sur la Sonate en do majeur Mozart

 smarties  Depuis qu'il mesurait un mètre trente, il voulait décoller dans le grand Espace: monter en l'air, plus haut que la stratosphère et voir fumer les étoiles et rigoler la lune. Il avait vu et revu La guerre des étoiles, s'identifiant au jeune 'jedi' qui vogue de mondes glacés d'ennemis, en terres porteuses de princesses. Il connaissait chaque réplique, chaque personnage, chaque décor par coeur. Pourtant il trouvait que les vaisseaux de ses héros manquaient d'originalité: noirs pour le 'côté obscur de la force', blancs pour les rebelles. Monochrome et manichéen. Leurs formes ne le faisaient pas rêver non plus, ces forteresses pointues à la Vauban sentaient trop cruellement l'humain. Lui, il voulait s'embarquer dans une capsule flashy: rose fuschia, bleu schtroumpf, ou vert anis. Une sorte de 'smarties' en somme qui lui permettrait d'aller gratter le charbon du ciel et de surprendre le soleil feuler.

 

         L'énorme tambour crache Douglas John Warwick. Il se sent comme une salade à la sortie de l'essoreuse. Si épuisé qu'il pourrait lui-même produire les deux litres d'huile nécessaires à la vinaigrette qui l'accompagnerait. Pourtant par-delà la grimace de fatigue, son visage affiche une ineffable victoire:

Fin de l'entraînement! Repos forcé ( et mérité) avant décollage vertical. Le démesuré tube de dentifrice bionique dans lequel il montera, dort encore. Il s'en approche. Le verre épais des yeux de l'appareil se mire dans l'acier de la carlingue. Douglas y pose sa main comme pour fermer sa paupière. Il s'offre un instant d'apaisement partagé. Le géant ne cille pas. Ils sont prêts.

Demain pousseront au cul de la bête des chariots de flammes qui lècheront la terre une dernière fois. Demain pousseront des ailes à Douglas. Il quitte la salle de lancement. Demain son rêve s'accomplira, son seul regret sera, bien-sûr, la pâleur du convoi céleste.

En rentrant, il mangera des 'smarties'.