PostHeaderIcon Au marché, Nicole Artaud


Enrichir le dialogue de départ pour en faire une histoire.

(les phrases en couleur sont le dialogue de départ)


 

Elle essaye de se frayer un chemin sans trop bousculer de monde entre les étals du marché.

« Comment se fait-il qu'il y ait autant de monde aujourd'hui ? »


Elle pensait être tranquille pour faire quelques courses avant d'aller ouvrir la boutique, mais elle risque bien d'être un peu en retard, des clients l'attendrons devant la porte.


Il fait beau aujourd'hui, hein ?


« C'est à moi qu'on parle ? Zut le retraité du troisième, je ne l'avais pas vu ! Toujours en verve celui-là, mais je n'ai pas le temps pour des ronds de jambe. Restons polie quand même.


Ah, bonjour M. Machin


Elle ralentit un peu, mais ne s'arrête pas vraiment. Cela n'empêche pas M. Machin de tenter à nouveau sa chance. Il aime bien sa jeune et jolie voisine, toujours élégante bien qu'un peu trop distante à son goût.


Il fait beau, hein ?


« il ne lâchera pas l'affaire ! Je ne vais pas m'attarder, d'autant que nous sommes devant le stand du marchand d'accras et que je risque de ne pas résister longtemps à l'envie d'en acheter. »


Oui


« Elle me répond, toujours ça de gagné ! Mais cette odeur d'accras m'incommode, je n'aime pas trop les nourritures exotiques. »

Il se met à marcher avec elle. Il peut ainsi s'éloigner de l'odeur qu'il n'aime pas et respirer son parfum à elle. « Très féminin, très fleuri, je me demande quelle marque, je ne m'y connaît pas trop en parfums, Adèle n'utilise que de l'eau de Cologne. En parlant d'elle, tiens... »


Il était temps, toute cette pluie, ça a déprimé ma femme.

Ah, j'espère qu'elle va mieux ?

Oui, oui, elle ...


« Oups, j'allais oublier de prendre le pain. »


Une baguette, un complet et deux cannelés s'il vous plaît.

Tout de suite, Madame, 5,40 €


Tout en prenant possession de ses achats, elle se tourne vers M. Machin:


Vous lui transmettrez mon bonjour. Excusez-moi, je suis pressée.


« Bon j'espère que ça lui a coupé le sifflet au voisin, sa femme est bien gentille, mais elle a toujours quelque chose. En fait elle paraît assez autoritaire, il ne doit pas rigoler tous les jours, le pauvre. Pas étonnant qu'il cherche de la compagnie. »


Ah, bonjour chez vous quand-même.


Et voilà la causette est déjà finie. Il se sent un peu déçu, comme abandonné. « N'arrivera-t-il jamais à l'inviter pour prendre un café ? Elle est toujours pressée, c'est la maladie de cette génération. Oui, c'est là le problème, elle n'a rien à faire d'un vieux croûton comme lui. »


Il va se promener encore un peu. Il aime toujours flâner sur un marché, tout est si coloré et en mouvement. On passe du fruitier au boulanger, du vendeur de fripes au poissonnier, du fromager au fleuriste. On saute d'une odeur, d'une couleur à l'autre. Il y a les flâneurs comme lui et les gens pressés comme elle. Il soupire, il est temps de faire les achats consignés par Adèle sur le bout de papier dans sa poche. Comme si elle pensait qu'il n'avait plus assez de mémoire !

12 janvier 2009

PostHeaderIcon Attente à la boulangerie, Laurence Bourdon

 

Mme Truc fait la queue à la boulangerie, vêtue d’une tenue de tous les jours :jean et sweat shirt, elle attend patiemment son tout ; elle doit acheter deux pains au chocolat pour ses rejetons qui ne vont pas tarder à sortir de l’école. Le client la précédant devise gaiement avec la vendeuse. Il choisit avec beaucoup de soin des mignardises pour douze personnes. Grand, coiffé d’un bérêt, il prend son temps ce qui énerve Jeanine ; mais elle a encore du temps devant elle et ne s’impatiente pas, pas encore.

 

Soudain Monsieur Machin fait irruption dans le magasin, c’est son voisin, elle tente de l’ignorer car elle le sait disert et n’a pas envie de parler aujourd’hui. Mais le bonhomme en salopette bleue, gitane maïs (éteinte !) au bec ne la manque pas. Il a la soixantaine bien sonnée et son visage rubicond en dit long sur son hygiène de vie.

 

-Il fait beau aujourd’hui, hein ? lance-t-il sur un ton jovial

- Ah, bonjour monsieur Machin répond-elle en faisant mine de ne pas l’avoir vu arriver. « Quelle plaie, il va me tenir jambe tout le temps que l’autre est à ses mignardises. Il les choisit une par une, à ce rythme là, je vais finir par être en retard, moi ! »

-Il fait beau hein ? « Bien sûr qu’il fait beau, tu me l’as déjà dit, je ne suis pas aveugle » Elle prend un sourire de circonstance, à savoir, assez neutre pour ne pas engager plus avant la conversation.

-Oui.

Monsieur Machin a ferré sa proie, il a décidé de ne pas s’ennuyer pendant qu’il faisait la queue et a jugé le sourire de Mme Truc assez avenant pour continuer la discussion.

-Ca nous change des jours précédents.

« Tu parles, ça faisait trois jours qu’il pleuvait averse, bien sûr que ça change »

-Oui répond-elle faisant une moue plutôt qu’un sourire qu’il a de toute évidence mal interprété. Mais le bonhomme n’en a pas fini avec elle, il est en verve et voit lui aussi le client aux mignardises s’éterniser.

-Il était temps. Toute cette pluie a déprimé ma femme

« Ah non, pas sa femme ! Pas sa dépression ! Après je vais avoir droit à ses rhumatismes à lui c’est couru d’avance ! Bon, soyons tout de même correcte… »

-Ah, j’espère qu’elle va mieux. «S’il est poli, il me répond par l’affirmative, sinon, je lui tords le cou »

-Oui, oui,… Elle

Sauvée par l’homme aux mignardises qui a enfin fini son choix et payé.

-Vous lui transmettrez mon bonjour. Excusez-moi, je suis pressée. Ce qui est vrai d’ailleurs, elle demande ses deux pains au chocolat, paye et s’enfuit sans demander son reste, presqu’en courant pour éviter à l’intrus d’en rajouter. Mais il ne peut pas finir cette conversation sans conclure.

-Ah, bonjour chez vous quand même !

« Oui, c’est ça, bonjour chez moi ! Tu parles que je vais passer le bonjour aux gosses…. Ils goûtent, jouent un peu, font leurs devoirs, puis c’est les douches et tout le tralala jusqu’au dîner… »

Monsieur Machin dépité reste sur son «  bonjour chez vous quand même ! » avec un peu d’amertume, l’impression de ne pas être compris et un sentiment de solitude.

 

PostHeaderIcon Variations sur le temps, Ariane Loeb

Il fait meilleur aujourd’hui, vous ne trouvez pas ?

Elle réajuste son chapeau, confirme d’un regard satisfait la justesse de son geste dans la glace de l’entrée.

— Oui, oui...

L’homme hoche la tête d’un geste bref. Sourire hâtif. Presse le pas tandis que la lourde porte de l’immeuble se referme derrière eux.

— … Moins froid, non ?

— Sûrement.

La vieille femme va d’un pas lent, la main en appui sur sa canne.

— Moi, l’hiver ça me déprime, dit-elle. Pas vous ?

Il a modéré son pas. Il ne va pas la laisser en plan comme ça ! Il la croise depuis longtemps, cette dame, c’était une vieille amie de sa mère. Sa mère... Bon, on ne va pas s’embarquer là-dedans.

— Oh... répond-il d’un ton détaché.

— C’est peut-être bien une dépression saisonnière...

— Faudrait pas exagérer... !

— On en parle beaucoup aujourd’hui, vous savez !

— Oh je sais je sais... tout ce que vont imaginer les media !

— Vous ne me croyez pas ?

La vieille dame a marqué un court arrêt, un brin offusquée.

Je n’ai pas dit ça... Mais...

Il secoue la tête. Qu’est-ce qu’elle me raconte ? Une dépression saisonnière… ! Coquet, son chapeau. Toujours bien mise, cette dame. Une touche de rose sur les lèvres. Ma vieille maman, elle… Il soupire. À l’époque on ne parlait pas de ces choses-là…

— Vous disiez… ? Je n’entends pas bien.

— Non, rien… C’est que je suis pressé. Un rendez-vous important.

Elle arbore un léger sourire d’un air complice.

— Un rendez-vous commercial, précise-t-il.

— Ah vous avez de la chance… !

Il s’étonne.

— Je n’ai rien à faire de la journée, vous n’imaginez pas ce que c’est...

— Très bien, si, répond-il d’un ton brusque. Déprimant, oui... déprimant !


12 janvier 2009


PostHeaderIcon A partir des répliques, Danièle Chauvin


A partir des répliques suivantes :

 

- Il y a trop de monde. Ne trouvez-vous pas ?

- Peut-être.

- Quand cela a-t-il commencé ?

- Je suis là depuis deux heures.

- On m’a dit qu’il ne fallait à aucun prix manquer cet événement.

- Et alors ?

- Ça peut attendre. 

- Non. 

- Avez-vous apporté votre réveil ? 

- Il est détraqué.

- A tout à l'heure.


 

 

Tous les types sont réunis : les grands, les maigres, les bronzés, les punks, les barbies, les karatémans, les danseuses, les costauds chevelus, les naïves aux yeux clairs, les frisés à moustaches, les lolitas à jupes plissées. Il fait chaud : c’est étroit, un couloir.

- Il y a trop de monde, ne trouvez-vous pas ?

«Celui-là s’est trompé de personne ! Avec son costume gris et sa cravate à rayures… Que me veut-il ? Visiblement, il ne sait pas pourquoi il est là. »

- Peut-être. «Je sens que je ne vais pas m’en débarrasser facilement. Je vais essayer de m’éloigner… Passer devant la grande rousse… Mais… Il me suit ! J’abandonne. De toute façon, c’est impossible, on est trop serrés.»

- Quand cela a-t-il commencé ?

«Est-ce que je sais, moi, quand ça a commencé ? J’ai entendu l’annonce pendant que je déjeunais. J’ai enfilé mon survêtement et j’ai couru. »

- Je suis là depuis deux heures.

- On m’a dit qu’il ne fallait à aucun prix manquer cet événement. Mais il a fallu venir ici. (Il sonde les profondeurs des poches intérieures de sa veste.)

- Et alors ? 

Il sort un coupon de réduction.

- Ça peut attendre.

- Non ! 

Il a l’air désespéré. Il remet le coupon dans sa veste.

 

Un mouvement semble s’amorcer. On dirait qu’on avance. Ça y est, les portes s’ouvrent. C’est la bousculade. Tout le monde se précipite. «Qu’est-ce qui leur prend ? Il y aura assez de places : c’est grand, une pelouse de foot. »

Finalement chacun a trouvé un coin de gazon. S’est assis. Le calme s’installe. Le costume gris est là, tout près. Il craint de se salir : il est resté debout.

L’attente commence. Peu à peu, un murmure circule. On parle à voix basse. On se penche vers son voisin. Le costume gris se courbe jusqu’au niveau de mon oreille :

- Avez-vous apporté votre réveil ? 

Je le regarde, hausse les épaules.

- Il est détraqué.

Brusquement, le silence. Puis une clameur : «Ah ! La voilà ! »

 

C’est vrai, elle arrive. Elle se balance légèrement. Elle semble hésiter. Elle s’arrête. On retient son souffle.

Tout le monde se lève. On n’entend plus rien. Douze files se forment en étoile autour d’elle. Tous les types, les grands, les maigres, les bronzés, les punks, les barbies, les karatémans, les danseuses, les costauds chevelus, les naïves aux yeux clairs, les frisés à moustaches, les lolitas à jupes plissées se rangent, les uns derrière les autres et approchent… Lentement.

Eh bien, ça y est. J’y suis. C’est mon tour. Mon cœur bat à cent à l’heure.

Je gravis les quelques marches. Le costume gris est toujours derrière moi.

- A tout à l’heure.

 

Et chacun suit le petit homme vert qui lui été affecté comme guide à l’intérieur de la soucoupe…


PostHeaderIcon A partir de phrases anodines, Marcelle Laurent

 

 

- Il fait beau, aujourd’hui, hein ?

Mon cœur s’affola, se mit à battre à grands coups désordonnés. Cette voix … cette voix là, c’était… c’était…lui ! Moi qui rêvais tant de le revoir. Bon sang, comment s’appelait-il, déjà ?! Les yeux baissés, je contemplais ses chaussures. (Le pauvre amour, il avait deux lacets différents, un rond et un plat et pas du même brun ! C’était attendrissant.) N’osant lever les yeux de peur de rougir comme une collégienne, je bafouillais dans un murmure presque inaudible : « Ah, bonjour Monsieur Machin » avec un brusque mouvement de tête afin de camoufler ma gêne et mon trou de mémoire ! Je n’osais imaginer ce qu’il pensait de moi, moi qui ne pensais qu’à lui, et la nuit et le jour !

 

- Il fait beau, hein ? Insista t-il en cherchant à accrocher mon regard.

Mais là, il aurait fallu se lever tôt, parce que mon regard, ben il papillotait à toute allure à la recherche de ce foutu nom qui demeurait insaisissable quoique scotché sur le bout de ma langue !

- Oui. Bafouillais-je tout en émoi, bloquée sur ce nom qui me fuyait toujours.

 

- ça nous change des jours précédents. Je percevais comme un rire dans sa voix, dans sa voix grave, profonde qui me perturbait au point de me couper le sifflet, alors que je ne suis, d’ordinaire, pas timide pour un sou.

- Oui… Je pestais intérieurement, la tête résolument baissée et coincée dans un sourire idiot qui martyrisait mes zygomatiques !

 

- Il était temps. Toute cette pluie, ça a déprimé ma femme.

- Hein ? (Comment ça, sa femme ? Mais, il s’est marié quand? Y a deux jours, il ne portait pas d’alliance !). Soudain à cran, je redressai la tête, prête à mordre. Effarée, je constatai que c’était pas lui ! Je respirai à fond. Pour sûr que c’était pas lui, celui que j’aimais n’aurait pas mis des lacets dépareillés !

Subitement libérée je lançai d’une voix primesautière:

« Ah, j’espère qu’elle va mieux ? (En tous cas, moi j’allais mieux !)

 

-Oui oui…elle…

Je n’écoutais plus, parce que je m’en fichais royalement moi de sa bonne femme, et de lui aussi, par-dessus le marché ! La porte du tramway s’ouvrit et je descendis une station trop tôt mais qu’importe, j’irradiais le bonheur ! Je lui criais par dessus l’épaule:

« Vous lui transmettrez mon bonjour. (Tu parles !) Excusez-moi, je suis pressée.

- Ah, bonjour chez vous, quand même !

- C’est ça, bonjour chez moi !

 

Janvier 09.


PostHeaderIcon Regards, Christine Jouhaud Mille


(Dialogue imposé en italique.

Je donne peu d’indications sur le ton et les regards échangés pour une libre interprétation.)

 

Au bord du canal une femme s’assoit sur une grosse pierre, son regard absent se pose sur des enfants qui manœuvrent les optimistes de l’école de voile.

- Il fait beau, aujourd’hui, hein ?

 

La femme lentement tourne la tête, lève ses  yeux protégés par sa main en visière et répond à la silhouette sur pied découpée par le soleil.

- Ah, bonjour Monsieur Machin…

 

Ce bonjour reste en suspens, il reprend alors.

- Il fait beau, hein ?

 

Elle tourne son visage vers celui qui s’est accroupit près de la grosse pierre.

- Oui

 

Sa voix hachurée par l’effort de l’équilibre, il dit.

- ça nous change des jours précédents.

 

Son regard suit les enfants… puis elle répond.

- Oui

 

Ses jambes sabrées par la raideur, il se redresse.

- Il était temps. Toute cette pluie, ça a déprimé ma femme.

 

A son tour elle se lève, ses yeux le fixent.

- Ah, j’espère quelle va mieux ?

 

Monsieur Machin poursuit.

- Oui oui… elle…

 

D’un geste rapide, elle glisse la bandoulière de son sac sur son épaule et amorce son départ sans se retourner.

- Vous lui transmettrez mon bonjour. Excusez moi, je suis pressée.

 

Monsieur Machin lance vers ce dos qui s’éloigne.

- Ah. Bonjour chez vous, quand même !

 

 

vendredi 17 janvier 2009

PostHeaderIcon Il fait beau, hein?... Explications

Pour cet exercice il s'agissait, à partir de quelques phrases de dialogue imposées, d'écrire autant de textes différents que possible.
L'idée était d'explorer la manière dont on enrichit un dialogue. Une considération aussi banale que "Il fait beau hein aujourd'hui?" selon le contexte où elle est prononcée, peut prendre plusieurs sens - et pour celui qui la dit, et pour celui qui la reçoit.
Démonstration faite à la lecture des textes qui suivent.

Certains auteurs sont partis d'autres dialogues que celui-ci. Leurs textes sont publiés dans cette rubrique également.

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