Piste d’écriture : rythme des phrases et atmosphère (inspiré par le début de "24 fois la vérité")

La journée menaçait de ne jamais finir. Chaude, poussiéreuse, avec ses attelages de chevaux fatigués, avec ses femmes enveloppées de leur voile de coton supposé les protéger de la canicule, avec ses enfants désœuvrés déambulant en bandes criardes à la recherche de quelque friandise, avec ses vieux ramassés à l’ombre   avare des avant-toits étroits, avec son vacarme incessant —scie circulaire de la menuiserie, marteau brutal sur l’enclume de la forge, moteur vrombissant de la toupie du maçon, klaxons impatients des autos—, avec ses odeurs prégnantes de fumée au goût écœurant d’eucalyptus des braseros de vendeurs de brochettes et autres grillades, de gaz d’échappement lâchés par les véhicules mal entretenus, de soupe échappée des cuisines, d’asphalte souffrant sous la circulation, de pain chaud autour des boulangeries, de chiens errants, de basilic frais disposé près du persil, de la coriandre et de la menthe sur l’étal des épiceries. Tout se mêlait et s’étirait dans le long soupir exténué des jours de labeur.

Parfois, le cri plus strident d’un enfant surpris cisaillait l’espace. Deux amis retrouvés se congratulaient. Ou bien le vol d’un martinet fusait vers le ciel sans nuage.

Et le temps s’acheminait vers soir.

Alors, le jour s’effaçait.

La nuit s’étalait sur les rues encore grouillantes des ouvriers rentrant chez eux, de quelque mère retardée par une visite due à une parente, traînant derrière elle deux ou trois bambins tricotant de leurs petites jambes, des cochers étrillant leurs compagnons de travail, des commerçants descendant le rideau de leur boutique, des épiciers, bouchers et autres marchands de denrées alimentaires pesant les derniers achats de leurs clients.

Puis les portes se fermaient, les lumières se calfeutraient derrière les fenêtres closes, et la ville s’assoupissait dans un silence réparateur.