"Variations sur l'air de l'oiseleur", par Jean-Claude BOYRIE
Variations sur l'air
de l'oiseleur.
« Vas t'en et connais l'amour, puis tu reviendras me trouver. »
Djami.
A la mi-octobre, les premiers frimas sont venus. Oui, déjà c'est l'automne.
Aussi t'es-tu empressé d'enfiler ton manteau de plumes. Il est léger, si léger.... Et puis, tu as remis la cage sur ton dos. Elle non plus ne pèse guère. Elle est vide à présent du petit peuple des oiseaux.
Ils sont évanouis à jamais, enfuis comme les beaux jours, ces passereaux que tu capturais pour les revendre. Ne tente pas de repeupler leur prison d'osier, inutile pour cela d'apprêter la glu, de tendre à nouveau tes rets, ce serait peine perdue.
Ne cherche plus à séduire la gent ailée en agitant ton grelot, ton charme a cessé d'agir.
L'espace exigu de la cage ne retentira plus de mille cris d'oiseaux. Tu n'entendras plus l'appel en crécelle de la fauvette ( « tri tri tri »), ni le chant rythmé de la mésange (« tilidé, tilidé »), ni le doux murmure de la tourterelle (« rrou rrrou »). Finis la voix flûtée du rouge-queue (« tsssit tssissit »), le rire moqueur du pic-vert (« kia ki kak »), les aigres injonctions du rollier aux vives couleurs, le mélodieux gazouillis du rouge-gorge, et les trilles du chardonneret.
Hier encore, restaient avec toi les deux « inséparables ». Ceux là sont fidèles au poste, parce que pour eux « amour » rime avec « toujours ».
Tu gardes en toi l'image de ce couple de papegais, le mâle et la femelle à jamais blottis l'un contre l'autre : Papageno, Papagena. « Pa- pa- pa- pa- pa- pa- pa. »
Aujourd'hui, la petite perruche est morte. Si ce n'est de froid, Dieu sait de quoi : le fait est qu'elle n'est plus là. Depuis qu'il se retrouve tout seul, son petit compagnon n'a plus envie de vivre. Il se laisse ouvertement dépérir. Il ne sera bientôt plus qu'un misérable tas de plumes et d'os.
Toi-même en as assez de ce pays, de ta vie errante d'homme-oiseau, de la vieillesse et de la mort, de tout et de rien, du vide et du trop-plein. Tu t'avises de suivre dans sa migration saisonnière un vol d'oiseaux sauvages. Tu veux entreprendre encore le voyage et pressens que c'est pour la dernière fois. Maintenant ton corps est fatigué, bon pour la réforme : tes articulations te trahissent, tes muscles te lâchent, tes ailes ne te portent plus.
Tu réussis tout de même à prendre ton essor : te voici filant dans l'éther azuré. Tu te mets dans le sillage des coquecigrues au dessus des flots bleus de la Méditerranée, admirant l'impeccable « V » de leur escadrille. « V » comme vol, « V » comme victoire et vie.
Déjà s'annonce l'autre rive, un arc d'écume étincelant à l'horizon. S'ensuit une longue plage de sable blond, puis vient l'interminable moutonnement des dunes, c'est le désert sans fin.
Les échassiers connaissent la route, ils ont leurs repères secrets, savent parfaitement où se poser. Tu les imites, suis ces migrants, pour eux, tout est si simple ! Ism' el Ghart est le terme de leur voyage, une exception miraculeuse : verte oasis qui dément la solitude de l'erg.
Au
milieu d'une forêt de palmiers se devine la roseraie odorante.
Tu t'approches de l'improbable point d'eau, hâvre de fraîcheur,
source de vie, autour duquel s'assemblent hommes et animaux. Nul ne
te demande qui tu es, ni d'où tu viens, ni où tu vas.
Tu te trouves ici, maintenant, voilà tout. Un bédouin
t'offre à boire en silence, te voici devenu son hôte. La
noria grince, mue par un dromadaire étique. La volaille
piaille, des marmousets jouent, les femmes accroupies t'observent
derrière leur voile. Ici, le temps n'a pas d'importance.
La journée s'achève. Le crépuscule s'abat d'un seul coup sur Ism' el Ghart, projetant en lisière de la palmeraie une intense lueur pourpre. C'est l'heure de la prière et des chants. Tu es l'hôte, l'étranger, le village honore ta présence. Tel verse dans ton verre un thé à la menthe liquoreux, sur-sucré, d'une hauteur inimaginable, tel autre te propose un doigt de liqueur de dattes.
Un groupe de musiciens s'assied en tailleur autour de toi. La sérénade commence par une improvisation : le traditionnel « taqsim ». Juste une mise en bouche, quelques éructations instrumentales annonçant la chanson qui va suivre. Le thème introduit par le soliste est bientôt repris par tout l'orchestre. C'est une lente mélopée qui se love, s'enroule et se déroule, sans début ni fin. Elle n'est autre que la mise en musique d'un poème très ancien, le « Porteur d'amour » d'Abou Nouas. Aux accents plaintifs du « naï » (flûte) succède le son plus aigre et nasillard de « l'arghoul » double hautbois taillé dans le roseau. Les cordes interviennent à leur tour, pincées par le joueur d'oud ou de « qânoun » (cithare). L'archet du violoniste râcle la fruste « rababa » (vielle à cordes). Le rythme est martelé par les percussions : sistre, cymbales, « tabla », « darbouka ».
On te prie de mêler ton chant à cette harmonie finement ciselée. Tu ne peux te dérober à cette invite, mais n'as d'autre ressource qu'offrir à ton auditoire, en t'accompagnant du carillon, un air populaire de ton pays :
« Femmelette ou donze-e-e-elle,
c'est ce qu'il faut au Papegai !
La douce tourtere-elle
a-apporte
le bonheur parfait
appor-te le bonheu-eur pa-a-arfait. »
D'accord,
ce n'est pas de la très, très grande poésie,
mais au moins cela sonne juste. A partir d'une mélodie en
apparence enfantine s'exhale un désir profond d'amour,
l'aspiration à plaire et envoûter. Cordes et vents
reprennent tour à tour cet air en contrepoint, font de subtiles
variations sur ce thème de tous les temps.
Papageno,
Papagena, Pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa.
L'homme et la femme.
Les principes mâle et
femelle, opposés mais complémentaires, ne font que
se chercher et se rejoindre.
Tels : « L'Occident et l'Orient, sans cesse en quête l'un de l'autre,
doivent finir par se rencontrer ».
Notes et commentaires :
Travail sur les perceptions sonores à partir d'un extrait de « Mozart l'Egyptien » (« Hamilu Lhawa Tahibou », sur l'air de Papageno : « Ein Mädchen oder Weibchen... », Virgin classics, 1997).
L'idée de rapprocher d'une formation classique un orchestre oriental pour interpréter un thème de Mozart est de Hugues de Courson et Ahmed al Maghrabi. La citation finale est de R. Tagore. Illustration de l'auteur.
La cigale, ayant chanté tout l'été... par Jean-Claude BOYRIE
La
cigale, ayant chanté
tout l'été...
« Pourquoi la musique existe-t-elle, sinon pour apporter secours au plus malheureux,
pour le sauver des pires circonstances, rendre son coeur à celui qui l'a perdu ? »
William SHAKESPEARE, « La Tempête ».
Onze
juillet.
Pierrot vient de me présenter sa nouvelle « conquête »
: une « jeunesse », comme il dit, une citadine
draguée une semaine auparavant à la terrasse du « Cap
Tramontane ».
Là, bien sûr, je galèje : ce n'est pas tout-à-fait ainsi qu'il m'a présenté « l'estrangère ». Rose ne serait, à l'en croire, qu'une relation professionnelle, au plus une vague connaissance. Il s'agit, m'a-t-il dit, d'une journaliste de passage. Elle effectue un court séjour à Laroque en vue d'un reportage sur l'ancienne frontière. Reportage mon oeil ! Je rigole en douce et fais semblant de croire que cette belle fille ne l'accompagne qu'à fins documentaires. Entre elle et sa caméra numérique, je me demande laquelle des deux est la plus « Canon ».
« Alors,
comme par hasard, c'est vers toi qu'on l'a drivée... »
observé-je sans sourciller.
- On
ne peut rien te cacher, Magali !
Rien ne m'échappe, effectivement. Surtout pas l'expression de bonheur qui se lit sur son visage. Pierrot, « la lièvre », comme on le surnomme ici, est assez grand pour savoir ce qu'il fait. Qui reprocherait à quelqu'un d'âge mûr, lorsque approche la Toussaint, de « mettre Pâques avant Rameaux » ? Autrement dit, de vivre « à la colle ». Les jeunes le font bien ! Pierre a cela pour lui que c'est un bon gars, je le connais depuis toujours ou presque. A l'école du village, mes deux enfants ont été en classe avec lui. Forcément, cela crée des liens...
Car, voyez-vous, Laroque est un petit pays.
Au fait, la date affichée sur mon carnet - celle du onze juillet - correspond à un samedi, c'est le jour du « pot d'accueil » des nouveaux arrivants. Cela fait des années que notre association organise des rencontres de ce genre avec les « estrangers » (c'est le mot qu'on emploie).
Oh, rien de très conséquent, ni de bien ambitieux ! Cela consiste à lever le coude autour d'un poignée d'amandes et d'olives, à la santé de Laroque et de ses habitants.
Au reste, l'apéritif et autres amuse-gueule ne reviennent pas bien cher à l'Assoc' : la Coopérative viticole fournit le Grenache et le Muscat, nous ajoutons quelques jus de fruits et autres sodas, à l'intention des enfants et de ceux qui conduisent. On est priés de ne pas chauffer les chauffeurs, entendez : ne pas pousser nos invités au vice lorsqu'ils prennent le volant. Au-delà d'un verre ou deux, mieux vaut faire attention ! Le gendarme veille ! Même si la Brigade de Laroque est réputée débonnaire, tout a ses limites.
Ce qui compte pour nous, à « Laroque Accueil », c'est que d'une manière ou d'une autre, le contact s'établisse entre vacanciers et autochtones. Personne ne doit rester à l'écart, même celui ou celle qui n'est là que pour un mois, voire une semaine ou deux. Dans un ghetto pour touristes, les vacances ne vaudraient pas la peine d'être vécues.
L'important, dans la vie, c'est de frayer avec les autres, faire la blague, tchatcher... que sais-je ?
Les jours de cers ou de marin - Dieu sait qu'ils sont nombreux ici - la baignade n'est pas des plus agréables. D'ailleurs, même par beau temps, on ne peut pas faire que ça. La planche à voile est une activité qui marche bien sur l'étang, mais il faut avoir les reins solides et une colonne vertébrale à toute épreuve, ce n'est pas le cas de tout le monde. A Laroque, nous recevons des visiteurs de tous les âges, des jeunes comme des aînés. Nous avons le souci de leur proposer une gamme d'activités variée et qui favorise l'échange avec la population locale. Cela va du club de bridge à la peinture sur verre ou sur soie, en passant par la randonnée et de Taï-chi. Nous organisons des soirées contes et sorties en commun : elles tournent autour de la découverte du patrimoine et des expositions de l'été.
Quant à ceux ou celles (il y en a) qu'aucune activité ne tente, ils peuvent toujours venir nous aider... ne serait-ce qu'à à tartiner des canapés.
Toutes les compétences sont requises, tous les talents sont les bienvenus chez nous.
Les accros à la bronzette ont la possibilité d'emprunter des livres, et de les lire sur la plage si ça leur chante.... à condition de prendre garde aux grains de sable qui se glissent insidieusement entre les pages ! Moi, Magali, j'en parle en connaissance de cause, car j'anime la bibliothèque de prêt, nous disposons à Laroque d'un fonds régional important. On y trouve tout sur tout, du simple roman de gare aux ouvrages les plus savants sur les troubadours, les châteaux cathares, et patin couffin.
C'est
d'ailleurs à ce titre que la journaliste est venue me
contacter. Nous avons tout de suite sympathisé. Premier motif
de connivence : c'est la copine de l'instit', donc j'applique l'adage
connu : « Les ami(e)s de mes amis sont mes amis ».
Sauf bien sûr quand la jalousie s'en mêle, mais ce genre
de sentiments n'a pas cours entre Pierre et moi. Seconde (bonne)
raison : cette fille a beaucoup lu, s'intéresse à tout,
et ça se voit. J'ouvre une parenthèse pour admettre au
passage qu'elle est plutôt mignonne. Cela ne fait rien à
l'affaire, au demeurant ce n'est pas à moi d'en juger. Tout de
même, en peu de temps, c'est un fait qu'elle lui a sacrément
tourné la tête, à notre instit' ! [Fin
de parenthèse.]
18 juillet : La semaine est passée, une fournée d'estivants succède à la précédente. Pierre et Rose sont à nouveau des nôtres. Le même climat d'euphorie règne entre eux. On sent que ces deux-là vivent d'amour et d'eau fraîche, ils débordent d'activité. Je me demande bien laquelle, d'ailleurs, car il n'y a pas d'apparence que le reportage de Rose sur l'ancienne frontière avance à pas de géant !
A ce qui se dit, l'instit' et la journaliste se sont déjà rendus « sur site » à Périllos, ils y sont même demeurés ensemble au moins deux ou trois jours. Je ne suis pas avide de détails croustillants, mais c'est ce qui s'appelle « avoir le goût du terrain » - ou je me trompe fort !
Rose a ramené de son équipée quelques bonnes courbatures et une cigale sur son chemisier. Cette bestiole s'accroche à elle, manifestement elle ne veut pas la quitter. Qui plus est, elle chante sans arrêt. Pas étonnant que ma nouvelle amie ait droit au surnom de « la Cicade », cela sonne toujours mieux que l'horrible qualificatif de « clapassienne ».
«
Tous comptes faits, suggéré-je, vous pourriez, en tant
que journaliste de passage, contribuer sous ce pseudonyme à
notre bulletin municipal.
- C'est une bonne idée,
répond-elle, mais de quoi voulez-vous que je parle ?
- Oh, de tout et de rien. Vous
consigneriez des impressions, des croquis pris sur le vif, les menus
détails qui font la vie locale au quotidien...
- O.K.
J'accepte. J'appellerai cette chronique :
« Potins couffin ».
Mais ne ne comptez pas que j'y consacre beaucoup de temps. J'ai mon
article à terminer et, pour ce faire, une abondante
documentation à réunir...
- Je suis là pour vous aider
!
Pendant que Rose commence à fureter dans les rayons de la Médiathèque, je lui fournis les clés de recherche. En se donnant un peu de mal, on trouve beaucoup de choses en rayons. Il faut vous dire que ces bouquins spécialisés ne sortent pas souvent. D'ailleurs, nous n'avons pas fini de les indexer. Au cas où « la Cicade » disposerait d'un peu de temps libre (on ne sait jamais) elle pourrait nous donner un coup de main pour les passer en informatique. Il suffit d'avoir quelques notions de documentalisme et de savoir bidouiller sous Access.
«
Ce ne serait pas de refus, fait-elle, mais avec la meilleure volonté
du monde, je ne pourrai pas faire grand chose, ma location se termine
le 25 ».
- Ah,
fais-je d'un ton faussement détaché, c'est Pierrot qui
sera déçu ! [
cette phrase m'a échappé, j'essaie de me rattraper...]
Si
vous vous plaisez parmi nous et au cas où ce ne serait qu'un
problème de location, pas de souci ! « Laroque
Accueil »
s'occupe aussi de l'intendance.
- Je
vous remercie, répond-elle en souriant, mais ce ne sera pas
la peine. En tant que journaliste, j'ai très peu de vacances.
Fin juillet, je dois porter mon projet d'article à la
Rédaction du Réveil. Début août, je
m'envole pour le Bachibouzoukistan...
- Sans
indiscrétion, qu'allez-vous faire dans ce pays réputé
peu hospitalier ?
- Mon métier. Je dois couvrir le conflit entre les Vazys et les Vatans.
Deux ethnies rivales qui n'en finissent pas de s'entretuer.
- Excusez
mon ignorance... Lesquels sont les Bons, lesquels sont les Méchants
?
[ Elle hoche la tête d'un
air dubidatif : ]
- Si
je le savais....
- Vous
n'avez pas peur qu'une balle perdue vous atteigne ?
- Oui
et non. On ne meurt qu'une fois. L'information passe avant tout.
Vous savez, depuis
le début de l'année, il y a déjà trente
journalistes qui ont quitté le Bachibouzoukistan les deux
pieds devant. Alors, un de plus ou de moins pour se faire descendre
là-bas, voilà qui passe au compte pertes et profits.
- Tout
de même, il faut penser à ceux qui restent.
- Je
ne laisse personne derrière moi.
[
Là, je pourrais lui dire que j'en connais au moins un qui la
regrettera, mais pour un coup, je ne rate pas cette belle occasion de
me taire. ]
25
juillet :
La
date fatidique vient d'échoir, la journaliste ne fait pas mine
de partir : il faut que j'éclaircisse ce mystère.
Justement,
la « Cicade » est passée hier soir à
la Médiathèque. Elle m'a remis, comme promis, sa
chronique hebdomadaire et me demande le prêt, devinez de
quoi... d'un traité de toponymie occitane. Un sacré
pavé, je vous jure, il faut sacrément assurer pour
avaler tout ça.
« Oh,
fait-elle modestement, je n'ai pas l'intention de tout lire, c'est
juste pour vérifier l'origine de quelques noms de lieux sur le
tracé de l'ancienne frontière... »
[ Pas
besoin qu'elle m'en dise plus. Je me rends compte, à
l'entendre, que Pierre Raymond l'a déjà bel et bien
formatée. ]
- Au
fait, reprends-je perfidement, aurez vous le temps de finir votre
article avec ce projet de voyage au Moyen-Orient ?
- Mon
voyage est différé, répond-elle sans amertume
excessive, je ne compte pas obtenir le visa nécessaire avant
la mi-septembre.
- Eh
bien c'est tant mieux, vous resterez un peu plus parmi nous.. Pour
ce qui est de l'hébergement, mon offre de vous trouver
quelque chose au village tient toujours....
- Oh,
ne vous inquiétez pas pour mon relogement....
[ A
la lueur qui passe dans son regard, je comprends que ce problème
bassement matériel est résolu d'avance. La maison de
l'instituteur, rue Cope-gambe, est proche de la mienne. Au moins,
Pierrot ne passera plus ses nuits seul. Je m'en amuse in petto,
pensant au capharnaüm que Rose va découvrir chez lui.
Passé les premières extases, en voilà une qui
serait bien avisée de dresser l'autre à ranger chez lui
et de lui apprendre à faire le ménage. ]
8 août : Pierre et Rose passent pour inséparables, au village on ne voit qu'eux et partout, leur bonheur d'être ensemble crève les yeux. Patience, les petits... Vos cachotteries me font sourire. Vous avez beau tenter de faire discret, c'est peine perdue. Derrière les fenêtres aux persiennes closes, les yeux ne manquent pas pour vous guetter.
En ce qui me concerne, j'ai horreur des ragots, mais ne laisserais passer pour rien au monde une occasion de taquiner mon collègue :
« Alors,
il paraît que tu « fréquentes »,
Pierrot ?
- Je ne vois pas de quoi tu veux
parler....
- Mais
de « l'estrangère »,
qui d'autre ? Difficile de ne pas être au courant ! Tout
Laroque en jase !
- Eh bien, fait-il avec humeur, que
les gens cessent de cancaner. J'ai droit à ma vie privée,
non ?
- Quant à ça,
personne ne le conteste, sur tout pas moi. Je pense même que
ta journaliste est une belle touche, profites-en Pierrot !
[ Il veut bien l'admettre, mais
ajoute avec un brin de mélancolie : ]
- Si au moins ça pouvait
durer !
- Mais cela ne tient qu'à
toi, rétorqué-je. Je veux dire : à vous deux !
22
août : La
chronique hebdomadaire de Rose est joliment troussée, elle
connaît auprès des résidents comme des touristes
un vif succès, tout le monde s'arrache dès sa parution
le bulletin municipal. Les autochtones rient sous cape, car ils
identifient fort bien la « Cicade ». Les autres
s'interrogent pour savoir qui se cache derrière ce mystérieux
pseudonyme. Dommage que Rose doive nous quitter à la
mi-septembre, car elle pourrait aussi animer notre atelier
d'écriture....
Mais
là, je rêve, je fantasme carrément.
29 août : Ce coup-ci, je déclare forfait ! En moins d'un mois, l'insatiable curiosité de notre visiteuse a épuisé le stock des livres disponibles à la Médiathèque sur le Catharisme. Dieu sait pourtant que le nombre de références que nous avons sur ce sujet ! Rose est à présent incollable sur le consolamentum, la réincarnation des âmes et tout ce qui s'ensuit. Je lui fais observer malicieusement qu'elle et Pierre Raymond mènent une vie assez éloignée de l'idéal des Parfait(e)s. Elle rétorque que si l'Inquisition n'avait pas inventé la « solution finale » en expédiant les « Bonnes gens » sur le bûcher, leur rejet l'acte de chair eût immanquablement entraîné la disparition de l'espèce....
Donc, au nom de la nature et du simple bon sens, il faut bien admettre la nécessité de (for)niquer !
Je
ne la contredis pas.
15 septembre : Aujourd'hui, Pierre Raymond s'est rendu seul à la Médiathèque, A son air profondément abattu, je comprends tout de suite compris que Rose s'en est allée. Bien sûr, ce départ était archi -prévu, totalement programmé, mais il ne s'y fait pas pour autant...
Je tente maladroitement de le réconforter :
« Elle sera bientôt
de retour, va, ta copine ! Sa mission au Moyen-Orient ne va pas durer
autant que les impôts !
- Je
sais bien moi, Magali, qu'elle ne reviendra pas. Rose ne supporte
plus le climat de Laroque avec l'humidité ambiante et ce vent
infernal qui n'arrête pas de lui corner aux oreilles. Et puis,
ce village est un univers trop limité pour elle. Elle en a
assez des histoires de clocher, des commérages
[ il n'ose ajouter : de moi, peut-être ].
C'est une femme de la ville,
comprends-tu, sa vie est ailleurs.
- Mon
pauvre, nous
aussi, nous regretterons « la Cicade » à
« Laroque Accueil ». Sa chronique « Potins
couffin » fera même cruellement défaut au
Bulletin municipal.
- Au
fait, je ne t'ai pas remis son dernier article [
il me tend une feuille format A4 pliée en deux ].
Rose a rédigé ce compte-rendu vite fait après
le concert du 15 au Théâtre des Garrigues.
- Tu
veux parler du Trio de cordes « Zéphyr »
? [
employer ici le mot zéphyr est un doux euphémisme, par
temps de cers ]
- Certes.
Le morceau s'intitule : « Dix
septième temps ».
« Cigale,
sauterelle et grillon : le violon, le violoncelle et l'alto.
Stridence et stridulations. C'est le choeur des insectes au coeur de
l'été. La rumeur du petit monde issue de la forêt,
claire, sèche, lumineuse. Cela commence par une musique
légère; une mélodie plaintive, nostalgique. De
douces tonalités évoquent le clapotis d'une eau calme.
Puis, ce qui n'était que bruit de fond va s'amplifiant.
D'abord discrète, la mélopée s efait plus insistante. Au fur et à mesure que la chaleur monte, le chant de la cigale prédomine. L'insecte entre en transes, sa voix se déchaîne en vocalises, décline de bizarres arabesques. L'entrelac rythmique s'enroule tel une liane autour du thème central, lancinant. Un passage musical dont on imagine qu'il n'aura ni début, ni fin."
- Sans queue ni tête,
devrais-tu dire... ce texte alambiqué ne sera pas du goût
de nos lecteurs.
- Le public fera la part des
choses. Il s'agissait de traduire un univers sonore, une émotion
palpable... je reconnais cependant que la rédactrice s'est
un peu lâchée...
- Sans doute. D'autant que j'ai
l'impression que tu n'as pas tout lu...
- La
fin est de moi. Rose n'a pas eu le temps d'achever son article, elle
m'a laissé le soin de le conclure: « L'amour
est à l'image du chant de la cigale, il dure le temps d'un
été. »
27 septembre : Jour de deuil à Laroque. Un jour à marquer d'une pierre noire. Le « Réveil » affiche en gros titre à sa rubrique locale : « Chute mortelle de l'instituteur du village ». Comment cet accident stupide est-il arrivé ? « La lièvre » connaissait sur le bout des doigts tous les sentiers qui surplombent Cap Tramontane, il avait exploré jusqu'au moindre recoin de la falaise. D'accord, il s'agit d'un site escarpé, la tramontane soufflait avec une violence inégalée, aucun enfant du pays n'aurait eu l'inconscience de s'aventurer là par un temps pareil. Pierre était d'humeur agitée, que faisait-il seul au bord du gouffre ? Il a péché par excès de confiance en lui. Une enquête de gendarmerie est en cours, je crains que nous ne sachions jamais vraiment ce qui s'est passé.
Bon.
Je vais faire bref. Ses anciens élèves, ses amis de
« Laroque Accueil » ont suivi le convoi
funèbre jusqu'au crématorium (j'oubliais de dire que
Pierre a demandé à être incinéré).
Voilà. La chose est faite. Vanité des vanités,
tout est vanité, tout retourne à la poussière:
un jour ou l'autre, chacun de nous en arrivera là .
12
octobre : Rose
m'a enfin répondu. J'ai eu un mal de chien à la joindre
au Bachibouzoukistan via l'ambassade de France. A-t-on idée
d'aller se fourrer dans des endroits pareils ? La lettre de « la
Cicade » est émouvante. Sûr qu'avec Pierre,
elle formait un beau couple. Leur différence d'âge mise
à part, mais n'exagérons rien. Ceux qui les plaignent
le plus fort aujourd'hui sont les mêmes que ceux qui hier
encore n'arrêtaient pas de les dézinguer. On ne refait
pas la Société. Je lis le dernier paragraphe. Notre
amie dit qu'elle a connu récemment des ennuis de santé.
Je lui laisse la parole :
«
A la fin du mois dernier, le 27 septembre (par une curieuse
coïncidence, le jour des obsèques de Pierre) j'ai été
prise d'une crise de vomissements, il a fallu m'hospitaliser
d'urgence. Le médecin militaire redoutait la contagion du
choléra, car cette maladie sévit actuellement dans la
région. Finalement, il n'en est rien. Après m'avoir
examinée, l'interne vazy de service a déclaré :
« Mes compliments, Madame, vous êtes enceinte, tout
simplement ». J'ai aussitôt demandé mon
« rapatriement pour motif sanitaire ».
Je
ne suis plus toute jeune, vous le savez, Magali, mais j'ai vraiment
l'intention de garder cet enfant.
Il
s'appellera Pierre Raymond comme son père....
A
propos, je compte aussi poursuivre ma rubrique « Potins
couffin » dans votre Bulletin municipal. Nous en
abrégerons le titre.
Désormais,
si vous le voulez bien, cette chronique s'intitulera « Couffin »
tout
court... »
Notes
et commentaires :
Cette nouvelle répond à la consigne : dire les impressions sonores que procure un passage musical (en l'occurrence : « Dix septième temps » du trio « Zéphyr »). Elle s'inscrit aussi dans la continuation du cycle « Joi » : que deviennent les deux protagonistes après leur périple initiatique ? Ils sont ici vus durant le reste de la saison d'été à travers le regard de la bibliothécaire de Laroque jusqu'à ce que leur idylle tourne au drame.
Une vie de chien, par J.C. Boyrie
Une vie de chien.
Ouah, ouah (bonjour) ! Moi, c'est Caramel. Je suis affublé de ce nom stupide à cause de mon pelage jaune pisseux, vaguement taché de brun.
Tout le monde dit que je suis un bâtard. Un corniaud.
Je suis né de la rue, du caniveau, petit dernier d'une chiée de chiots. A ma venue au monde, personne ne m'a trouvé beau. Mon maître a voulu me noyer, comme il a fait de tous mes frères.
J'en ai réchappé, dissimulé dans un pli de serviette, j'étais si petit, si menu, si nu !
Chienne de vie ! Je n'avais rien fait pour mériter ça.
Ma mère est une chienne de race pure. Une levrette. J'ai contre elle une dent canine. On l'appelle Cannelle parce que sa peau est sucrée. Du moins, c'est ce que disent ceux ( ils sont nombreux ) qui y ont goûté. Elle au moins, on lui trouve « du chien ». Son maître en est fou. Même qu'il a voulait pour elle un mariage dans les règles. Il l'a présentée à de nombreux lévriers, du meilleur pedigree. En pure perte. Elle a dédaigneusement rejeté tous ses prétendants.
En des temps forts lointains, levrette était symbole de fidélité. Celle qui me tient lieu de mère dément cette image. C'est une coureuse invétérée, connue pour ses ardeurs caniculaires. Elle n'aime que l'amour braque. C'est plus fort qu'elle.
Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle s'emplit. A force de battre le trottoir, Cannelle s'est fait prendre en levrette, engrosser par un bichon. Je suis né de leur brève étreinte. Le croisement ne pouvait rien donner de bon, autant marier la carpe et le lapin ! Voilà pourquoi je ne ressemble à rien.
Je suis un chien perdu sans collier, sans feu ni lieu. Ma liberté, c'est la rue. Pour survivre, je fais les poubelles. Alors qu'une faim canine me tenaille, je me contente d'un os à ronger.
Sans compter les pâtées que je prends. L'un me flanque un pain, l'autre une châtaigne. Tout cela ne nourrit pas son chien. Je n'ai pas la pêche.
L'autre jour, j'ai connu l'asile de nuit, lieu de passage, plate-forme de transit. Le dernier refuge des animaux errants, sans domicile fixe. Des inconnus m'ont embarqué, fourré sans ménagement dans un fourgon. Je me suis retrouvé au chenil de la S.P. A. Traduisez « sans pitié pour les animaux ». Ceux qui échouent dans ce séjour sont des condamnés. Au mieux à vivre captifs dans la promiscuité, s'ils y restent. Condamnés à mort dans le pire cas, du fait que les amis des bêtes ne peuvent les garder longtemps, n'ayant pas de sous pour les entretenir.
Tout de suite, j'ai droit au vaccin : ça pique. Au tatouage à l'oreille : ça brûle. A l'écuelle de viande d'équarrissage : ça requinque. Au moins, je n'aurai plus l'air d'un chien battu.
On m'amène de force au marché : la foire aux animaux de compagnie, c'est ma dernière chance. Deux, trois, cinq fois, je suis présenté comme une bête curieuse. Au bout de quelques jours, si personne ne veut de moi, je serai bon pour l'euthanasie. Un joli mot pour dire qu'on va m'estourbir. Je sens déjà planer sur moi l'ombre de la seringue.
Au dernier moment, quand approche l'heure fatale, miracle ! Quelqu'un m'achète. C'est une mère à chiens. Une dame qui vit seule. A besoin d'animaux autour d'elle pour lui tenir compagnie. Je ferais bien son affaire, mais elle renâcle au prix. Tiens ! Je vaux donc quelque chose ?
Âpre marchandage. Un suspense insoutenable. Quand je vois la dame tirer les gros billets de son sac, je capte enfin que c'est gagné. Waouh ! Je suis parti pour un nouveau bail avec la vie.
Enfin ! Je suis tombé sur quelqu'un qui ne me traite pas comme un chien. Ma nouvelle maîtresse me cajole, me lustre, ma bichonne. Noblesse oblige : ne suis-je pas fils de bichon ? Elle me nourrit au Canigou, le caviar des mets pour la gent canine.
Dès que j'aperçois ma bienfaitrice, je frétille de la queue, jappe affectueusement. Je la suis partout où elle va, lui saute au cou, lèche ses escarpins.
A force de manifestations d'affection, je dois même en faire un peu trop... Voici qu'elle me trouve à présent chien fou, jeune chien. Elle me dit que je suis trop remuant, que je m'agite à tort et à travers... je vais finir par la renverser. Décidément, les humains ne savent pas ce qu'il veulent.
Du coup, me voilà bon pour le dressage. Vous rendez-vous compte ? Elle veut me faire dresser, moi qui n'ai jamais connu la discipline, qui n'en ai jamais fait qu'à ma tête. Elle rêve.
Non, c'est un cauchemar. J'apprends tout d'abord à répondre à l'appel de mon nom : Caramel. Passe encore, ça c'est simple. Ensuite, il faut que je me tienne coi à l'énoncé du mot « Tranquille ! »
Que je m'allonge illico quand le dresseur dit : « Couché ! ». Puis que je me redresse et fasse le beau quand il me tend un su-sucre. Bêtifiant ! Nous n'en sommes pourtant qu'au B -A -BA.
Dans un second temps, cet homme infernal lance au loin quelque chose qui ressemble à un os. Mais qui ne se mange pas, c'est du plastique. Il me crie « Rapporte ! » et je dois m'exécuter. Me prend-il pour un larbin ? Je ne suis pas son chien.
Troisième niveau : mes progrès étant plus rapides que prévu, j'accède à la phase « perfectionnement ». On m'apprend à ramener entre mes dents toutes sortes de choses : le courrier de ma maîtresse, son quotidien favori, même en saisissant proprement le pain dans sa pochette, une baguette de boulanger. Madame est trop bonne ! Me voici qui tourne à l'animal savant.
Je m'acquitte à la perfection de tout ce qu'on me demande, j'en suis fier et commence à faire du zèle. Tenez ! C'est aujourd'hui l'anniversaire de ma maîtresse. Ce serait impoli de lui demander lequel, une chance que je ne sache pas parler. Malgré son âge, j'observe qu'il lui reste quelques dents. Je ne vais tout de même pas lui laisser manger son pain sec un jour de fête. Pour varier l'ordinaire, je vais lui faire une surprise. Lui rapporter un steack bien saignant.
A son expression, au cri d'horreur qu'elle pousse, je comprends que j'ai dû mal agir. Je m'en mords les babines, mais il est trop tard. Elle me traite de cani-bale. Je sais qu'une grave punition m'attend pour avoir prélevé le mollet du facteur.
A nouveau le chenil ? Ou bien, la maison de correction ? Non ! Destination : la clinique vétérinaire.
Ce lieu ne me dit rien qui vaille. Ma maîtresse s'entretient à voix basse avec un personnage en blouse blanche. Je dresse l'oreille. Redoute d'entendre le mot cruel : « euthanasie ».
Mais il n'en est rien. C'est d'une « opération » qu'il est question. J'ai oublié d'être idiot : je comprends qu'on va m'ôter un organe essentiel. Je deviendrai ( paraît-il ) doux comme un agneau... moyennant, hélas, la perte de ma clébardité !
Je ne supporte pas cette idée. Pendant que ma maîtresse et le docteur sont encore à discuter, je profite de ce que la porte de la clinique est ouverte pour m'esbigner. Personne ne m'a vu sortir, me voici à nouveau dans la rue, et pour longtemps. Tous comptes faits, je préfère cette vie de chien.
Mon histoire est simple, exemplaire. Nino Ferrer en a tiré cette chanson pour la postérité :
« Z'avez pas vu Caramel ? Oh la la... oh la la ! Où est passé ce chien ? je le cherche partout. Sacré Caramel, il va me rendre fou ! Oh, ça y est je le vois. Mmmm, sale bête, va ! Veux-tu venir ici ? Oh, il est reparti ! »
Le zoo de zélie, par Michelle Jolly
Le zoo de zélie
dans sa tête enfermé
zoome en boucle
car, petit tout petit
dans sa tête butée
zélie cache un zoo
un paon effarouché
un loup, une tortue
des ibis étonnés
et dans un coin cachés
deux pigeons, surveillant.
fouillant l'eau de son bec
héron cherche sa patte,
il hésite, surpris
ce héron hésitant !
Du zoo de zélie
soudain est pris de peur
les yeux de son plumage
le fixent durement!
Derrière sa cabane
rêvant de silence
le loup à crinière
se cache, prudemment
est petit, tout petit
et la tortue, curieuse
dans sa maison cloitrée
trouve une fenêtre, qu'elle ouvre,
doucement;
cous tendus, rouge sang, les ibis,
enfermés,
guettent une pyramide, au loin
vers le levant;
avec beaucoup de zèle
les deux pigeons surveillent
et zélie rassurée
s'endort , la tête dans les plumes
son rêve la berçant.
La douceur de son retour
J’étais rentré sans faire de bruit dans le salon, attiré par les notes de musique du piano. Depuis combien de temps n’avait-elle pas joué ? Pourtant ce soir, elle avait repris cette place qu’elle aimait tant. Ses doigts parcouraient les touches ivoire et ébène avec grâce. Malgré le temps, ils n’avaient perdu ni leur agilité ni leur virtuosité.
Je m’installai dans le fauteuil près de la baie vitrée entre-ouverte du salon. La pluie tombait. Les gouttelettes de pluie accompagnaient harmonieusement la mélodie qui s’échappait du piano. Le petit air frais qui s’infiltrait par l’interstice de la baie vitrée emplissait lentement le salon de l’odeur humide de la forêt.
Je ne faisais aucun bruit, je respirais doucement de peur d’interrompre le charme de cet instant. La lumière tamisée des lampes que nous avions ramenées d’un de nos nombreux voyages en amoureux, donnait une ambiance feutrée, rassurante et chaleureuse.
Elle guérissait, j’en étais sûr maintenant. Demain, le soleil reviendrait dans nos vies La mélopée plaintive du début faisait place à une ballade amoureuse. La vie reprenait, le mouvement s’intensifiait, l’atmosphère du salon se réchauffait au fur et à mesure que le rythme des notes s’accélérait. La vie revenait chassant cette tristesse qui l’avait prise, cette mélancolie qui s’était insinuée sournoisement dans nos vies un beau jour sans que j’y prenne garde au début. Son regard avait changé au fil du temps pour s’affadir peu à peu. Ses étreintes s’étaient attiédies jusqu’à devenir indifférentes me laissant malheureux et désemparé. Elle était devenue sourde aux suppliques de mon cœur qui se désespérait du silence dans lequel elle s’enfonçait chaque jour davantage. Même son cher piano était devenu silencieux.
Elle plaqua les derniers accords. Elle tourna son visage vers moi. Elle me voyait à nouveau. Elle se leva et vint se glisser contre moi tendre et câline. Elle était enfin revenue.
Animots, par l'atelier Théâtre et Histoires
Animots
Poèmes sur les animaux,
Ecrits pour la fête de l’ADRA du 14 juin 2008 par l’atelier Théâtre et histoires (8-13 ans)
Le perroquet
Le perroquet fit du hockey et quand il en fait il a le hoquet.
Quand il a le hoquet il change de couleur et devient violet.
Il a un bec plumé, une crête volée et une queue maronnée.
Il danse la holé !Wa lé lé !
Il habite le palais salé.
Il n’aimait pas les balais rayés, mais il aimait le poulet grillé.
Il aimait patiner dans la journée avec Noé.
Voilà c’est moi CHLOE le perroquet OK ?
Lou
Le zèbre
Le Zèbre a une grande mâchoire
Et des rayures blanches et noires
Il habite une maison noire
Pleine de miroirs
Et il aime faire de la patinoire
Dans le noir
Avec Victoire,
Dans le couloir,
Il se cache dans les armoires.
Il aime danser avec des foulards
Sur le trottoir.
En riant, il fait de la balançoire.
Le zèbre a une grande mâchoire
Et des rayures blanches et noires.
Et c’est la fin de l’histoire…
Juliette
Les aristochats
Le chat pompier
Le chat, ce pacha… Il y en a beaucoup au Canada, des chats ! Il était une fois un chat. Il s’appelait justement Canada. Un jour il s’attacha à un homme, qui l’adopta. Il se nommait Alexis. Le chat était très curieux, comme tous les chats d’ailleurs. Un jour, il alla dans une caserne de pompier. Canada se fit adopter comme chat de garde, car il était très courageux. Alexis serait triste, mais quand il apprendrait ça, il se ferait sûrement pompier, pensa Canada.
Léonie.
Les grenouilles…
Les grenouilles ont un joli coassement,
Charmant,
Calmant
Et assommant…
Ma grenouille à moi
Qui s’appelle Anna
A rencontré une oie
Qui mangeait un vers à soie…
Rapidement, je la rappelai à moi,
Avant que l’oie
Ne la dévorât…
Mais trop tard !
Au revoir,
Anna…
Les grenouilles ont un joli coassement,
Charmant,
Calmant
Et assommant…
Amélie
Les puces savantes sont très émouvantes, mais vraiment polluantes. Surtout quand elles inventent des recettes croquantes.
La gouvernante des puces savantes ordonna à ses cinquante servantes de lui inventer un sirop à la menthe qui favorise la détente. Mais, pour qu’il ait une entente entre les cinquante puces savantes, il faut qu’aucune puce ne soit polluante… Seulement aucune puce n’y attacha grande importance. Une puce mâle galante invita à danser une puce servante assez marante, nommé Amarante.
Alors, au lieu de préparer le sirop de menthe, toutes les puces savantes prirent part à la situation tentante, celle de danser avec les puces mâles, galantes. La cuisine se transforma en salle de danse.
Mais une puce très méchante alla avertir la gouvernante. Prise d’une colère enivrante, celle-ci entra dans la cuisine et décida alors de la sentence. Elle décréta que brûleraient toutes les puces savantes, sauf la traîtresse puce méchante.
Contre cette décision révoltante, les puces savantes emprisonnèrent la gouvernante et la puce méchante.
Alice
Le dragon
Le dragon
Dit-on
Est un être plutôt bon…
Celui-ci a fait de belles actions
Et vit dans un wagon.
Il brûle tout sur son passage.
Malgré son jeune âge
Il a fait un héritage :
Celui d’être anthropophage.
Il ne mange que le brûlé
Et seulement provenance Forêt :
Des plats bien mijotés,
De légumes accompagnés.
Un jour, sur sa maison branlante,
Fonça une locomotive fumante…
Le dragon fit une fin crépitante.
Voilà une fin digne de lui.
Il fut enterré sous un buis…
Louise
Il était une fois un pivert
Qui était bien amer…
Parce qu’il vivait au-dessus de l’atmosphère,
Bien au-dessus des arbres verts.
Il atterrit un jour dans un belvédère
Chez une boulangère.
Elle lui récita des vers d’Homère
Qui le rendirent encore plus amer.
L’Odyssée était trop salée,
La salière sentait trop la mer,
Trop de mer, trop d’amer
Pour faire une belle volière.
Le pivert préféra une autre ménagère
Qui au moins n’avait pas de salière…
Mais pour le garder, elle
Renversa du sucre sur sa queue claire.
Alors il appela à l’aide sa grand-mère
Pour retourner au-dessus des grands arbres verts,
Dans la stratosphère.
Là, il se fit un beau trou d’air
Dans un cumulus cumulaire…
Dans un stratus numbus cumulaire…
Clément et Marien
Poème du jour (de pluie) Carole Menahem-Lilin
- Plaît-il ?
- Il pleut.
- Pleut-il ?
- Il bleute.
C’est un bleu de saison
Tout mouillé d’échassiers
Brouillard monté sur des échasses
Pour éviter les flaques…
- Flaques, dites-vous ?
- Je dis flasques et je dis floc.
- Mais alors il flotte !
- Ah ! c’est vous qui flottez.
- Comment dites-vous ? Je filote ?
- Filoutez-vous ? Vous m’énervez.
- Je vous nervoche ? bon alors je filoche.
- Ne partez-pas si vite ! je me suis mocheté, je vous ai amoché. Je m’en vais m’excuser.
- Scusenez-vous bien vite. Il floque, il flaque, je m’en vais m’abriter.
- Vous briser vous allez ?
- C’est cela, vous m’avez.
Excuses de saison
Lourdes d’échéanciers
Montées sur des échasses
pour éviter le floc
je vous ai assenées.
Echos d’automne… Carole Menahem-Lilin
Dans les corridors longs
Où roulent les octobres
Où soufflent les violons
Asthmatiques et les cordes
Enrouées de nos averses
Les revenants
De nos tout revenus
Se déversent.
Les prévenus
Les n’y revenez-plus
Les métrologues
Métronoment.
Dans les corridors longs
De nos mémoires novembre
Saisis on se regarde
Dans leurs yeux automner.
On fait silence
On se souvient.
Nos amours ridés nos écorces
Et nos fruits détrempés
Roulent à leurs pieds revenants
Crissent sous la craie
De leurs enfances fantômales
Orpailleurs ils vont au pillage
Dans le désordre aurifère
De nos illusions tombées.
Fantasmes charencés
Leurs tamis sont troués.
Tandis que sous le pont de leurs bras passe
De nos désirs anciens l’ombre trop lasse
Des crues gonflées d’automne se préparent pourtant
Des rafales de sens
Toutes agitées d’idées
Des membres impétueux d’odeurs
Des humus des fougères
Des chanterelles d’humeurs
Des chantaignes brillant dans leurs bogues
Des raisons raisinantes
Des vendanges majeures
Pour nos corps échansons.
Dans le creuset tonal
Dans nos mémoires novembre
Dans les corridors longs
Où roulent les octobres
Nous fomentons déjà
L’alcool secret
La note haute
La chair polyphonique
Et le chant polymorphes
De nos devenirs.
Et nos devenants
Dans les corridors rouges
Où soufflent les violons
S’écoutent commencer
S’entendent
Automner.
Erotizme en Arizona, par Andréa
Erotizme en Arizona
Ou
Erotizme au Dézert
Texte qui zozote
I
Arizona sans horizon
Zorro zombie sous ciel zébré
Dérizoire il zig et zag
Entre rhizomes et tchorizo.
II
Une fille atomique
Bombe à retardement
Robe volubilis
Au parfum zézifiant
Traversait la rizière
Zig et Zag balançant
III
Canon était la fille
Révolvers étaient ses zieux
Ilz électrizent Zorro
Court-circuitent Zig et Zag
IV
Immoralité :
Effeuillage s’ensuit
L’enrobée se dérobe
L’Artilleur déconfit
Redevenu zombie
Jusqu’au dézert s’enfuit…
Andréa
Erotizme au dézert
Erotizme au dézert
Souvenirs très passés,
Présente souvenance,
D'un temps futur pressé,
Je chante la romance:
Non loin de Zabriskie
Dérisoire horizon
D'Arizona, zombie
Rit zaune sans raison.
En ce jour de non-fête,
Pourquoi le ciel de lit
Me tombe sur la tête?
Ô ciel! C'est mon mari!
La fille est pneumatique,
Canon, mini-jupée,
Douce-mousse. Musique,
Hélas, accompagnée.
Sourire de Joconde
Affriolant, pervers.
Mona Lisa! Le monde
Moralise à l'envers....
Robe à flirt volubile,
Au frou-frou mal appris.
Qui vire-volte, habile,
En les volubilis?
Il n'est maille qui m'aille:
Enfiler, dérobée
La rue passe-muraille
Torve et mal embouchée.
J.-C. BOYRIE



