En s'inspirant du début de "24 fois la vérité", de Raphaël Meltz, éd. Le Tripode, 2021, décrire un lieu ou un contexte qu’on connait mais auxquels on ne se sent pas forcément appartenir. Faire la part du cliché, et de ce qu’on ressent personnellement. S'appuyer sur le rythme des phrases pour attirer le lecteur dans son ressenti. 

Las Vegas. Dans l’article qu’il va bien falloir que je me mette à écrire sur le CES, le Consumer Electronics Show, comme chaque année depuis onze ans que je viens produire la pige spécialisée qu’il m’est si facile de vendre au plus offrant des journaux qui veulent en parler (et ils veulent tous en parler), je vais reprendre les mêmes vieux clichés sur la ville folie, les néons faramineux, le Strip, grand boulevard « central », les hôtels et les casinos, vendre un peu de glamour de décor, un peu d’excitation contextuelle avant de parler des nouveaux téléphones qui seront dans les mains des Américains dans quelques semaines, des Français dans quelques mois – mais pour le moment, le réel glabre : au Luxor Hotel (c’est aussi, évidemment, un casino), le bar est une immense terrasse avec une vue démesurée sur l’hideuse et aberrante ville de Les Prairies qui n’est que lumières, certes, mais lumières agressives, lumières déplaisantes, rouges qui suent la vacuité du jeu et jaunes qui louent le néant consumériste, néons qui ne brillent qu’aux yeux de ceux qui croient que la réussite se mesure en kilowatts, en kilomètres, en kilodollars.