.

La Caroline du sud n’avait pas encore craché tout son venin alors. Le racisme était monnaie courante et même s’ils n’étaient plus esclaves les Noirs étaient encore dans les champs de coton. « Eh oui » répétait inlassablement le vieillard au gamin « la Caroline du sud n’avait pas encore craché tout son venin, et sans doute n’en a-t-elle pas encore fini… »

-« De quoi ? » renchérissait le petit.

-« De cracher son venin » répondait imperturbablement le vieux.

-« Mais pourquoi dis-tu ça ? Les serpents ont du venin, les scorpions ont du venin, mais pas un état. » répartissait l’enfant.

-« L’état n’a pas de venin mais ses habitants en ont, ils peuvent faire de ta vie un enfer. Enfin… Je dis ta vie… Tu es rose comme un cochon de lait, mais moi qui suis noir comme l’ébène, je peux te dire les humiliations, je peux te dire la honte, je peux te dire la haine qui s’insinuent sous la peau, qui font mal quand on a ton âge.

-« Qu’est ce qu’il à mon âge ? » interrogeait le petit.

-« Il a qu’on devrait être comme tu l’es : insouciant et heureux.

- Mais je ne peux pas l’être si tu me dis que tu as mal !

- Tu n’écoutes pas, petit, j’ai eu mal à ton âge, ce n’est plus le cas maintenant. Je ne subis plus les humiliations, je n’ai plus honte et la sagesse que donne le temps m’a fait refermer la haine que dans un coffre dont j’ai jeté la clé. Je suis sage et serein maintenant à tel point que mes frères de couleur me traitent de Bounty

-De Bounty ?

-Oui, de Bounty : noir dehors, blanc dedans. J’ai toujours la peau noire mais ils me disent que je pense comme un blanc

- Mais qu’est ce que c’est que ça veut dire penser comme un Noir ? Je comprends la différence de peau, mais pas la différence de pensée.

- Grand bien te fasse petit, j’aime parler avec toi parce tu me rassures sur la génération future. Tu es l’avenir de l’humanité. Des tas de petits « toi » rendent la fin de vie bien plus agréables à des tas de vieux « moi ». Je peux m’en aller tranquille…

-Tu vas partir ?

- Oui, un jour ou l’autre, je partirai au ciel et je veillerai sur toi mon gamin

- Oh non !

-Promets moi de ne pas être triste ce jour là, j’aurai rejoint les miens. Tant va le temps qui passe et qui fera que je trépasse, mais ne t’inquiète pas, le plus tard possible, je veux te voir grandir.

Laurence Bourdon

Sur une musique de Trio Zéphyr

PostHeaderIcon Vivez joyeux (Sol Undergreen) par Vincent, scènes 1 et 2

VIVEZ JOYEUX !

Les personnages : Sol Undergreen, Bernard Choron dit ben choron dit Nanard, Sénator Point, Mme Virgule, Pivert Malakofffff, Candida Albicans, le Narrateur qui peut être une Narratrice.

SCENE I

(Candida Albicans, Pervert Malakofff)

CANDIDA : qui êtes-vous, vous êtes mignon vous savez, vous avez vos papiers, vous êtes en règle avec le territoire national, vous me trouvez jolie hein ?  Je suis séduisante, non, dans la policerie on me dit la mieux foutue, on me dit : ô toi tu es bonne, vous voyez dans la policerie on m’apprécie malgré mon sexe, on se sert de moi comme appât pour…

PIVERT : excusi mi ji

CANDIDA : c’est incroyable cet accent, plein de i, c’est beau, vous savez même si vous n’êtes pas en règle, je m’en tamponne la procédure au papier cul si vous voyez ce que je veux dire, je suis si seule vous savez, toute seule avec la loi et des emmerdeurs autour


PIVERT
: suivi mi mademoiselli, ji vou pri


CANDIDA
: vous alors vous ne perdez pas de temps, je suis un peu ivre mais assez consciente pour ne pas suivre n’importe qui, qui point sur le i, je ne sais même pas qui vous êtes, moi c’est Candida, Albicans ,Candida de la fliquerie, à vos ordres mon commandant


PIVERT
: veni


CANDIDA
: non, lâchez moi, merde vous me faites mal


PIVERT
: veni veni avi mi


CANDIDA
: aaah au secours aidez moi, putain de connard tu vas me, y’a quelqu’un? aaaaaah je…


PIVERT
: désoli, ji mi excusi li ordri ci l’ordri, obéi aux ordri désoli si jolie, si jolie, terribli ordri pardoni mi pardoni mi.

SCENE II

(Sol, le narrateur)

NARRATEUR : L’agent très spécial Sol Undergreen n’est pas si fou qu’on le dit mais quand même. Accepter de se déplacer en pleine nuit et ce sous une tempête de neige et ce à la suite d’un coup de fil anonyme et ce lui expliquant qu’il doit absolument se rendre à 80 km de chez lui et ce… cela n’est pas d’une logique transcendante, vous trouvez pas vous, vous trouvez jamais rien alors, pourriez pas être flic vous, flutepute !

Aucun appel à la raison non plus le fait qu’il dût trouver là bas, là haut, lui, (sur une route perdue de montagne) un cadavre au bord du fossé.


SOL
: Pourquoi n’ai-je pas prévenu la policerie, Pourquoi why ? Pourquoi me ? Bien sûr je fais partie de la policerie. Pouvais-je décemment m’appeler, c’est absurde. Au poliçaria  suis même pas le chef, c’est moi qu’on aurait envoyé de toute façon.


NARRATEUR
: Ici et ailleurs, la police n’aime pas les indiens. Ce Sol Undergreen en est un comme son nom l’indique, s’il en était besoin, vous avez beaucoup de besoins vous ? C’est un vrai indien Cévenol, de pure souche, même si on connaît pas toute la souche, alors chaque fois qu’il y a du grabuge dans la montagne c’est lui que sa supèrieurerie administrative envoie dans la montagne, c’est lui qui s’y colle, « t’es d’la réserve Sol, t’y t’y colle » et le Sol s’y colle.


SOL
: j’m’y colle j’m’y colle, ça alors j’aurais juré entendre une voix


NARRATEUR
: Lui il aurait aimé faire les mœurs, les stups, voire l’antigang bien qu’il soit anti-rien et contre tous - mais le top du top aurait été les RG, les renseignements gênants, là bien sûr son infiltration aurait été des plus utiles, se renseigner sur les renseignements... Mais là actuellement il rame  toujours dans le blizzard, c’est évident;


SOL
: Je me coltine toujours des embrouilles de pov’ types alcooliques dans des bleds paumés où même la télé arrive avec de la neige sur l’écran tellement on capte mal à cause des antennes relais qui relaient rien.


NARRATEUR
: Bon ceci dit, la nature sauvage des choses, Sol l’aime bien. Il lui arrivait fréquemment de pêcher au lasso pendant ses enquêtes, avant il chassait aussi, avec son 9 mm de service. Mais le garde chasse (son cousin « Geronimo «  que l’on surnomme Jérôme dans le cadre d’une politique françisquée de tolérance active des indiens cévenols) « Gégé » quoi, il lui avait  dit que l’administrature  pourrait pas fermer les yeux plus longtemps sur des détournements de balles de service ; depuis il a cessé de buter lapins et perdreaux. De toute façon y bouffe plus de viande depuis qu’il a lu un article sur le soja et ses vertus. Et puis surtout il a découvert Lao Tseu dans le Tao te king à moins que ce soit l’inverse, bref même aux truites il leur fout la paix dorénavant, il les relâche dans la rivière non sans les avoir caressé d’un doigt humide. Une sorte de truc érotico-naturel avec le grand tout qui faut être indien ou oriento-asiatique pour comprendre.

     Après le col du pendu dont le joli nom vient du latin paumus, (oui tous les pendus se sont perdus un jour l’autre en général le dernier jour), c’est là donc, chers amis et néanmoins clients, c’est leu c’est leu, c’est là (l’émotion m’étreint), à la lumière des lumières, que Sol Undergreen aperçut le cadavre.

Il s’en approcha et resta stupéfait. Flutepute, celui-ci gisait sur le coté droit de la route, là bas en bas, lambada lambada, je n’irai pas plus bas, ah tristes tropiques surtout quand il neige.

      Le cadavre avait la particularité d’être entièrement nu et velu comme Sol n’en avait jamais vu. Prenant son courage à deux mains et sans moufles, Sol se pencha sur la victime  et entreprit d’enlever la poudreuse qui recouvrait partiellement la pauvre chose. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant qu’il s’agissait de Milou, son fox terrier à poils longs

Sol sentit les larmes se geler elles aussi à son âme. Qui avait bien pu être assez salaud pour assassiner Milou, la seule chose qui lui restait de sa pauvre épouse qui l’avait quittée en laissant le chien, mais avec ses valises?


SOL
: Milou mon chien ! Chienne de vie !


NARRATEUR
: Hurla aux loups, qui n’y étaient pour rien, Sol Undergreen seul dans les bois.

     La neige tombait, et malgré le calme du grand Tout (car dans l’ensemble tout est calme si vous relisez Lao Tseu), Sol sentit gronder le tonnerre en lui comme un bâton de feu. Il dégaina son Béréplat (c’est une arme basque, redoutable), un 9mm de service et vida le chargeur dans la nuit.   

     Et voila où nous en sommes de cette affaire, héhé, il ne me voit pas mais parfois il m’écoute, il ne peut pas me sentir non plus, ah oui c’est vrai, que je vous explique, je suis son narrateur, tout être vivant a son narrateur ou narratrice c’est ainsi, je ne pourrais pas vraiment vous dire qui je suis, je, je suis l’autre, je l’autre, heu bon bref, quel talent, mon numéro c’est le 06 06 00000000000000 8 fois enfin, je crois, suis pas sûr, j’ai pas tout compté, vous savez compter vous ?


SOL
: Ça fait du bien, tiens prend ça salope de vie de chienne qui tue mon chien, ah je me sens comme Ronald Reagan dans son meilleur rôle.


NARRATEUR
: vous constatez que l’épisode d’agressivité passé ,notre héros redevient aussi zen qu’un bonze japonais lors de l’attaque de Pearl Arbor, c’est étonnant la nature humaine, un coup bien, un coup rien, un coup bien, un coup rien  Pourquoi moi, why, pourquoi lui ? Non.

PostHeaderIcon Evasion, par Laurence Bourdon

Evasion

(Par Laurence Bourdon, texte inspiré par une musique de Y.Tiersen)

 

L’enfant court, court à travers le bourg. Ses pieds sont nus. Il est en guenilles, mais est heureux car enfin libre. Il vient de s’échapper du bagne d’enfants d’Aniane. Il pleut averse, de ces pluies torrentielles cévenoles. Lucas lève les yeux vers le ciel et se laisse inonder le visage en riant aux éclats. Il est l’incarnation du bonheur retrouvé. Il connaît la région et n’aura pas de peine à distancer la maréchaussée qui est sûrement à sa recherche.

 

Le fuyard hilare a profité d’une révolte générale au sein de la colonie pénitentiaire pour s’enfuir avec 24 de ses frères d’infortune, et tant pis s’il devait être repris, il passerait une semaine dans une des cages à poules suspendues au plafond en guise de punition. Il aurait au moins profité de ce moment de liberté dont il révérait chaque instant. Il n’est pas sorti d’affaire pour autant. En effet, en cas d’évasion, les paysans deviennent subitement d’irréprochables patriotes ; à raison de 50 francs par fuyard retrouvé et ramené au bagne, les villageois font montre d’un zèle exacerbé.

 

En cette nuit de Noël 1938, Lucas espère un peu de compassion de la part de la population locale, mais il ne s’agit que d’un vœu pieux, et les villageois courent la campagne avec des fourches et des bâtons prêts à se partager les primes pour le moins lucratives.

 

Il est caché dans la garrigue, a réussi à s’éloigner du bourg sans se faire prendre, ce qui est déjà un exploit mais sait qu’il n’est pas à l’abri pour bien longtemps. En effet, lorsqu’ils auront écumé la ville, ses poursuivront battront la campagne.

 

Il lui faut gagner Saint Guilhem pour être définitivement sauvé. Il y connaît un savetier qui le prendra comme apprenti. Ce sera alors la belle vie. Finis les petits larcins. Dire que le vol de deux pommes dans un marché montpelliérain lui avait valu deux ans de bagne : un an par pomme… Il n’était pas près de recommencer. Il avait déjà tiré un an dans cette colonie pénitentiaire industrielle créée en 1885. Pendant un an, il avait travaillé dans cette exploitation industrielle de 7 heures à 11 heures puis de 13 heures à 17 heures. L’école venait après ; on y apprenait pas grand-chose, sauf à se taire trois heures durant vu l’effectif de 65 élèves par classe.

 

Lucas se ravise. Saint Guilhem est bien trop près d’Aniane, même si le savetier l’habillait décemment, sa boule à zéro, son visage émacié, son corps trop maigre faute de nourriture le trahiraient. Sa cachette est sûre, il y restera le temps que la chasse aux taulards s’estompe un peu, tant pis pour la faim qui le tenaille, le froid qui lui transperce chaque pore de la peau, il tiendra : c’est le prix de la liberté. Mais regagner Montpellier ne sera pas chose facile. Il décide donc d’attendre. D’Aniane lui parviennent des voix, il apprend que 18 des 25 fuyards ont déjà été rattrapés. Les paysans ont décidé de baisser la garde pensant que les autres sont déjà loin ou réapparaîtront pour chaparder quelque victuaille. Cette révolte des enfants leur avait permis de récolter 900 francs ce qui représentait une manne pour le village.

 

Le temps passe, Lucas ne prend aucun risque et ne bouge pas pendant deux jours à l’issue desquels il aperçoit, au loin, une charrette remplie de foin, se dirigeant vers Montpellier. Il n’y a pas à hésiter, c’est sa chance. Elle a passé Aniane et ses fervents patriotes. Il abandonne sa précieuse cachette espérant ne pas le regretter et se dirige à découvert vers la route. Devant celle-ci, il se couche à l’abri d’un taillis. Lorsque qu’au bout d’un quart d’heure la charrette arrive, il la laisse passer, puis court comme un dératé pour la rattraper. Elle s’éloigne, il la rejoint, s’éloigne de nouveau, il s’en rapproche encore jusqu’à l’atteindre d’une poigne encore solide et se faufile au niveau des essieux. Il lui faut s’accrocher malgré la douleur lancinante qui le taraude au fil du temps. Ne pas lâcher, surtout ne pas lâcher. Soudain la charrette vire à droite pour prendre un chemin vicinal. Lucas se laisse aussitôt glisser. Il ne souhaite pas se retrouver au milieu de la cour d’une ferme. Le plus gros est déjà fait, inutile de prendre le risque de se faire arrêter. Il ne lui reste plus qu’à attendre un autre moyen de transport. Aniane est encore trop près et Montpellier encore trop loin pour s’y rendre à pied, à découvert dans la garrigue. Pourquoi diable n’y avait-il pas une bonne vieille forêt de châtaigniers, la fugue en aurait été plus aisée…

 

Lucas cherche un nouveau buisson derrière lequel se cacher. Celui qu’il élit est un peu petit, mais assez dense pour qu’on ne le voie pas à condition de ne pas bouger. Il n’entend plus les chiens des paysans d’Aniane, sent qu’il touche au but sous réserve de rester extrêmement prudent.

 

Le temps s’écoule lentement, la route n’est pas passante et Lucas est tout engourdi. A l’aube, s’avance une autre charrette, celle-ci est pleine de moutons – un paysan qui doit se rendre au marché aux bestiaux de la ville pense Lucas. La chance lui sourit, ses efforts n’auront pas été vains… Il grimpe dans la charrette avec plus d’aisance que la fois précédente. En effet, le soleil est à peine levé, il ne risque pas de se faire repérer par le charretier. Il grimpe au milieu des moutons. Qu’il est doux de se réchauffer à leur contact, son estomac gargouille – voici près de trois jours qu’il n’a pas mangé mais peu lui chaut, il sent qu’il est bientôt arrivé. Les bruits de la ville se font entendre au loin. Il saute de la charrette et décide de finir la route à pied.

 

Premières maisons : il se sent renaître à la vie. Il a échappé au bagne. Il pense à ses congénères restés sur place, il pense surtout aux fuyards repris qui sont maintenant dans leur cage à poules suspendues au plafond. En chemin, il chipe une pomme (oubliées les grandes résolutions), et ôte le béret d’un passant avant de s’enfuir en riant. Il chausse le béret histoire de ne pas se faire repérer par sa boule à zéro.

 

Il est en guenilles mais est heureux car enfin libre. Il vient de s’échapper du bagne d’enfants d’Aniane. Il pleut toujours averse, de ces pluies torrentielles cévenoles, mais Lucas lève les yeux vers le ciel et se laisse inonder le visage en riant aux éclats. Il est l’incarnation du bonheur retrouvé…

 

 

Laurence Bourdon