lavoir

Une maison en papier de soie
Sur une passerelle en bois
Eclairée en transparence
Pour les quêteurs de silence
 

Une maison en papier froissé
Dans une boulette chiffonnée

Enrobée de lumière
Pour les chercheurs de mots d’hier 

Une maison en papier à petits carreaux
Dans un bateau à la surface de l’eau
Bercée par un rayon de soleil
Pour tous les enfants au regard vermeil

 

Cesse-t-on un jour d’être un enfant ? L’insouciance d’un instant contrebalance la gravité des visages mûris... Et voici un lavoir prêt à l’usage. Du temps devant soi pour faire sauter le carcan des heures. Un compère et complice séduit par le jeu inattendu. Et l’audace. Celle de plier et replier dans un ordre logique une feuille de papier. Devant des amis attentifs, voir apparaitre, sous les doigts habiles, un petit bateau. Une éclaircie entre deux averses fait frissonner le plat de l’eau. La coque rehaussée de sa voile est prête à fendre la vague. D’un bord à l’autre du lavoir, se sont penchés, deux grands-pères au cœur tendre. On entend leurs sourires et l’éclat de leurs yeux joyeux. Ils jouent, enfants dans des corps âgés. Vogue, petit bateau, une pichenette maitrisée te fait déjà prendre le large. Les grandes mains plongées dans l’eau provoquent la houle et tu tangues dans les creux. Tu affrontes l’aventure qu’ils s’inventent. Dans la plus droite d’une invisible ligne, la main de l’autre te récupère  avant que tu ne te fracasses contre la paroi. Et tu repars pour une nouvelle traversée. Des allers et des retours dans tes déplacements et dans leurs souvenirs. Jouez, jouez encore, les hommes, avant que le bateau ne prenne l’eau. Riez, riez encore avant qu’il ne sombre et que ne coule avec lui votre joie éphémère. Rattrapez-le avant qu’il ne disparaisse, augure de mauvais jours. Profitez de cette onde légère avant que ne pèsent à nouveau sur vos épaules le poids de vos peines….

 

Agnès

Montpellier, vendredi 26 Septembre 2014. Photo de l'auteure.