Marcher dans la nuit, par Elisabeth Barillé

Ça n’a pas toujours été du plaisir, au début, il y avait la peur, une peur enfantine habitée par le sens du mystère, de l’entre-deux, entre deux mondes, entre chien et loup, quand le jour baisse dangereusement et qu’on se demande à quelle sauce on va être mangée…

Dans la maison de campagne où je passais mes vacances, les commodités se trouvaient au fond du jardin. Marcher dans la nuit, il le fallait bien. Vais-je être juste mordue ou dévorée comme la pauvre petit chèvres de Monsieur Seguin ? Mon cœur battait à tout rompre. Le moindre bruit m’alertait. J’en percevais de nouveaux, des bruits inaudibles le jour. De même pour les odeurs. Celle de l’herbe par exemple, si rassurante à l’heure des jeux, troublante maintenant. Je frissonnais. Une émotion, nouvelle elle aussi, suspendait ma peur et l’effaçait. Ce jardin nocturne soudain, c’était ma vie à venir.

Marcher dans la nuit : moisson d’intensité.

Marcher dans la nuit : semailles sensuelles.

Marcher dans la nuit : quand tout s’efface autour de soi, alors l’essentiel apparait…

 

in Le petit livre des plaisirs, 50 façons de goûter la vie, éd. Psychologies (sans doute un supplément publié en 2007 ou 2008).

 

Piste d’écriture :

. une peur, comment on la ressent, ce qu’on en fait, ce qu’elle fait de nous ;

. De manière plus générale, un sentiment, un ressenti, qui mute. Ou qui nous transforme.