PostHeaderIcon Taï- shisters sur plage

Taï- shisters sur plage

En hiver ou bien en été ?

C’était bien le dix janvier,

Un temps ensoleillé,

Sur la plage, j’ai envie d’aller…

Qui pouvais-je rencontrer ?

Seulement des randonneurs,

Peut-être bien déchaussés,

En tous les cas échevelés, sablés,

Par petit mistral léger et frisquet ;

Ou bien, au bas des dunes,

Une partie de foot,

Entre adolescents jusqu’ici enfermés,

Qui essayent de se défouler.

Ou bien, un vieux monsieur,

Philosophe très distingué,

Qui, pipe allumée,

Contre petit vent exerce sa pensée.

Ou bien, un couple amoureux,

Emmitouflé,

Après amour, repus,

Qui a envie de s’envoler.

Mais peut-être, mon âme sœur,

Qui, à la place d’une montagne enneigée,

A besoin de contempler

Surface bleue irisée,

Qui parle d’éternité

Vers horizon rectiligne,

Bleu marine foncé.

Je m’en vais.

Au bord des tamaris,

Je m’arrête figé :

Un engin frôle mon pied,

C’est un cerf-volant qui vient de tomber,

Sa ficelle est emmêlée ;

Un garçon qui ressemble à Tintin, court,

A reculons, il va, et vient…

Derrière lui, Bécassine en bikini,

Le poursuit, et crie après lui :

«  A cause de toi, j’ai failli me noyer !

De la mer chaude je profitais !

Tu te crois en Janvier ?

Et bien, sache que le monde est en train de changer,

Juin a remplacé Janvier.

Mets ton maillot !

Au lieu de te décarcasser

A faire lorgner le ciel, à des ailes tordues,

Que tu es incapable de redresser.

Cacophonie !...

Hiver ? Printemps ? Eté ?

Je continue d’un pas mal assuré ;

Je recherche la paix,

Vers la falaise noire,

Qui borde la frange des petites vagues,

Qui clapotent sur les graviers.

Est-elle là, mon âme sœur,

Endeuillée,

Qui recherche la sérénité ?

Sur le bord de la grève,

Deux elfes ?

Mais non ? Deux sœurs,

Des taï- shisters,

Aux gestes câlins,

Qui pointent vers moi

Leurs extrémités désarticulées…

Lenteur, langueur, splendeur,

Comme des algues marines,

Ou bien des pattes de poulpes,

Elles m’enveloppent, m’étouffent !

Mon âme, par deux sœurs siamoises,

Est envoûtée.

PostHeaderIcon Cerf-volant, notations, par C. Menahem-Lilin

"Cerf volant : Notations"

Sur la plage. Belle journée de printemps. Bourrasques. Un grand ado et un garçon (9, 10 ans) font voler un cerf-volant. Vent instable : risques de chutes pour l’engin.
Près des vagues, deux jeunes filles s’entraînent à faire leur taï-shi. Tee-shirt, collants. Gracieuses.
Le cerf-volant se rapproche. Danger ? Perte de concentration d’une des taï-shisters, en tout cas.
Patatras : à quelques pas d’elles, cerf-volant au sol. Fil tout emmêlé. L’ado démêle, le garçon, voulant aider, ré-emmêle. Parviennent tout de même à leur fin. Les taï-shisters se sont éloignées.
Eau frisquette. Pourtant, une baigneuse, en bikini. Regards du jeune homme, attirés.
Le cerf-volant tombé une fois de trop : dans la flotte. Ça ne baigne plus pour la baigneuse : elle est furieuse, et empêtrée dans le fil.
Elle crie et court après l’ado et le garçon.
Abandonné, le cerf-flottant s’éloigne. Paix.

PostHeaderIcon Naissance de Vénus, chute d'un cerf-volant

Naissance de Vénus, chute d'un cerf-volant
(version rimée)

VENUS

Souvent, pour s'amuser, des enfants sur la plage
Livrent leur cerf-volant à l'azur éthéré.
Phébus, de mille feux, brille sur le rivage:
L'hiver est déjà loin, mais ce n'est pas l'été.

Leur jouet, tel un aigle à la belle envergure,
Dans un sublime envol, s'élance vers le ciel.
Il surplombe la grève, autant que brise dure,
D'un panache qui flotte à l'arrière, irréel.

Avec précision, les jeunes le dirigent,
Accrochés à son fil qu'ils tirent de la main.
L'un d'eux, adolescent, du peu de vent s'afflige.
L'autre qui trotte, insouciant, n'est qu'un gamin.

Non loin d'eux, sur la plage, évoluent deux minettes.
Bras tendu vers l'avant, la jambe qui fléchit,
Pour capter le regard, ces gracieuses nymphettes,
Dans leur déhanchement, miment le taïchi.

L'eau claire, scintillante, incite à la baignade.
Frisquette, cependant: « Plongerons-nous ou pas? »
« Conjuguons nos talents », répond l'autre naïade,
«Moi, j'enlève le haut, tu retires le bas! »

Ondine callipyge et nymphe anadyomène,
Toutes deux, prestement, ôtent leur bikini.
Elles jouent à l'envers une troublante scène:
Vénus naissant de l'onde et de Botticelli.

Les gosses médusés n'ont plus d'yeux que pour elles,
Au point d'en oublier qu'ils jouent au cerf-volant.
Ce dernier ne perd rien du plongeon des donzelles
Qu'il observe de haut, voguant au gré du vent.

C'est par trop négliger la rêne qui pendille,
Traîne au sol, puis se mêle aux flots impétueux.
Traîtresse elle se prend dans les pieds, s'entortille,
Elle s'enroule aux bras, aux jambes, aux cheveux.

Hélas pour les enfants, la tramontane tombe.
Leur jouet inopérant, dérisoire héros,
Tel un aigle blessé qui lutte et puis succombe,
Plane, pique du nez, s'abîme dans les eaux.

Le cerf-volant déchu, devenu cerf-qui-flotte,
Entre deux eaux n'est plus qu'un lamentable objet.
Avachi, détrempé, tristement il barbote:
Ses ailes de géant l'empêchent de nager.

L'histoire finit là. Je laisse les deux filles
Sortir de l'onde amère et (sans se dépêcher)
Les garçons s'éloigner, lorsqu'elles se rhabillent,
Et mettre leur jouet sur la rive à sécher.

                  Jean-Claude

                                     [P.S. Voir également "Polémique" cocernant ce poème à la rubrique "Humour"]

PostHeaderIcon Le cerf-volant du goût des blondes

Le cerf-volant du goût des blondes.

CERFVOLANT

    Pâques, les
Aresquiers. Sur la plage ensoleillée, coquillages et crustacés. Le
mistral chante, avril enchanté m'enchante quand il vente.
    Après ce dur hiver (quel enfer...), me voici de sortie! Enfin dehors! Tiré de mon étui, je vole sans effort!
    Je suis le cerf-volant. Jouet des tire-au-flanc, ce n'est pas pour
autant que j'ai le cerveau lent, quitte à servir longtemps de plume
serve aux lents.
    Je suis le goëland.
    Du plus haut de ma haute sphère, ai-je une gueule d'atmosphère? Je l'espère...

    Juste en bas, loin sous moi, me guident ceux qui croient, s'agitent, s'évitent, plus vite, de plus en plus vite.
    Confus va-et-vient, mouvements browniens de mes maîtres humains: un ado pull marin, l'autre presque un gamin.
    Tout va bien, jusqu'à ce trois fois rien: je ne sais quoi, pourquoi... le vent, qui soudain choit.   
    Dure loi! Par ma foi, je n'en ai pas le choix. Je plane pour un temps,
volage fuselage; dommage! Je culbute, percute, plus dure sera la
chute... et puis zut!
     Je devine des nues la déconvenue des gosses qui dans les ficelles, s'emmêlent. Vue atroce, image féroce!
    Quand l'ado démêle, le gamin s'en mêle, et ré-emmêle de plus belle.
    Un ange passe... Qu'est-ce qui se passe? Soupir ou sourire, les jeunes
admirent deux filles en bikini qui font du taï-chi (comme on dit). La
scène les inspire (on a vu pire!)... j'aimerais être aussi dans leur
ligne de mire. Mirage à quoi j'aspire...
    Fières d'être en vedette,
dans l'eau frisquette, les taï-chieuses piquent une tête. Ô mouettes
rieuses! Pas frileuses, même plutôt fameuses, les gueuses!
     Sans
penser à mal, du haut du ciel, je me régale: en douce, sans secousse,
le vent me pousse... à la verticale des baigneuses.
    Vol en piqué,
le nez pointé vers leur décolleté! Mors aux dents, mort aux gens! Dans
mon ardeur, j'ai juste oublié le fil conducteur: rêne qui se détend,
lamentablement pend.
    D'écume éclaboussées, les naïades dans l'eau
se sont entortillées, contre mes fils maugréent: plutôt prendre son
pied que s'y prendre les pieds.

     Je suis, en attendant, un triste
cerf-flottant, chose inidentifiée, dans l'eau de mer trempée, vague
sujet, rejet, des vagues le jouet. Ma carcasse au ressac dégouttante
livrée, dégoûtant le passant, sur le sable échouée... ô désolant objet,
magie inopérante!
    Mais qu'est-ce qui se passe? On se casse! Ces
filles sont vraiment... taï-chiantes. Déchirantes, mais liantes, encore
à condition... d'avoir pratiqué l'art de décaler les sons.
      A juste
raison, elles s'en sont allées. Mes maîtres m'ont laissé. Ne pouvant
plus voler, j'ai pour un temps cessé de les intéresser. Me voici seul,
pleurant les larmes de mon corps, des larmes de remords, bête squelette
en quête de soleil et de vent pour sécher.
    Sur la grève désolée, coquillages et crustacés (etc... retour au début).

                                                                                                    Jean-Claude

PostHeaderIcon Le cerf-volant, par Carole Menahem-Lilin

Le cerf-volant

Styles : vu du côté du cerf-volant, et pronostication.

Il devra arriver que Moi, Cerf-Volant du plus bel or, je m’élève dans les airs tel un Dieu-soleil dans ses rubans de soie.

Cela sera, malgré la maladresse des mes orants, et leur fâcheuse propension à regarder ailleurs. C’est qu’il se trouve, sur cette belle plage, lieu de mon Elévation, de ma Consécration, des dieux et des déesses certes mineurs, comparés à ma magnificence, mais néanmoins concurrents.

Dieu des Vents, d’abord, qui a dû s’enivrer outrageusement hier soir, car il est aujourd’hui fort mal embouché, et tantôt souffle en tempête, tantôt s’endort… Comment dans ces conditions prendre mon envol, surtout mené par des mains inexpertes.

Le dieu du Taï-Shichi doit aussi être de sortie. Comment expliquer autrement la présence de deux de ses jeunes prêtresses qui, sous couvert de santé, font des grâces et prennent des poses à n’en plus finir ? Le plus déroutant est qu’au lieu de lever, pour adorer ma majesté, leur fin visage (pourtant sensibilisé au culte de la lumière, leur bronzage l’atteste), elles m’évitent, paraissent s’effrayer de mon approche – quand elles ne me tournent pas le dos.

Je crains que Vénus, odieuse petite déesse qui se prend pour le nombril du monde, n’ait également décidé de me ravir la vedette. Sous l’apparence d’une baigneuse fort dévêtue, elle nous rejoue la Naissance vue par Botticelli. Mais au lieu de venir des ondes sur une coquille, elle s’y enfonce, et avec quelle impudique ardeur !

Je vais te la décoiffer, celle-là, ça ne va pas tarder. Ah ! L’exaspération me fait perdre mon beau langage.

C’est que j’ai chuté trois fois déjà depuis tout à l’heure, et dans les plus odieuses conditions. Mas belle chevelure de soie est tout emmêlée. Et ces butors qui, cherchant à me recoiffer, me font mal avec leurs doigts maladroits ! Qui ajoutent des nœuds à ma honte !

Mais qu’importe : il devra arriver que moi, Cerf Volant, je m’élevasse dans le ciel pur et que je planasse… Et que je planasse… instant d’une pureté infinie, ah, vol majestueux, que le temps ne suspendra pas…

Oh ! Patatras ! Me voilà chu une fois de plus, dans les nattes de Vénus. Ah ah ah… Elle y a eu droit la pétasse… Hum… Hum…

Mais ce n’est qu’un incident. Reprenons le fil embrouillé de mon élévation.

Oui, mon élévation : car, bien que le ciel fût bien mouillé, c’est arrivé : je flotte, je plane, je rêve, je règne ! Oui ! Je règne sur l’immensité tiède du Bleu.

Carole Menahem-Lilin, février 07

PostHeaderIcon Exercices de styles, consigne

A la manière de Queneau dans son ouvrage célèbre, racontez une histoire selon différents points de vue ou en adoptant différents styles.

Index des textes

L'histoire de départ, en style "Notations"

Sur la plage. Belle journée de printemps. Bourrasques. Un grand ado et un garçon (9, 10 ans) font voler un cerf-volant. Vent instable : risques de chutes pour l’engin.

Près des vagues, deux jeunes filles s’entraînent à faire leur taï-shi. Tee-shirt, collants. Gracieuses.
Le cerf-volant se rapproche. Danger ? Perte de concentration d’une des taï-shisters, en tout cas.
Patatras : à quelques pas d’elles, cerf-volant au sol. Fil tout emmêlé. L’ado démêle, le garçon, voulant aider, ré-emmêle. Parviennent tout de même à leur fin. Les taï-shisters se sont éloignées.
Eau frisquette. Pourtant, une baigneuse, en bikini. Regards du jeune homme, attirés.
Le cerf-volant tombé une fois de trop : dans la flotte. Ça ne baigne plus pour la baigneuse : elle est furieuse, et empêtrée dans le fil.
Elle crie et court après l’ado et le garçon.
Abandonné, le cerf-flottant s’éloigne. Paix.

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Raconter cette histoire deux ou trois fois, en adoptant,

au choix,l’un des styles ci-dessous.

Les numéros correspondent à la page du style dans le livre :


- double (répéter, redoubler l’info, la phrase, systématiquement, presque à chaque fois)
- métaphoriquement
- surprises (Surprise surprises !)
- exclamations (Ex !cla !!ma !!!tent !!!!tions !!!!!)
- rêve (onirique)
- pronostications (au futur. Cela devra arriver ainsi…)
- hésitations (Etait-ce ? N’était-ce pas ? Ce fut peut-être… ou bien…)
- précisions (d’ordre géographique, d’âge, de taille, de couleurs…)
- subjectif (du point de vue d’un des participants)
- animisme (du point de vue du cerf-volant
- lettre officielle (J’ai l’honneur de vous informer que l’autre jour…)
- ignorance (le témoin qui fait semblant de n’avoir rien vu, ou presque, car il a peur qu’on lui impute les faits, qu’on le rende responsable)

- varier les temps. Au présent, au passé simple, à l’imparfait...
- alors (Alors, il s’agit de répéter à chaque phrase, alors quoi, alors vous avez compris, quoi !). On peut varier : puis, moi je, si je te le dis…

- ampoulé (Mes chers amis, je ne vais pas vous faire l’offense de croire que vous eussiez besoin d’explications sur ce style qui se doit, comme son nom l’indique, d’être lumineux, branché, multi-watt en un mot…)
- vulgaire
- apartés (Donc, on m’a demandé de vous raconter… je me demande bien pourquoi cette scène qui se déroulait un après-midi forcément je ne mets jamais le nez dehors avant midi…)
- Apostrophe (Oh mon stylo, de ton encre indélébile, je vais tracer ces extraordinaires lignes…)
- en mettant en avant l’un des sens, ce qui orientera le récit. Olfactif, gustatif, tactile, visuel, auditif…
- ode
- vers libres

  • Autres propositions bienvenues !


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