Piste d'écriture: s'inspirer de toiles de Félix Vallotton. Ici, "Dîner, effet de lampe".

Felix_Vallotton_Dinner_by_Lamplight

Pourquoi ce Tableau plutôt qu’un autre a-t-il été le déclencheur de sentiments enfouis ?

Ce qui frappe est la lumière incandescente montrant la grande table ovale familiale d’un halo quasi mystique. Le jaune est omniprésent. La première incongruité est cette nappe rustique à grands carreaux,  là où l’on attendait la grande nappe blanche brodée.

La femme à droite porte une robe correcte mais sans grâce. Aucun bijou, ce qui parait insensé à l’aube du XXe siècle. Serions-nous en présence d’artisans ou de petits fonctionnaires ?

Cette famille n’est pas artiste. L’imposante lampe à l’abat-jour jaune à nouveau est décorée de chats stylisés, félidés fréquents dans l’œuvre de Vallotton (ce qui est tout en son honneur).

La lampe écrasante au centre de la table a dû être achetée au centre par hasard, ou au cours d’une brocante. La bouteille est  banale,  ainsi que la vaisselle et les verres.

La mère dévisage son enfant, Lola, sans émotion particulière.  Celle-ci fixe de ses grands yeux noirs l’homme massif qui lui fait face. La mère s’interroge, Lola réclame une réponse. Le 4e personnage qui fait face à la mère est jeune, il a posé son coude sur la table et se désintéresse de cette morne réunion.

L’homme trapu incline légèrement la tête vers la droite, gêné par la lampe qui lui cache le visage de l’enfant. Le repas parait frugal. Une attitude assez janséniste vis-à-vis de la nourriture.

Pourquoi  cette famille 1900 assez terne m’intéresse-t-elle autant ? Peut-être parce que rien n’a vraiment changé depuis. Le même refus de la vérité, cet effort désespéré pour garder un certain vernis. Seule, l’enfant-juge regarde sans ciller le gros porc qui a osé la toucher.

Il me faut quitter ce regard qui me transperce. La mère au nez pointu la fixant bêtement  m’accable davantage. Aurais-je été plus efficace ? Rien n’est moins sûr.

Michèle Lapalme, novembre 2013