Objectif 95 c
Objectif
95 c.
« La continuation de la politique dirigée par la bourgeoisie française dans le cadre du camp impérialiste conduit inexorablement à la catastrophe et à la guerre. Seule une politique avec la classe ouvrière dans le cadre du camp anti-impérialiste peut sauver notre pays de la ruine et garantir la paix... » - François Billoux in « Les Cahiers du Communisme », mars 1952.
En 1952, Claude Aglaé de Lonthomon, alors en charge de la Cellule montpelliéraine du P.C.F., fut à sa grande surprise pressentie par le Comité central pour accompagner dans son voyage en U.R.S.S. une délégation de cadres militants communistes.
L'ex- Colonelle de la Résistance, âgée d'une cinquantaine d'années, accepta immédiatement cette offre. Elle ne s'attendait plus à ce que son Parti lui fît l'honneur de l'inviter à une mission officielle et prestigieuse. Celle-ci réunissait en effet des personnalités politiques de premier plan. Se rendant à Moscou, Claude Aglaé côtoierait entre autres « fortes pointures » : un certain Jacques Duclos, Secrétaire Général par intérim depuis que Maurice Thorez avait été frappé d'une congestion cérébrale, Jeannette Vermeersch, dévouée compagne du susdit, André Marty, le mutin de la Mer Noire, Auguste Lecoeur, Charles Tillon, membres du Bureau politique et l'écrivain Louis Aragon.
Depuis la Libération, l'héroïne languedocienne ne faisait plus partie du « Premier Cercle », en dépit de ses glorieux antécédents. Elle souffrait d'être « boudée » par les instances dirigeantes du P.C.F., se sentait frustrée d'être tenue à l'écart des décisions importantes. Peut-être fallait-il mettre cette situation de demi-exclusion au compte de sa générosité naturelle, son vif esprit critique et son indépendance de caractère. Autant de traits de sa personnalité qui ne pouvaient être à l'époque que fort mal vus.
La mission dont il s'agit s'intitulait en toute modestie : « Lendemains qui chantent ». Elle avait pour objet de renforcer les liens entre les classes laborieuses des deux pays. Les délégués se rendraient compte sur place et « de visu » de l'organisation du travail dans une usine de la banlieue moscovite. Ils témoigneraient ensuite auprès des Camarades restés en France, cet exemple à l'appui, de la fabuleuse capacité de rendement du système collectiviste. On avait exclu du programme (guerre froide oblige) les fabriques de bombes et de missiles, d'avions militaires et de tanks. Il n'était pas question qu'ils visitassent quoi que ce soit de ce genre. Leur mission portait sur la production de biens de consommation et s'inscrivait dans un contexte purement pacifique : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Si certains aspects moins globalement positifs devaient ressortir de ce voyage, ce ne pourrait être que par mégarde, il faudrait bien sûr les gommer soigneusement. Cette consigne figurait en toutes lettres dans la feuille de route. La discrétion était de mise. Il importait de ne pas démobiliser, surtout pas de démoraliser les militants de base. Ces derniers devaient chanter à l'unisson avec les Choeurs de l'Armée Rouge... il n'était pas question de gâcher la fête en glissant un bémol dans la partition.
La délégation française n'encourait aucun risque de ce genre avec l'usine objet de la visite. En principe, du moins. Cette unité productive était sans rapport avec l'industrie d'armement, elle avait été préalablement sélectionnée par le tovaritch Alexis Stakhanov comme l'une des plus performantes du pays. Sa réussite était exemplaire. Elle avait non seulement atteint, mais largement dépassé l'objectif 95 c assigné par le IVème Plan quinquennal. Elle s'enorgueillissait en outre d'une pléiade d'équipements sociaux : cantine, crèche, salle de gymnastique, espace culturel, capables de rivaliser avec ce qui se fait de mieux dans le monde impérialiste.
Après une visite détaillée du site et des installations, les délégués français avaient été répartis en fonction de leurs spécialités respectives entre divers sous-groupes pour rencontrer des responsables de l'usine à différents niveaux. Peu d'entre eux parlaient couramment le Russe. Le K.G.B. avait obligeamment mis à leur disposition, pour leur seul confort, une escouade d'interprètes- accompagnateurs musclés, bien résolus à ne pas les lâcher d'une semelle.
Le camarade Duclos, après un entretien d'une heure en tête-à-tête avec le Directeur de l'usine, Ivan Ivanovitch Popov, avait acquis l'intime conviction que « les clés de la réussite collective tiennent à des critères politiques déterminant l'organisation productive ». C'était finement observé, magnifiquement exprimé. « De manière plus concrète, reprit Jacques Duclos dans le langage de la clarté maximale à l'intention des autres délégués, les critères économiques réputés guider la production en régime capitaliste, qu'on exprime communément par les prix, sont ici remplacés par des critères idéologiques, que le Comité directeur traduit en directives politiques ».
Claude
Aglaé, qui n'était pas sûre de saisir toutes les
finesses du matérialisme dialectique, se fit expliquer plus en
détail le processus de conception et de fabrication du
produit, lequel avait conduit à la parfaite adéquation
constatée aux besoins de la population. Tout s'était
décidé cinq ans plus tôt dans le bureau d'une
poignée d' « apparatchiks ».
Ceux-ci avaient d'abord procédé à une campagne
de mesures, en long, en large et en travers, au niveau d'un
échantillon représentatif du personnel de l'usine,
majoritairement féminin. Puis les camarades technocrates
s'étaient réunis en Comité de sélection.
Après en avoir chaudement débattu, ils s'étaient
mis d'accord sur la conception d'un modèle unique, mais
néanmoins adaptable à des conformations spécifiques
et susceptible de répondre toutes les situations particulières
qui se présenteraient pendant la durée du Quatrième
Plan.
Lecoeur
et Tillon tinrent à souligner l'excellente forme physique des
travailleurs et travailleuses de l'établissement. Partant du
principe qu'il ne peut y avoir de performance productive qu'au
travers de corps sains, la Direction avait posé le principe
d'une séance quotidienne d'éducation physique, le matin
juste avant l'embauche - hors heures ouvrées, bien entendu.
Les Chef du Service de gestion de la main d'oeuvre précisa que
cet exercice imposé ne s'interrompait qu'au coeur de l'hiver,
et encore à condition que le thermomètre descendît
au-dessous de – 40° : « Rendez vous compte,
camarades délégués Frantzouskis : les résultats
sont là, nous les constatons au travers du bilan santé
collectif des personnels que nous effectuons quotidiennement. Les
absences pour cause de maladie sont rarissimes chez nous – et
d'ailleurs sanctionnées par une mis à pied immédiate. »
Aragon prit à son tour la parole, dans un silence religieux. Il avait rencontré le responsable culturel de l'usine, « cette maison d'homme où personne ne dort ». Mais où tout le monde casse la croûte à midi. La nourriture de l'esprit venait judicieusement compléter le maigre ordinaire à base de zakouskis, de pain noir et de borchtch. Au lieu de s'apitoyer sur son sort ( ou pire: de sombrer dans une somnolence post-prandiale ), le personnel mettait à profit la pause méridienne pour se cultiver. Il revenait à ses fondamentaux au travers de la lecture commentée d'une page du « Manifeste communiste », avec en alternance des morceaux choisis de quelque oeuvre de Joseph Vissarionovitch. Certains, parmi les plus zélés thuriféraires du « Petit père du peuple », étaient capables de réciter à l'envers comme à l'endroit le dernier discours de Staline devant le Comité central. D'autres moins cultivés se contentaient d'écouter en hochant la tête.
Claude Aglaé se remémora « Magnitogorsk 1932 ». Elle avait vibré à la lecture de ces vers écrits vingt ans plus tôt. Aragon y manifestait son enthousiasme à la vision d'usines poussant comme des champignons dans un paysage immense, ce paysage « à genoux devant le socialisme ».
« Petit cheval écoute bien
La
technique
dans la période
de reconstruction
décide
de
tout
Petit cheval petit cheval comprends-moi bien. »
Le petit cheval restant (hélas) incrédule devant ces forces en marche, le poète insistait:
« Tu n'y comprends rien petit cheval
Est-ce que tu ne détestes pas à tes heures
Le fouet et le goût qu'il donne à ton foin... »
En l'occurrence le petit cheval rétif, réfractaire aux forces de progrès, c'était elle, Claude Aglaé.
Alors que la délégation française se préparait à quitter l'usine, elle fut accostée par la Camarade Secrétaire de Direction, qui se présenta sous le nom de Marina Ivanovna. C'était une belle brune à la sihouette un peu frêle, au regard intense, qu'on eût dit droit sortie du poème d'Aragon :
« Les femmes de par ici ont les yeux si noirs qu'on s'y noierait » .
Les interprètes avaient déjà tourné bride. Ils ne feraient pas défaut, c'était plutôt tant mieux. Car Marina parlait couramment le Français presque sans accent. « Venez un moment dans mon bureau, camarade. Nous pourrons y converser à l'aise en tête-à-tête ». Elle fit entrer Claude Aglaé et lui proposa de partager une tasse de thé devant le samovar fumant. Du thé, pas de la vodka, l'usage en était formellement prohibé pendant le « troudodien » (temps de travail).
Le tutoiement fut immédiat entre les deux femmes. Marina confia à son interlocutrice qu'elle aimait beaucoup son pays, qu'elle ne connaissait que par les livres. Bien sûr, comme beaucoup de gens ici, elle aurait aimé se rendre un jour en France, mais savait bien qu'elle n'obtiendrait jamais l'indispensable visa des autorités soviétiques.
« Peut-être est-il possible de faire quelque chose pour toi, suggéra gentiment Claude Aglaé. Je pourrais en toucher un mot au camarade Duclos, qui pourrait ensuite intercéder en ta faveur auprès du Tovaritch Staline.... »
La jeune Russe déclina cette offre : « Spassibeu ! (merci). Ne te donne pas ce mal, priatilnitsa (amie). La décision dont il s'agit relève de l'« Obkom » ou « Gobkom » (comité régional du Parti), mais là n'est pas le fond du problème. En admettant même que j'obtienne le visa, ne rêvons pas : je ne pourrai jamais faire face aux frais d'un tel voyage, avec les dix roubles que je gagne ici ! »
Claude Aglaé n'imaginait pas que salaire d'une travailleuse soviétique qualifiée fût aussi bas. Naguère, Marina avait tenté d'arrondir ses fins de mois en se prêtant aux « tests de produit » du Comité directeur. Elle n'en gardait pas un bon souvenir, en confia les raisons à son interlocutrice à mots à peine couverts. Les « apparatchiks » l'avaient, avoua-t-elle, abondamment palpée, avant d'entrer dans le vif du sujet. Et le sujet, c'était elle.
Atterrée
par ces révélations, Claude Aglaé, pourtant rien
moins que prude, garda ses commentaires pour elle. La militante
communiste qu'elle était trouvait décidément que
ce pays était plus proche de la « dictature du
prolétariat » que de « l'émancipation
du genre humain ».
Avant de prendre congé de la camarade Secrétaire qui l'avait si bien reçue, elle lui demanda si elle avait un quelconque voeu à formuler.
La jeune femme hésita, et fit en rougissant : « Lorsque tu seras rentrée dans ton pays, pourrais-tu m'envoyer... euh... certain article de lingerie ? »
Elle
glissa la fin de sa phrase dans le creux de l'oreille de Claude
Aglaé. Cette dernière réagit avec étonnement
à la précision qu'elle venait d'entendre : « Tu
veux dire : un soutien-gorge, Marina ? Là, je ne comprends
plus très bien. Vous en fabriquez ici toute l'année, à
tours de bras ! »
- Oui,
c'est exact, camarade, le problème est qu'il n'existe qu'une
taille. Ce modèle ne me va pas, j'ai la poitrine trop
menue.... Da
svidanieu, au revoir !
Notes et commentaires:
La présente proposition inclut selon la consigne de l'Atelier du 9 janvier 08, trois « éléments imposés » : l'usine, Moscou, la secrétaire.
Le personnage (fictif) de Claude Aglaé, militante communiste des années cinquante, apparaît déjà dans le recueil « La maison partagée » et une autre nouvelle du même auteur sur Canalblog/ Atelierdecrits (2077): « Heureusement, il y a eu le vingtème Congrès... »
Si l'usine décrite est de pure fantaisie, le contexte de la visite d'une délégation du P.C.F. à Moscou sur ce thème reste plausible, les membres cités du Comité central et du Bureau politique de l'époque sont réels.
Le propos prêté à Jacques Duclos est une paraphrase de Karl Marx (le Manifeste communiste »). Le poème « Magnitogorsk » de Louis Aragon est extrait du recueil « Hourra l'Oural » publié par cet auteur en 1934.
Jules César, pluie et lunettes de soleil, par Marcelle
Jules César, pluie et lunettes de soleil.
18 Mars 2007. 16h28 Montpellier.
Pierre arrivait de l’ouest avec pour tout bagage, sa vieille valise couleur cendre et toute cabossée. Il parlait « avé l’accent ». Sa voix avait les intonations et les inflexions des îliens bretons de l’île Dorée. Son arrivée coïncidait avec une averse de grêle et de grelons gros comme le poing qui étourdirent les derniers ceps de vigne, ces rescapés ni noyés par la dernière crue du Vidourle, ni gelés par les tourmentes d’une météo déboussolée !
Il débarquait « Au Rayon de soleil » un hôtel confortable, aux portes de Montpellier ! « J’en avais ras-le-bol » s ‘avouait-il enfin. Après avoir déniché une gouvernante pour s’occuper de ses vieux parents il s’octroyait des vacances pour la première fois de sa vie. Des vacances ? Si on veut ! Il plaisantait en prétendant quitter père, mère, vaches, cochons, couvées et si sa bouche souriait, ses yeux restaient tristes. Il voulait retrouver quelqu’un...tout en pensant que c’était trop tard, qu’il était trop vieux.
A 54 ans, Pierre était encore bel homme, un peu falot peut-être avec ses yeux délavés et ses cheveux décolorés par le soleil et le sel. Il avait les lèvres minces et une petite fossette au menton. Dégingandé, gauchement sympathique, il avait une poignée de main virile qui surprenait.
Il avait laissé le vieux break sur son île. Sur place il avait loué une décapotable rouge qu’il venait de garer sur la place , là-bas.
16h33. La grand- place, justement, faisait partie du quartier où sévissait Rosette, l’aubergine de service ce jour-là. Elle apposa, sans état d’âme aucun, un PV, sur le pare-brise de cette décapotée vermillon effrontément garée n’importe comment. Rosette avait des soucis ces derniers mois. La jeune femme avait un fils naturel qu’elle adorait et qui l’adorait aussi, mais Anatole, agé de quinze ans , voulait faire du cinéma et séchait les cours depuis la rentrée de septembre !
Or, sa mère, l’avait tour à tour, rêvé Général, Ingénieur, Ministre, Astronaute... Au lieu de quoi, cet abruti (comme elle l’appelait quand elle était en colère), voulait être le nouveau Fernandel, le Louis de Funès de la décennie, le Bourvil de sa génération !
Anatole, beau si on veut (vu du dessus peut-être avec son étonnante tignasse châtain en coiffure afro), voulait absolument jouer la comédie. Or, il n’avait jamais fait rire personne sauf, c’est vrai, la boulangère. La pauvre, sourde comme un pot, faisait semblant de comprendre en hochant la tête, en émettant des mm mm pour donner le change. Elle s’était prise d’affection pour cet adolescent au charme piquant.
17h50. Pierre alla récupérer ses cigarillos dans sa voiture et revint avec le PV. Il agitait le papier vert comme un éventail. Il n’en avait jamais vu.
A l’hôtel, on lui en expliqua la finalité.
Tout pâle et la mâchoire serrée, Pierre fila vers la gendarmerie pour dire deux mots à qui lui avait fait ça.
18h07. Rosette finissait son service. Appuyée nonchalamment contre le bâtiment de la maréchaussée, elle fumait une Marlborough au bout d’un fume-cigarette en métal jaune.
Pierre surgit comme un diable auprès d’elle et s’arrêta net. Leurs regards se croisèrent et il prit comme une décharge électrique : 16 ans après, le ciel lui retombait sur la tête ... ! Elle était là, c’était bien elle.
Farouche et tendu, Pierre attrapa Rosette par les poignets et l’attira à lui. Elle se laissa faire en découvrant des dents de louve, de parfaite carnassière.
Déjà, Pierre l’embrassait à pleine bouche. Rosette avait noué ses deux beaux bras ronds et fermes autour du cou de l’homme qui osait l’étreindre ainsi. Elle avait juste murmuré :
- Tu en as mis du temps...
Et lui :
- Je t’ai cherchée pendant des années.
Anatole traversa la rue pour rejoindre sa mère. Rosette fit les présentations :
- Mon fils Anatole. Anatole, voici Pierre.
Ah, le ciel lui tomba une troisième fois sur la tête !
Hiver 2006/2007. Trois mois plus tôt, à l’autre bout du monde.
Après un automne partagé entre soleil et pluie, l’azur avait retrouvé son bleu éclatant et sa pureté froide . L’hiver était là. Einstein, Mathias de son vrai nom, parcourait sa propriété. Il se déplaçait d’un pas alerte en dépit d’une légère claudication.
Il était content, avec le sentiment enivrant d’aboutir à quelque chose, après toutes ces années de vaches maigres.
Il n’aimait pas se retourner sur son passé Il n’en était pas fier... Pourtant, il se rappelait si bien ce printemps-là... Avril et ses giboulées, avril et ses arcs-en-ciel. Il avait séduit Rosette, petite fille délurée certes, mais petite fille de quinze ans. Il s’était comporté en parfait salaud.
Rosette a dix ans était déjà grande. A douze ans, les hommes se retournaient sur elle. A quinze ans, elle était femme et belle comme ces divines créatures dans les peintures de Gauguin... Sans bien s’en rendre compte, Rosette recherchait le regard des hommes. Pas celui des adolescents maladroits, pas plus celui des jeunes gens conquérants et fort en gueule mais celui des hommes, eux qui la contemplaient autrement... Nullement gênée et fière d’intéresser des adultes, confusément, elle se sentait du pouvoir.
Mathias se rappelait qu’elle n’avait pas été trop difficile à séduire. Il se savait malhonnête, mais cela ne l’avait pas arrêté. Tant pis si Rosette n’avait que quinze ans!
Après une escapade en vélo dans la campagne, il lui avait fait l’amour dans l’herbe et elle avait aimé ça. Ardente, elle avait répondu à ses élans. Par la suite, ils se virent régulièrement, en secret bien sûr, dans un petit cabanon sommairement aménagé pour accueillir leurs ébats. Elle aimait faire l’amour, c’était sûr. Elle aimait leurs corps à corps qui les laissaient pantelants, en sueurs et pourtant avides encore. Il aimait son odeur et la douceur de sa peau.
Une fois, une seule fois Rosette avait prononcé le mot « mariage ». Il avait ri !
Raisonnablement, épouse-t-on une noire, aussi jolie soit- elle ? Qu’en auraient dit ses parents ? Tout le village les aurait condamnés... surtout lui, d’ailleurs.
Mathias n’arrivait pas à oublier ce lamentable 14 juillet où il réalisa, trop tard, que Rosette n’était pas une aventure de plus, mais qu’il l’aimait. Après l’incident, il avait vécu longtemps en enfer.
C’était loin tout ça... il y avait presque seize ans ! Il avait alors tout quitté, s’était embarqué pour les Etats unis et s’était retrouvé, un peu par hasard, en Californie. Il y avait vécu de petits boulots, lui qui pensait ne rien savoir faire. Un matin, il avait été embauché, -pour la saison - par un fermier et y était resté pas mal de saisons à trimer dur. Il s’était endurci. Il avait appris à cultiver la terre, à soigner les bêtes, à poser des clôtures. Ses mains étaient calleuses. Il les regardait avec étonnement, oui, ces mains-là étaient les siennes !
Quand le fermier lui avait offert sa fille Mercedes, assortie d’une somme rondelette, il n’avait pas dit non ! La fille était « à problèmes », tant pis, avec l’argent il s’était acheté de la terre. Il sema du
Il avait perdu le contact avec ses amis de jeunesse. Il s’était fâché avec pas mal de camarades de classe en draguant honteusement leurs sœurs, cousines voire même leurs petites amies ! Mais il en était un, tout de même, et pas des moindres, avec qui il était resté en bons termes : Albin, l’héritier des Valencay. Ils avaient fréquenté l’école d’agronomie de Toulouse et s’écrivaient toujours, pour nouvel an.
Quand il déboula chez « Valencay », une des plus fameuses caves vinicoles du bordelais, ses connaissances en matière de vinification, de cépage et son authentique admiration pour leurs vins le rendit fort sympathique. Escorté par Albin, Valencay père accepta de lui montrer(sans dévoiler ses secrets) les cuves où le miracle du raisin devenant vin s’opérait, mais lui proposa aussi de lui vendre quelques centaines de pieds. De retour chez lui, Mathias planta les ceps en respectant tous les conseils du père de son ami. Les deux premières années ne furent pas à la hauteur des espérances. Et puis, les vendanges furent compromises par des gelées tardives, une autre année une invasion de sauterelles dévasta tout. Mathias résistait à l’envie d’envoyer tout promener, il apprenait la patience. Et il lui en fallait de la patience pour supporter, en rentrant à la maison, une épouse accro à « la blanche ». Mercédes, qui se droguait, avait ruiné ses espérances de paternité. Il avait bien essayé de la faire soigner mais elle replongeait toujours. Il ne surprit jamais celui ou ceux qui l’approvisionnaient. Quand cela devint insupportable, il la fit hospitaliser dans une clinique spécialisée. Il allait la voir assez régulièrement, elle restait sa femme même s’il admettait n’éprouver qu’indifférence pour elle. Elle l’accueillait avec des injures et ne le reconnaissait pas. Mathias lui avait apporté l’épinette dont elle jouait au début de leur mariage. Détail curieux, elle pleurait souvent en jouant, avait-il remarqué. Lui, détestait la musique aigrelette et plaintive de l’instrument.
Là, enfin le temps était venu ! C’est ce que se disait Mathias en arpentant ses belles rangées de vigne. Cette fois, c’était tout bon. Droit dans ses bottes, le stetson enfoncé jusqu’aux oreilles, il se sentait plein d’allégresse.
Et il avait raison : tout se passa bien. Le raisin de table, d’excellente qualité, trouva preneur avant même les vendanges. Et les raisins destinés à devenir vins de table furent soigneusement sectionnés. « Ya pas à tortiller, prétendait Mr Valençay père : « Pour faire du bon vin, il faut des raisins nobles, matures, vigoureux et sains. »
Des vendanges jusqu’à la mise en bouteille le temps fila à une allure... Après, il fallut baptiser ce vin audacieux et le faire remarquer grâce à une étiquette moderne et novatrice. Pour cela, Mathias avait repris ses crayons et l’ avait dessinée lui-même, son étiquette ! Il craignait d’avoir oublié ses deux années aux Beaux arts, mais non, il avait encore un bon coup de crayon. Il avait étudié si longtemps, commençant des études sans jamais aller jusqu’au bout: agronomie ( deux ans) parce que ses parents possédaient de la terre, puis anglais et espagnol (trois ans, pour voyager plus tard...) puis deux ans aux beaux-arts et enfin, une formation interrompue d’oenologie après avoir sur un pari, dragué sa prof elle- même ! C’est vrai qu’il était « une tête » Toujours premier de la classe il fut très vite surnommé « Einstein » ! Quand il eût quinze ans, il se coiffa à la « Einstein » ! A « la diable » disait sa mère, comme un porc-épic riait son père ! Il était savant mais aussi coureur de jupons, hâbleur, fêtard, passablement fainéant et pourtant toujours excusé par les parents, dont il était LE fils chéri mais pas l’enfant unique car...
Les années 70. En face de La Rochelle, sur l’île Dorée.
A l’origine, les Squirrel n’arrivaient pas à avoir d’enfant. Ils s’étaient donc tournés vers la DASS qui leur en avait « prêté »un... C’est comme ça, qu’ un jour, cramponné à la main de son éducatrice, « Pipo » avait fait son entrée chez eux. Le mioche, à huit ans, était si pâle, si renfermé que les Squirrel l’auraient bien rendu tout de suite. Mais ils n’avaient pas osé. Le gamin était donc resté et très vite, des liens forts s’étaient tissés. Le petiot, un jour, appela Mrs Squirrel : « T’ite Mé » et elle en fut toute chamboulée. Mr Squirrel fut tout de suite « tonton Ferdi. » Pipo était un enfant attachant et courageux.
La DDASS prit de ses nouvelles, une fois par an.
Evidemment, deux ans après l’accueil de Pipo ( accueil provisoire mais qui perdurait), la Maryvonne Squirrel
Pipo avait dix ans. La naissance inattendue de ce « petit frère »le remplit d’effroi, puis d’amour. Avec ce bébé tout neuf, ils étaient une famille, une Vraie famille pour ce gamin de la DASS. Toute la paroisse fêta en même temps, l’adoption de Pipo et le baptême de Mathias. C’était le bonheur.
Pipo était heureux et fier d’avoir un petit frère. Il le couvait autant que les parents.
Le grand veilla sur le petit, travaillant pour deux. Pipo devenu Pierre trouva normal que Mathias devenu Einstein fasse de longues études . En réalité, les parents et Pierre se débrouillaient bien sans Mathias, qui de son côté et depuis toujours faisait en sorte qu’on ne comptât jamais sur lui. Il pensait n’être fait que pour apprendre !
Rien de ce que faisait leur fils n’était grave à leurs yeux Et quand il leur racontait ses succés féminins, ils riaient avec lui. trouvant tout cela plutôt amusant.
14 Juillet 91. 21h30
Quelle fête, mes aïeux ! Les lampions suspendus entre les marronniers se balançaient au gré du vent. L’air était doux. Pierre savourait cette fin d’après-midi. « Quand le cœur va, tout va ! » se répétait-il confiant. Il avait fait danser presque toutes les filles du village. Il faisait virevolter ces demoiselles, qui, rougissantes et essoufflées se laissaient guider par ce danseur hors pair. Il était heureux, comme grisé.
Mais que fabriquait Mathias ?
L’orchestre attaqua une valse. Des couples se formaient pour danser et gagnaient la piste de skate réquisitionnée pour le bal. Debout devant l’estrade, des adolescents et les plus jeunes badaient les musiciens. Quelques-uns, parfois, osaient s’élancer dans un hip-hop improvisé. Aux tables installées en bordure de la piste, les plus âgés buvaient une bière, certains un pastis. Tout le monde attendait vingt-deux heures. Le feu d’artifice aurait lieu sur le lac.
Pierre consulta sa montre pour la énième fois. Mathias aurait du être là depuis plus d’une heure. Pierre énervé, shoota dans un paquet de cigarettes vide. Les retards continuels de Mathias l’agaçaient de plus en plus. Si ce frère de vint-huit ans, ce courant d’air, était habituellement absent physiquement de la maison, il restait au cœur de leurs conversations.
Quelqu’un lui tapa sur l’épaule : « Si c’est ton frère que tu attends, je l’ai vu, avec le break du côté du château d’eau... Il ne roulait pas trop droit !
- C’est pas un jour comme les autres, aujourd’hui...
L’autre hocha la tête.
Le feu d’artifice éclata. Mais pour Pierre , c’était moins beau sans Mathias à son côté. Il soupira.
Les dernières fusées crépitèrent et chacun retourna au bal. Pas Pierre qui prit la direction du château d’eau. Mais qu’allait faire Mathias par là ? Et à cette heure ?
Allongeant la foulée, Pierre y fut bientôt. Le break était à moitié caché dans un buisson.
Des voix s’élevaient par là, du côté du cabanon. Mathias l’avait prétendu squatté par des gamins. Mais c’est pourtant lui qui en sortit. Il riait en titubant. Pierre aperçut une silhouette féminine.
- T’es pas folle ! grasseillait Mathias dans un grand rire d’ivrogne. T’épouser ? Jamais d’la vie ! On s’est bien amusé tous les deux, non ? Ben maintenant, c’est fini !
- Mais t’avais dit, t’avais promis ! murmurait une petite voix.
Elle tentait de le retenir par un pan de sa chemise. Il la repoussa brutalement. Elle tomba. Il tourna les talons et descendit le sentier vers le bal, oubliant le break. Manifestement, il était ivre.
La jeune femme pleurait. Pierre l’aida à se relever. Il avait reconnu Rosette sous la lumière blafarde du lampadaire! Rosette et son frère ! Celle qu’il aimait était à son frère ! Ah, cette douleur dans la poitrine. Tout
Et Mathias réapparut.
- Avec tes conneries j’ai failli oublier le br... Il avait sursauté en les voyant. Maintenant, il les regardait méchamment.
Quelle scène touchante ! L’idiot de la DDASS et mon ex ! C’est la meilleure ! Elle voulait que j’l’épouse ! Quelle comédienne ! Et avec mon soi-disant frère ! Et combien d’autres encore ? Hein ?
Pierre avait lâché Rosette.
- Tais-toi, Mathias, tais-toi, tu dis des conneries.
- Toi, la ferme et mêle-toi de tes affaires.
- Ok, je m’en vais.
- C’est çà, fous le camp !... Quant à toi ma salope... Il avait attrapé Rosette par les cheveux et l’avait giflée . Il allait recommencer quand Pierre l’envoya au tapis d’un direct au menton.
- Tu touches pas à Rosette, compris !
Mathias s’était relevé à moitié groggy. Sa lèvre supérieure saignait. Il éructa :
- C’est qu’il voudrait me faire peur le paumé de la DDASS !
Il parlait tout en reculant. Arrivé au break, il avait saisit prestement quelque chose. Se retournant d’un bloc, il pointait le fusil de chasse que Pierre gardait sous le siège.
- Fais pas l’idiot, Mathias... Pose le fusil... Il est chargé.
- J’y compte bien ! J’aurai ta peau... T’as déjà pris ma place dans ma propre maison et maintenant tu veux me prendre ma femme !
Mathias avança, se prit le pied dans une racine et tomba en avant. Le coup partit, Rosette avait crié. Mathias se redressa. Il tenait toujours le fusil Pierre se jeta sur lui. Ils luttèrent. Un second coup éclata. Le fusil dévié expédia ses plombs dans le mollet de Mathias qui hurla et lâcha tout. L’arme, heureusement vide maintenant, rebondit et la crosse frappa violemment Pierre à la pommette.
Tantôt geignant, tantôt ricanant, Mathias noua son foulard autour de sa jambe et s’en alla clopin-clopant. Il eut de la chance : une ambulance qui emmenait aux urgences un adolescent tombé de l’estrade (sûrement fracture du poignet) le prit au passage. Complètement dégrisé, Mathias dira au médecin urgentiste qu’il s’est blessé bêtement : « En arrachant le fusil de sous le siège, je suis tombé et le coup est parti ! »
Je me fichai pas mal qu’il me croit ou pas. De toute façon, je ne pouvais pas lui dire la vérité. Je la gorge. Je
Pierre a passé la nuit dans la cabane avec Rosette. Elle a sangloté longtemps, blottie contre lui. Il ne sait plus trés bien comment ça s’est passé, mais ils ont fait l’amour avec tellement de tendresse.
Au matin, quand il avait ouvert les yeux, Rosette n’était plus là. Chez elle, personne ! Tout était fermé. Un voisin, bien intentionné lui apprit que Maud, la mère de Rosette, avait un nouvel ami, qu’il avait été muté dans le sud (où ? il ne savait pas) et que Rosette était partie avec eux.
Maud ?
En son jeune temps, Maud, jolie petite sotte immature, avait pris le parti d’un charmant jeune homme noir à qui la merçière voulait refiler une chemise toute décolorée après un séjour dans la vitrine. Bien la couleur... Il la circulation. Neuf
Contre toute attente, Maud s’était bien occupée de sa petite Rosette.
Montpellier à nouveau, toujours en mars 2007.
Ce foutu 14 juillet lui revient en pleine figure à Pierre : Sa détresse en reconnaissant Rosette avec son frère, sa honte mêlée de tendresse pour la nuit passée avec elle et enfin l’espoir fou de la retrouver coûte que coûte. Mais aucune recherche n’avait abouti ! Les années avaient passé. Il n’y croyait plus, quand un soir, au journal télévisé, il avait cru reconnaître Rosette dans une manifestation pour le droit au logement à Montpellier. Et il était venu.
« Et si c’était mon fils ? » Se répétait-il mentalement, n’osant pas l’exprimer à voix haute. Déjà il aimait Anatole.
A la façon dont Rosette et Pierre se regardaient, tout était clair pour Anatole qui s’éclipsa prétextant avoir un RV urgent avec les copains. Naturellement, Pierre raccompagna Rosette chez elle et y apporta ses affaires. Il s’installa . Pierre raconta les soucis des dernières années. L’engouement soudain des gens pour son île. Les promoteurs acharnés, les terrains prenant tellement de valeur que les prix atteignaient des sommes folles. « Nous voulions rester chez nous, mais les taxes grimpaient, grimpaient... »
Et Mathias ? demanda Rosette.
Il refusait d’entendre qu’il y avait urgence à vendre. Il prétendait que cette mode passerait, fallait garder les terres coûte que coûte.
Je lui disais de venir constater sur place puisqu’il ne me croyait pas. Toujours sa même réponse : la mode va passer... C’est mon héritage que tu brades !
En clair, il m’accusait de vouloir dilapider son bien !
Je ne te permets pas de dire ça, ai-je explosé une fois, tu ne t’es jamais occupé de rien, alors, continue ! Et j’ai raccroché. Et quand nous fûmes. acculés, il ne donna plus signe de vie. J’ai décidé les parents à vendre, et j’ai vendu ! Très bien, même ! Ne conservant que quelques hectares pierreux dont personne ne voulait. Mais là- dessus, Rosette, je sais ce qu’il faut planter.
Les Squirrels m’ont adopté et j’ai travaillé comme une bête. A ma majorité, j’ai découvert qu’ils m’avaient versé un salaire pendant toutes ces années. J’ai des sous et Mathias est riche : la vente des terrains a été une excellente affaire. Moi, j’ai toujours cet hectare pierreux invendable. J’y ferai pousser du vin ... et des enfants... nos enfants si tu veux bien ...
Elle avait souri en l’enlaçant.
Pierre avait décidé qu’à la toussaint, il irait au Domaine de Valencay acheter ses pieds de vigne. Anatole se faisait une joie de l’accompagner.
Tous deux s’entendaient à merveille et Rosette n’était pas jalouse de leur amitié. Grâce à Pierre Anatole était retourné au lycée. En compensation, il fréquentait un cours de théatre. L’adolescent acceptait celui qui avait rendu le sourire à sa mère. Et puis, sa mère lui lâchait les baskets... ce qui était appréciable, aussi ! Du coup, quand il rentra presque tondu pour jouer « Néron » une fois la stupeur passée, Rosette le trouva beau ! Débarassé de cette coiffure délirante, le papillon pointait son nez. Désormais, Anatole n’avait plus besoin de gel pour discipliner sa tignasse ! Pierre regarda, effaré, ce fils potentiel...
Novembre 2007.
C’est en train qu’ils étaient partis, profitant des vacances de la Toussaint et, de la gare un taxi les avait conduit à la cave viticole. Pierre était à l’heure à son RV. La transaction se déroula comme prévue sur internet. Tandis que Pierre règlait les derniers détails avec le contremaître, Anatole était allé s’asseoir face à la jolie personne installée au comptoir. Bientôt, un homme posa une bouteille sur le comptoir avant de s’accouder. C’est Mathias qui attendait Mr Valencay pour lui faire goûter son vin.
- Première cuvée, avait dit Mathias en souriant.
- Jolie couleur, avait répondu Anatole par politesse en ajoutant, étiquette d’artiste !
La conversation s’était engagée entre eux.
Enfin, Pierre a fini. Il gagne le chai. A quelques mètres, au comptoir il les aperçoit côte à côte : même posture, même allure et quand l’homme retire son chapeau, Pierre se fige : il sait, il a deviné l’identité de l’homme . Anatole et Mathias ont presque la même coupe de cheveux avec une mèche plus longue sur la nuque. C
Dans le train qui les ramène à Montpellier, Pierre semble absent. Anatole regarde le paysage qui défile. Soudain, sans se retourner il dit à mi-voix :
- Le cow-boy du chai s’appelait Squirrel comme toi. C’est drôle, non ?
Pierre garde le silence un moment et finit par répondre :
- Le cow-boy... c’était Mathias... ton père...
Anatole lui fait face, les sourcils froncés.
- Pourquoi tu m’as pas dit ?
Silence.
- Mais pourquoi tu m’as pas dit ? Pourquoi ?
Alors Pierre raconte. Quand il a fini, Anatole soupire, hausse les épaules.
- Histoire con, à mon avis !
Et soudain rêveur :
- Hollywood, c’est pas en Californie ?
Marcelle, Janv/fév 08
Texte fait à partir des mots : Soleil- Pierre- Avé l’accent- pinède- courir- casque- valise- ouest- cendres
gouttes- grelons- étoiles- peinture- merveille- douceur- mouillé- vacances-
piscine- lac- aubergine-Rosette- salades-sandales- poubelle.
Un voisin flegmatique, par Christine Jouhaud Mille
Mots imposés : horrifié,
trompettiste, impénitent, dégénéré, soif, haut-fourneau, lave-linge, pompon.
Le trompettiste
entendit son lave-linge bringuebaler
dans
Avec les soubresauts, le tuyau arraché laissait
place à une béance d’où s’échappait à gros bouillons une eau abondante et parfumée.
On tambourina à sa porte, il ouvrit et son voisin
du dessous hurlât :
- Espèce de dégénéré, je vous avais dit de faire
réparer votre machine, mais impénitent
vous n’en n’avait pas tenu compte. L’eau coule comme une rivière de mon plafond.
Le trompettiste répond :
- Vous tombez bien
vous allez pouvoir écoper avec moi
Le voisin :
- C’est le pompon il se moque de moi !?
Le trompettiste flegmatique :
- Comprenez moi, si vous
m’aidez nous endiguerons cette cataracte qui vous inonde. Ensuite nous
remplirons le constat et pour étancher notre soif, je vous offrirai une mousse.
Le
voisin horrifié par tant
d’impertinence et pour toute réponse, assomma le trompettiste d’un coup de
poing.
Lundi 2 juin 2008



