Vaine rupture.
Vaine rupture
l rompt d'un coup de stylet vengeur le lien qui l'unissait à Françoise.
Blague-t-il? Dague a-t-elle?
On a beau dire, on a beau faire, les plus belles histoires de coeur ont une fin. D'ailleurs, dés le début de leur idylle, ils savaient bien tous deux que l'heure de la séparation sonnerait tôt ou tard.... Même, ils avaient eu largement le temps de se faire à l'idée de cette issue inéluctable. Sincèrement essayé, chacun de son côté, de s'y préparer. La perspective d'une prochaine rupture ( n'eût-il pas fallu plutôt parler d'un arrachement ? ) leur laissait un goût amer. L'amertume de l'espoir déçu. Le parfum du regret. La nostalgie des sentiments oubliés, des amours perdues, de mille et une choses sans retour, celles qui ont été et ne sont plus.
Françoise se montrait des deux la plus réaliste, c'était dans son caractère :
Si nous faisons le compte, calcula-t-elle, notre liaison aura duré presque deux ans. Ce n'est déjà pas si mal. Beaucoup de couples dans notre situation ne tiennent pas autant. Mais aujourd'hui, pourquoi nous obstiner alors que nous nous apercevons que « ce n'est plus ça » ?
Il est vrai, rétorqua-t-il, que nous n'avons jamais formé un couple comme les autres. Nous entretenions, comment dire ? Une relation très... particulière. Légitime ou non, qu'importe ? Dans notre cas , il y avait un obstacle... majeur.
L'amour survit aux pires difficultés, il se nourrit dit-on d'impossibilité.
Elle ne le contredit pas, qu'eût-elle pu répondre ? A quoi bon, pensait-elle , regarder en arrière, pourquoi se tourner vers le passé ? Elle baissa les yeux, s'enferma dans un mutisme obstiné.
Elle ne voyait aucun motif de poursuivre cette conversation qui ne les menait à rien.
Lui se contentait d'observer Françoise. Il murmurait son doux nom - on devait dire « Francese » à l'époque, il n'importe. Jamais elle ne lui avait semblé si belle qu'à l'instant de leur séparation. Il ne se lassait pas de la regarder. N'était-il pas étrange qu'elle parût aussi jeune, qu'elle eût gardé son éternel sourire d'adolescente, alors qu'elle avait largement atteint la quarantaine et porté quatre enfants ? Françoise n'en était pas moins à ses yeux d'amant une fière et forte femme. Intrépide aussi. Elle avait su donner un sens à sa vie. Il eût dit : le souffle de l'épopée. Refusant de céder à l'odieux chantage d'un adversaire implacable, elle avait commandé seule une petite garnison, fait le coup de feu comme un homme, tenant le pistolet d'une main, son petit dernier de l'autre. Admirable, non ?
Pourtant, ce n'était pas l'image qu'il voulait garder d'elle. Il s'accrochait obstinément à la femme qu'elle était, rejetait icône de la guerrière. Durant les deux années qu'avait duré leur relation, elle s'était révélée une amante fougueuse et passionnée. Elle manifestait - tout en conservant jalousement sa propre indépendance, Dieu sait pourtant que ce n'était pas dans les moeurs du temps !- une aptitude étonnante à donner et à recevoir. Attentive à n'appartenir à personne, pour mieux se donner à tous, elle était finalement restée elle-même et c'était bien ainsi: elle allait jusqu'au bout de son vouloir.
Dans le fol élan de sa passion, il n'avait pas su voir cette femme ce qui était le meilleur d'elle-même, et le plus secret. Il s'en rendait bien compte à présent, il avait surtout projeté sur elle son rêve, ses fantasmes. A l'occasion d'une relation amoureuse, sait-on jamais vraiment ce qui se passe dans la tête de l'autre ? Un amant irréfléchi se fie à son intuition, il se peut qu'il voie juste. Le plus souvent, il échoue à ce jeu de devinette. Alors l'incompréhension mutuelle tourne au cauchemar.
Avec
Françoise, c'est ce qui s'était produit : l'affaire
avait failli tourner au drame. Après s'être très
( trop ? ) investis l'un dans l'autre, de tout leur coeur, de toute
leur âme, ils avaient connu ce décrochement progressif
dans leurs sentiments réciproques, ce déchirement
annonçant leur prochaine rupture. Leur éloignement
(d'abord progressif) se percevait de plus en plus nettement. Ils se
rendaient bien compte à présent que le lien qui jadis
les unissait s'était fait de plus en plus ténu.
Fallait-il
pour autant qu'il abandonnât sa copie, laissât cette
dernière feuille blanche dans un moment de découragement
? Vainement, il s'était « accroché »
durant les deux années écoulées, avait effectué
des mois de multiples recherches, suivi de vraies et de fausses
pistes, pioché dans les manuels d'Histoire, réuni des
monceaux de documents, compulsé moult correspondances, aligné
des kilomètres de caractères, noirci des tonnes de
papier. Malgré tous ses efforts, le résultat
s'affichait, consternant, moins que nul, sur sa machine. C'était
du travail pour rien, ni fait ni à faire.
Son héroïne ne se reconnaissait pas dans ce qu'il avait écrit. Ni ceux qu'elle avait fréquentés, ni ceux qui l'avaient connue. Encore moins ceux qui se l'étaient appropriée ensuite, sûrs d'eux-mêmes, sûrs de la connaître. Parce qu'il ne faut jamais toucher à un symbole, une figure emblématique, ils avaient crié au scandale, à l'iconoclasme, au crime de lèse-identité.
Le roman historique, différant en cela de la fiction pure, n'est pas un genre où tout est permis.
Ou bien l'auteur se livre sans retenue à la grande bouffe, l'orgie papivore. Suivie d'une inévitable indigestion documentaire, ou dysenterie: le glouton se perd dans son propre (?)... bourbier.
Ou bien,
prétendant remplir les « blancs » de
l'Histoire officielle, il laisse librement courir son imagination.
Cela relève alors du un jeu de hasard. Il se peut que
l'auteur voie juste, mais nul ne le saura jamais. Le résultat
peut surprendre, cela se traduit sans doute par une déformation
de la réalité. Le plus gros risque étant qu'au
final, nul ne discerne plus le faux du vrai.
Dans le cas d'espèce, son héroïne avait vécu quatre cents ans plus tôt. Les Guerres de Religion paraissent aujourd'hui bien loin .... Il est vrai qu'aux yeux d'un observateur attentif à ce qui passe un peu partoutdans le monde, le sujet n'a rien perdu de son actualité!
Et puis, zut ! Tout bien réfléchi, il n'avait pas le droit de faire cela ! Puisqu'il avait voulu s'emparer corps et âme de Françoise de Cézelly, le personnage s'était vengé de l'auteur, rien de plus normal.
Point
tiret. C'était bien fait pour lui.
Alors, il avait planté là son projet. A tout hasard, il avait enregistré le chapitre en cours sur une clé U.S.B., fermé la session, éteint l'ordinateur. Rangé soigneusement dans un classeur quelques deux cents feuillets épars. Pour l'instant, il n'y avait rien de bon à en tirer. Plus tard, peut-être, il reprendrait tout cela. D'une autre manière.
Son roman ne paraîtrait pas, mais leur histoire d'amour continuerait.
Notes et commentaires:
Cette nouvelle répond à la consigne: décrire une relation et connivence et/ ou d'ambiguïté entre deux personnes. Il s'agit en l'occurrence d'un romancier historique amateur et de son héroïne.
Le personnage dont il s'agit se nomme Françoise de Cézelly et a vécu à la fin du XVIème siècle. C'est une figure emblématique de la Ville de Leucate dans l'Aude et du Lagnuedoc en général. Trois nouvelles du même auteur la concernant peuvent être retrouvées sur le blog « Atelierdecrits » (2007):
« Psaume 137 «
« Les statues meurent debout «
« Monsieur l'huissier à verge ' .our toute précision historique ou biographique il y a lieu de se référer à la notice de ces textes.
Enfant bonheur, par Régine Vivien
Enfant bonheur.
Enfant désiré, adoré.
Tu m’aimes.
Je t’aime
Enfant revanche,
Mais enfant déchiré,
Porteur de nos désirs,
Porteur de nos espoirs,
Enfant, tu penches
Déséquilibré, désabusé
Devant nos attentes.
Garçon, tu dois être fort.
C’est dans tes gènes,
Mais dans tes yeux
Je lis ma propre faiblesse.
Tu dois avancer sans fléchir
Mais dans ta bouche
Résonnent mes propres doutes,
Mon esprit de contradiction.
Fille, tu dois être gracieuse,
Heureuse et maternelle,
Mais dans tes gestes
Je vois la simplicité
Sans apprêt de ton père,
Sa bienveillance,
Son ouverture aux autres
Et aussi son anxiété.
Enfant, tu me fais mal,
Enfant, je te fais mal,
Mais, lentement, tu t’aguerris,
Et tu résistes.
Tu vas droit devant toi,
Tu t’éloignes de moi,
Vers tes propres vœux,
Vers tes propres dieux.
Enfant bonheur,
Enfant estimé, considéré.
Régine Vivien. Le Cres, le 27 novembre 2007
BETTY, par Marcelle Laurent
Ils
se tenaient par la main, se souriaient, s’embrassaient avec fougue. Ils étaient
heureux et beaux, comme illuminés par leur amour. Je les enviais, les regardais
en douce, comme les choses défendues...
Il
était orphelin et pupille de la Nation, élevé par la DDASS, cette grande
institution inhospitalière. Il était en mal d’amour et de tendresse. Il avait
18 ans
Elle était brune, le teint clair piqueté de taches de rousseur. Elle
était vive et son rire fusait à tout moment. Il la regardait, extasié. Ses
parents buvaient, surtout sa mère et Betty était son souffre douleur. Souvent,
elle mangeait les restes du chien sous la table...Comme elle portait des traces
de coups, elle fréquentait épisodiquement l’école. Cet amour la sortait enfin
de l’horreur qu’elle vivait. Elle se cachait pour le rencontrer et un jour,
s’enfuit pour s’installer avec lui.
Il travaillait beaucoup , voulait qu’elle soit la
plus heureuse, et qu’ils aient un foyer, LE FOYER qu’ils n’avaient pas eu et
qu’ils ne surent pas construire.
Un petit garçon naquit et Betty dut
le protéger des coups que son père, jaloux, faisait pleuvoir sur lui.
Une petite fille vint au monde peu après,
qui devint la merveille de son père et que Betty détesta d’emblée... au point
de mettre la vie de l’enfant en danger.
Le couple se disputait. Lui se mit à la frapper. Les
voisins puis la police intervinrent. Le couple se sépara en se partageant les
petits
Je ne sais pas ce qu’ils
sont devenus. Mais quelle injustice tout de même : Privés d’amour toute
leur enfance ils n’ont pas su faire vivre le leur et sont retournés au malheur,
parce que ça, ils connaissaient parfaitement tous les deux.
Marcelle. 30/03/07
Thème : l’amour. ( avec une carte postale pour
support)
Réveil, d'Yves Martin-Guillou
16 Mars 2007
Utiliser un maximum de verbes de dialogue
Réveil
--« Bonjour mon amour », murmure t-il.
-- « Bonjour mon chéri », gazouille- t-elle
-- « Tu as bien dormi ? » demande-t-il
-- « Oui, mais pas assez. »
-- « Il aurait fallu te coucher plus tôt », observe-t-il gentiment.
-- « Mais c’est ce que j’ai fait ! » réplique-t-elle en se redressant.
Surpris par cette mauvaise foi, il bougonne :
-- « Je ne m’en suis pas aperçu ! »
-- « Bien sûr, tu ne fais pas attention à moi », observe-t-elle, acide.
Il riposte :
-- « Pas du tout, tu te fais des idées »
-- « Dis tout de suite que je suis folle », rugit-elle.
Il s’impatiente :
-- « Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire… »
-- « Mais tu l’as dit quand même !. »
Elle pleurniche maintenant.
-- « Que je suis malheureuse », ajoute-t-elle en sanglotant.
-- « Voilà ! Les grandes eaux », s’exclame-t-il.
Mais elle explose : « Et d’abord tu dis toujours n’importe quoi !. Monsieur reproche, Monsieur sermonne, sans savoir »
-- « Mais… »
-- « Il n’y a pas de « mais » hurle-t-elle, c’est moi qui ai raison !! »
-- « Bien sûr, comme toujours » braille-t-il
-- « Boum ! Boum ! ». C’est la cloison qui résonne et le voisin qui se plaint : »c’est pas un peu fini, votre cirque ! »
-- « La ferme » aboie l’homme. Mais il reprend un peu plus bas en s’adressant à la femme et il explique :
-- « D’abord j’ai pas voulu te vexer »
-- « Peut-être, mais tu y es arrivé quand même », soupire- t-elle.
Bougon, il répète :
-- « Il faut pas m’en vouloir, je…. »
Elle le coupe :
-- « Je ne t’en veux pas, mais il y a des fois où… »
et elle minaude
-- « çà me fait tout bizarre »
Il bredouille : « Excuse moi, j’ai pas voulu… » et il ajoute en maugréant : « Je voudrais que ça rentre dans l’ordre… »
Elle se penche vers lui et lui sussure dans l’oreille : « alors, serre moi fort ».
Leur lèvres se rejoignent et le dialogue continue en utilisant un autre mode d’expression…
La querelle, par Alice Padovano
A la terrasse d'un café, Minouche et Eric se querellaient...
- Eric! Ne réplique pas, énonça-t-elle, tu te rebelles, tu récrimines, tu me rembarres, tu roumègues tout le temps, tu m'assènes sur la tronche des âneries! Moi, je vais te river ton clou, na!
- Eh! s'écria Eric, Minouche, moi aussi j'ai des reproches à te faire, mais je vais d'bord te les sussurer, te les murmurer, te les chuchoter, te les bredouiller, te les énoncer, pour pouvoir mieux te les expliquer à haute-voix, te les crier, riposter, réfuter, objecter, rouspéter, protester, gronder, bougonner, brailler, grogner, rugir et exploser! C'est cela que tu veux?
Rappelle-toi, fit-il sur un ton conciliant, on ne se disputait pas avant, écoute-moi, ne préfères-tu pas que l'on se marre, ou que l'on se confie l'un à l'autre? Ou, que l'on se bafouille des choses sympas? Au lieu de nous impatienter, de nous blâmer, discourons sur d'autres thèmes, accordons-nous, as-tu un sujet qui te ferait plaisir?
Ne me tarabuste pas, viens là près de moi, je veux t'entendre gazouiller comme quand tu me fais un gros câlin, viens, laisse donc cette querelle. Le meilleur moyen de s'expliquer c'est de s'étreindre corps à corps... Les gens nous regardent, dis-tu? Et alors?... Viens, partons!...
Alice, 21 mars 2007
Séance : "Les verbes d'expression et leurs synonymes".
Un seul être vous manque... par Alice
D'après Lamartine : "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé"!
Oui! Cette phrase bien connue est vraie, "un seul être vous manque..." Les rues paraissent vides, les gens ont disparu, même les bruits habituels n'existent plus. Tout n'est que brouillard, cacophonie ouatée. Les peintures des maisons sont sales, on dirait qu'elles dégoulinent de tristesse, on ne sait plus leurs noms, on marche trop, sans savoir où l'on va. Les odeurs des restaurants sont écoeurantes, comment peut-on manger, boire, marcher, rire, chanter... L'a-t-on déjà fait? Non! On vient de sortir du néant, on n'a plus de passé, on n'en a jamais eu...
Quand vous attendez un coup de téléphone d'un être cher et qu'une voix vous répond qu'il n'est plus de ce monde, quel est ce grand trou dans lequel vous descendez et qui vous entoure? Comment est-il là sur vous? En vous?... Où aller? Lorsque l'on est croyant, on court se réfugier dan sune église, et là, on ne voit rien... du noir. On crie que tout est mensonge, que Dieu n'existe pas! Rien n'existe, que le vide... On ressort, on a mal, très mal, là, dans la poitrine, on ne peut même pas pleurer! Des gens vous parlent, mais qu'est-ce qu'ils veulent dire? On n'entend rien ou on s'en fout, d'ailleurs il n'y a personne, non personne puis LUI N'EST PLUS LA!
Alice Padovano, avril 2007
Elle a toujours les yeux ouverts... par Alice
D'après Paul Eluard : "Elle a toujours les yeux ouverts et ne me laisse pas dormir..."
Ses yeux à elle étaient ouverts, mais elle le laissait dormir! Il avait l'air d'un gros bébé qui, ayant dégusté jusqu'à la dernière goutte le lait maternel, satisfait, la bouche entrouverte, rêvait aux anges. Les persiennes laissaient passer une douce lumière, elle le contemplait ; elle était amoureuse, lui, ne l'était pas encore... Il acceptait ses caresses, ses baisers, ses prévenances, ses gâteries, son adoration, son idolatrie avec plaisir, presque comme un dû. Elle aurait aimé lui être indispensable afin de le voir tous les jours, ne serait-ce qu'un instant! Elle se contentait de quelques heures... Elle l'attendait... Elle l'espérait.
Il était musicien, elle suivait son orchestre un peu partout, parfois elle allait l'écouter sans se faire remarquer. Fallait-il qu'elle soit mordue! ... C'est ainsi que les rares nuits qu'ils passaient ensemble, elle en profitait pour le regarder dormir jusqu'au petit jours, ses yeux grands ouverts, en prenant bien garde à ne pas l'éveiller.
Alice Padovano, mai 2007
Scène de rue, par Yves Martin-Guillou
Il pleut sur Lyon et sur la place carrée les autos sont sagement garées, serrées et parallèles, le nez vers le trottoir. Seul l’arrêt de bus où je me trouve laisse un créneau vide sur le bitume. La circulation des autos et des piétons est très dense en cette période des achats de Noël. Du poteau où je m’appuie, je vois un couple à l’avant de la première voiture vert clair garée à ma droite. Ils parlent avec véhémence. Lui est très grand car le pavillon me cache son visage. Il martèle le volant à grands coups de poings rageurs. Elle est brune et secoue la masse de longs cheveux bouclés qui encadrent un visage pâle et crispé. Aucun son ne filtre à travers les vitres légèrement embuées, mais la dispute d’amplifie sans doute car plusieurs fois, ils se fixent, se crachent quelque vérité et se détournent ensuite brusquement l’un de l’autre. Soudain, elle ouvre la portière et sort en serrant contre elle un sac à main verni. Elle s’éloigne à grandes enjambées nerveuses. J’ai vu son visage en larmes et je suis sûr que ce n’est pas la pluie. Elle a traversé le trottoir et tourné au coin du boulevard. Lui n’a pas bougé. Abattu ? Soulagé ? Estomaqué ? Sa silhouette sombre reste tassée dans le véhicule. Plus qu’une querelle, c’est une rupture. Je le sens, je le vois. Cela rouvre les blessures de ma propre vie et, voyeur involontaire, je ne peux me détacher de ce poteau de bus. Le flot des passants continue de couler sur le trottoir et après un court moment je distingue de nouveau les boucles brunes qui reviennent. La jeune fille regarde les vitrines avec une attention toute artificielle, balançant son sac au bout de sa sangle avec une décontraction voulue. Puis, en trois secondes, elle revient à la voiture, ouvre et se jette sur le siège passager. Dans l’habitacle refermé les deux corps se sont enlacés et leur masse sombre reste immobile dans les remous de la circulation et sous la pluie silencieuse qui continue de tomber. Yves Martin-Guillou, avril 2007
Texte fait à partir de la consigne : décrire une scène d'amour comme un témoin extérieur.
Où que tu sois... Régine Vivien
Où que tu sois
J’étais une petite fille terrorisée
Tu m’as pris la main
Tu étais tout à la fois
Mon père, mon amant, mon ami,
La joie, l’espoir
Sont entrés dans ma vie
J’étais une petite fille terrorisée
Tu t’es laissé séduire
Par mes faux airs de femme libérée
Par mes jeans et mes livres
Par ma volonté de vouloir comprendre
Et changer ce monde inhospitalier
J’étais une petite fille terrorisée
Je suis devenue un être complet
J’osais par tes yeux
Je parlais par tes mains
Je sentais par ta voix
Nous étions emmêlés
Je n’étais plus une petite fille terrorisée
Je suis devenue belle
Je suis devenue celle
Qui éclairait ta vie
Celle sur qui t’appuyer
Puis la vie est ainsi faite
Tu es devenu un homme terrorisé
Tes yeux cherchaient les miens
Pour que je t’accompagne
Dans cette lutte
Entre la vie et la mort
Tu étais seul bien sur dans cette lutte
Mais contre mon corps
Contre mon cœur serré
Je suis désormais une femme
A moitié ou plutôt au trois quart
Pleine de nos bonheurs
Mais douloureusement
Marquée par cette cicatrice
Invisible, impalpable
Que nul ne voit
Sauf toi où que tu sois
Le 14 mars 2007 Régine Vivien
Il marchait à demi éveillé... Régine Vivien
Il marchait à demi éveillé. Son cœur battait fort. Il venait de l’apercevoir sur son chemin habituel. Elle s’était éloignée mais son image était restée, elle. Ah, elle était bien trop belle, immatérielle, inaccessible.
Pourtant il la possédait là … maintenant… dans son rêve. Il continuait à marcher à demi éveillé. Il lui murmurait des mots tendres. Il l’enserrait dans ses bras. Elle répondait à ses baisers. Il était heureux.
Tous les matins il la croisait, silhouette diaphane, coquette, pressée. Il l’imaginait libre, fragile et forte, gaie. Au fil des jours son amour avait grandi. Sa tête était pleine d’elle.
Ce n’était plus un tout jeune homme, non. Il avait connu de belles histoires qui s’étaient terminées. Mais cet amour-la, il le voulait éternel, sublime. La voir tous les matins lui donnait tant de bonheur.
Le samedi et le dimanche dès qu’il s’éveillait, il prenait garde à ne pas ouvrir les yeux pour mieux l’apercevoir au coin de la rue. Il
Le lundi était un jour merveilleux. Il allait à nouveau la croiser. Il
Mais voilà, un soir de juillet chez des amis il rencontra Amélie. Elle était seule, souffrait de sa solitude et n’hésitait pas à en parler. Il lui proposa une soirée cinéma, puis un restaurant, puis une journée balade, puis un autre soirée cinéma, un autre restaurant.
Un matin il oublia sa belle inconnue. Arrivé à son bureau il ne sut pas s’il l’avait croisé, tout occupé qu’il était à prévoir le petit repas qu’il concoctait le soir même pour Amélie.