PostHeaderIcon Aller simple, par Michelle Jolly

au sol, un grand sac ouvert. dedans : un livre écorné, une longue écharpe de laine noire, une pochette en plastique pour la toilette, un paquet de biscuits et un plan de Toulouse déplié; assise, elle attend.

ses bottes lui font mal, il a promis de venir, elle l'attend.

bruits de gare : piétinements lourds, choc pointu des talons aiguilles sur les dalles, un chariot passe ; elle attend ... croise les mains, caresse ses bras et frissonne, sort l'écharpe et s'enveloppe dedans, un regard vers le miroir de la salle d'attente :

« j'ai l'air fatiguée! » pense t-elle, prend sa brosse, se lisse les cheveux  « il a dit 11 heures »

attente ...

odeurs de pain grillé, de sucré, de poussière et d'huile, elle fait quelques pas, se rassoit, ouvre son sac et prend le livre, essaie quelques lignes, mais son oeil est ailleurs: « comment sera-t-il aujourd'hui? Il a promis que… »

elle rêve un peu, remet le livre dans le sac, fait quelques pas

« il faut me contrôler, moins d'impatience, plus ceci, plus cela, une harmonie, un accord enfin, des projets, être ensemble, Toulouse? Pourquoi pas ?...

bruits de voix dans le haut parleur, un air d'aérogare !  elle sourit, s'installe un peu plus loin, face à l'entrée, il a dit 11 heures ...

elle rajuste sa veste, jolie avec cette jupe grise.

peut-être un peu de rose ?

elle hésite, sort son fard, à côté, un enfant la fixe, étonné…  une vieille dame roule péniblement sa valise, des gens se bousculent, se croisent, regardant au travers d'autres gens se bousculant et se croisant.

elle remet de l'ordre dans son sac, retire son écharpe, trop chaud, il est 11 heures 15, son regard devient flou, « j'appelle? J'appelle pas? Pourquoi ne m'a-t-il pas appelée? »

elle attend, appelle, une voix sur répondeur, molle, hésitante, « absent jusqu'à… » elle doute, elle cherche des raisons à cette absence, revoit tous ses gestes, ses discours, trop ceci? pas assez cela? cette décision rapide pour ce voyage, c'était elle? ou lui? Dans la  précipitation du départ elle ne se souvient plus... peut-être s'est elle trompée?

11 heures 50, le train pour Toulouse part à 58, elle le fera ce voyage !

ramasse son sac, parcourt les quais d'un pas décidé, grimpe dans le premier wagon, et s'installe.

son voisin l'aide à ranger le bagage, soubresaut du départ, elle se demande pourquoi elle est là, seule, ramasse dans sa tête les débris de ce énième ratage … bruits de gare qui s'éloignent, elle reprend son écharpe de laine noire, demain est un autre jour!

elle regarde vaguement le paysage qui défile, marais asséchés, la mer au loin, ses bottes lui font moins mal,  bientôt détendue, elle constate avec intérêt que l'homme à coté d'elle a de bien belles mains !

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