Piste d'écriture: rendre un paysage vivant. photos de l'auteure.

evelyne la riviere 1Dans cette mangrove immense, assise à l'avant d'une pirogue, Barbara, tous les sens en éveil, observe la nature qui l'entoure.

Elle regrette déjà de n'avoir revêtu ce matin que de simples bermuda et tee-shirt … Elle est assaillie par une nuée de moustiques qui virevoltent autour d'elle dans un bourdonnement joyeux. Elle les chasse par des gestes nerveux. Son agacement amuse son guide qui dans un rire moqueur lui lance. «Aujourd'hui moustiques contents, ils mangent exotique... C'est nouveau pour eux la chair New-yorkaise ! »

Elle se retourne. Perché sur une petite plateforme de bois à la poupe du bateau, Jayden plonge une longue perche dans l'eau saumâtre, se penche en avant et pousse l'embarcation dans une ondulation de tout son corps. Il arbore l'allure fière d'un combattant Massaï armé de sa lance. Son rire découvre une belle rangée de dents blanches: est-ce-que lui aussi aime la chair New-yorkaise ? Barbara a la nausée, incommodée par les odeurs de vase. Un léger étourdissement voile ses yeux un instant. La chaleur humide colle à sa peau comme un linceul prêt à étouffer son dernier souffle. La végétation de plus en plus dense se serre autour de la pirogue qui glisse silencieusement. Seul un léger clapot scande leur avancée à chaque plongeon de la perche et de sa poussée.

Des libellules, habillées de bleu métallique, dansent par deux un rock de carnaval effréné. Les palétuviers dressent leurs branches vers la lumière tels des suppliciés implorants, tout en plongeant leurs racines dans l'eau dans un élan de survie. Le soleil joue au travers des branchages, puis ricoche en gouttes lumineuses. Un martin-pêcheur posté à l'affût, étonné, les regarde curieusement, mais reste impassible. La jeune femme le photographie rapidement avant qu'il ne décide de s'en aller.

evelyne la riviere 2Ils avancent maintenant dans un boyau de verdure qui les enserre comme une gaine. Jayden doit se plier en deux afin de passer sous les branches les plus basses. « Nous aurons peut-être la chance de voir un boa endormi » dit-il... Après deux ou trois poussées sur sa perche, il cale son embarcation contre la végétation et l'immobilise. Barbara lève la tête. Là, juste au dessus d'elle blotti dans la verdure, un énorme serpent se repose en pleine digestion. Sa peau écaillée luit au soleil. La jeune femme a un mouvement de répulsion. Elle est oppressée rien qu'à l'idée que le reptile ne se laisse tomber sur elle pour l'étouffer. Ce matin, elle est partie avec des rêves d'aventures à la Indiana Jones, rêves maintenant accrochés en lambeaux dans les entrelacs noués des branches de palétuviers. Sur les racines saillantes, effrayés, des crabes dorés tressautent, se sauvent à petits pas chassés.

Avec adresse, le guide dégage sa pirogue et tourne sur la droite. Le passage étroit s'élargit à nouveau, la lumière devient plus intense. La barque glisse sur un miroir, toute la végétation est dupliquée en petites touches de couleurs impressionnistes. Toutes les tonalités de jade, émeraude, vert bouteille, anis, sont présentes. Barbara comprend pourquoi les indiens, quelques siècles plus tôt, avaient baptisé ce lieu la rivière verte …

Une douce mélopée trouble la quiétude de l'endroit. Jayden toujours dressé sur sa planche chante en créole un chant traditionnel.

A présent, excitée par la perspective d'un beau reportage photos pour son journal National Geographic, Barbara garde l’œil derrière l'objectif, et tire des clichés en cascade. Une famille d'ibis effeuille, par son envol, quelques taches blanches dans le ciel d'un bleu intense. Un héron cendré à grandes enjambées sillonne la rive en quête de minuscules crustacés. L'endroit semble paisible mais paradoxalement grouille de vie !

Elle est maintenant émerveillée par la magie de ce lieu préservé.