PostHeaderIcon Monsieur Azoulay, par Saramyl (Catherine)

Cher Monsieur Azoulay

   Aujourd’hui j’ai grandi, mûri, vieilli et je me sens le courage de vous faire un courrier au nom de tous mes camarades de classes pour vous faire savoir que vous êtes un ignoble personnage, que vous vous êtes permis des méchancetés, grossièreté, vulgarité, gratuites envers nous tous qui étions à l’époque sans défense et complètement effrayé quand vous vous approchiez de nous. 

   Vous vous souvenez de Norbert Mousselin, que vous leviez de tout son poids par ses petits cheveux qui lui recouvraient les tempes, de Myriam Tarji à qui vous tiriez la joue avant de lui mettre une gifle parce-qu’elle bégayait en lisant, de moi même à qui vos mordiez le nez et tiriez la joue à me faire vomir.

   Cher Monsieur Azoulay, nous savons tous aujourd’hui que vous souffrez plus que vous nous avez fait souffrir, que le départ de votre fille Aline a fait de vous un homme triste, malheureux et sans vie. 

   Voyez- vous, Cher Monsieur Azoulay le malheur s'est retourné contre vous et  il fallait bien qu'un jour où l'autre un drame vous fasse payer cher les supplices et harcèlements que vous nous avez fait endurer. 

   Avec regret mais aussi de la haine de l’antipathie et de la rancœur …

la classe de CM2.(1973-1974)

Catherine, le 1er mars 2007


PostHeaderIcon A ma vieille professeur de Français, par Andréa

A ma vieille professeur de Français
Pétrifiée dans sa Tour d'Ivoire,

Tu m'as fait m'endormir sous des alexandrins, suite de mots, récitatif appris par coeur qu'Oreste débitait avec autant de fantaisie qu'une table de multiplication :

Planté au milieu de la scène
Corps statufié
Immobilité exaspérante.

Desséchée, tu m'as occulté Racine.
J'étais devenue allergique aux classiques.
Heureusement, la grande Faucheuse t'a traînée un jour dans les Abysses.
Ouf! ta remplaçante avait 20 ans, portait un jean et des baskets!

**

Une séance à l'Opéra, "Le Bourgeois gentilhomme" apprivoisa les ados remuantes que nous étions.
Malgré tout, quelques pièces (sous troués de l'époque) furent lancées sur le pauvre homme qui s'enfuit...

Chère vieille prof, dans tes abysses tu riais et tu étais contente de toi.
Nous beaucoup moins. Un grand savon nous attendait de retour au lycée.

**

Chère vieille prof, j'ai cette semaine pensé à toi.
J'ai vu "Andromaque" avec ma petite fille Pauline (19 ans). Comme j'étais loin du lycée Lazarges et des représentations séniles où vous nous entraîniez, toi ou ta remplaçante!
Je n'ai pas entendu une suite de mots morts et ternes, mais des mots hurlés avec les tripes d'Hermione ou d'Oreste, d'Andromaque ou de Pyrhus.
La gestuelle des acteurs!
Tu aurais crié à l'obcénité.
Ils se touchaient, se caressaient, se repoussaient, se retrouvaient.
La robe rouge d'Hermione découvrait son nombril.
Tu as dû mourir suffoquée une deuxième fois.
Tant mieux!

J'étais libérée.
Le texte me pénétrait.
Sorcière, tu dois penser : "Elle en a mis du temps!"
J'étais libérée de toi.
Je découvrais le vrai Racine.
Le Racine des émotions.
Le Racine de la colère.
Le Racine de la jalousie.
Le Racine de la vengeance.
Des héros bien humains avec leurs forces et leurs faiblesses.

Ma pauvre, tu es passée à côté de bien belles choses en ne percevant que la forme et n'entendant pas le fond, qui venait de tous les sens exacerbés de ces héros.
Ce soir-là, ils vivaient devant nous au sens vrai du terme.
Le verbe VIVRE, toi, vieille folle,
Tu n'as su que le mourir.

Andréa

PostHeaderIcon Variations sur un processeur hermaphrodite

    Variations sur un processeur hermaphrodite

SEXORDI

                                                                      Mon(a) cher(e) ordinateur(e), en bref, ma chère bécane,


Excuse-moi de te demander pardon, mais au bout de dix ans de bons et
loyaux services, je ne sais toujours pas si je dois t'appeler « mon
ordinateur » ou « mon « ordinateure » (plus familièrement « ma bécane
»), en un mot s'il faut te parler au masculin ou au féminin.
Non,
je ne suis ni gâteux, ni débile, enfin pas encore: la controverse sur
le sexe des anges n'est pas morte! Selon les résultats d'une enquête
récente:
    Les femmes tiennent que l'ordinateur est forcément du sexe mâle, du fait que:
pour capter son attention, il faut l'allumer,
en dépit de sa méga- ou sa giga- mémoire, il n'a pas une once de jugeotte, ni d'imagination,
quand elles ont la légèreté de se fier à lui, il ne fait que leur compliquer la vie,
et quand elles s'engagent enfin, c'est pour découvrir qu'elles viennent juste de rater un modèle plus performant.

Je te fais grâce du cas de « Hal », cet ordinateur si perfectionné
qu'il sombre dans la folie et se révolte contre les humains. Tout le
monde a lu cette histoire dans « 2001, l'Odyssée de l 'espace ». Mais
en pensant que c'est juste de la Science-fiction... enfin, pour moi,
pas tant que ça!

Pour revenir au débat concernant ton sexe, je
ne partage pas le point de vue de la gent féminine, laquelle compte
décidément trop de méchantes langues. Au risque de me faire traiter de
« macho », j'incline à penser que tu ne peux être qu'une femme. Ceci en
me fondant sur ces quatre critères, que voici:
ta logique codée m'échappe tragiquement (pourtant, j'aime bien décoder!)
tu ne me passes aucune erreur et me la ressors au moment le plus inopportun,
ton langage est binaire (du genre: tu veux?/ tu veux pas?)
alors
que je t 'avais sélectionné pour ta présentation avantageuse le jour de
l'achat, tu m'as ruiné par la suite en accessoires (et consommables).

Ces quatre arguments concernant ta féminité, chacun pourra les
transposer plus ou moins à sa chère machine. S'ils ne correspondent
pas, c'est qu'elle est vraiment exceptionnelle, du genre processeur
hermaphrodite, ordinateur transsexuel, autant parler en clair d'un
travesti.
    J'en conclus qu'en informatique comme dans la vie, si l'on est fidèle, c'est qu'on est fou d'elle.
Un
simple auto-test: En raison de tes quelques services, je ne t'en veux
pas de tes innombrables sévices. Lorsque tu me trahis, au lieu de te
reléguer au placard, je fredonne « Ne me quitte pas... »
C'est
signe que je suis « accro », vraiment très atteint (« je ne suis plus
que l'ombre de ton ombre, l'ombre de ton chien... »). Au fait... Je
jette un coup d'oeil sur le calendrier, c'est bientôt la saint
Valentin. Allons, je crois bien que pour fêter ça, je vais t'offrir la
nouvelle version de Windows « Vista », plus deux barrettes de mémoire
neuves, venues du pays où c'est comme s'il en pleuvait!

                                                                                     Sans rancune, à bon processeur, salut!

                                                                                                             Jean-Claude.
                                                                                                                      

PARADE

                                                                                                                     

N.D.A.: Représentative du mouvement « dadaïste », et prétendant «
déconstruire » les mythes de l'art, « Parade amoureuse » de Picabia
(1917) illustre la rencontre nuptiale d'un processeur hermaphrodite et
d'une minuterie électrique sur une table d'opération. Les réflexions
contenues dans cette lettre sur le sexe des ordinateurs sont (pour
partie) la libre adaptation d'une enquête sur le sujet parue dans le
magazine « Biba ». Je dédie le tout à Andréa, qui compte prochainement
s'équiper, en lui souhaitant: « Bon courage!

PostHeaderIcon Lettre farfelue

Madame Christiane Koberich                          Montpellier, le 27 janvier 2007

à

Monsieur le Président des Escargots de Jardins

                                               Monsieur le Président,

            

            

            Je souhaite attirer votre attention sur une situation qui se renouvelle hélas chaque année, et dont je m’estime victime : au début du printemps, régulièrement, depuis 20 ans que j’habite cette maison, les escargots envahissent mon jardin.

Qu’ils y viennent en promenade, je puis le comprendre et l’accepter. Mais qu’ils laissent sur leur passage autant de dégradations m’est insupportable Je prends grand soin de mon jardin, j’y investis beaucoup de temps et d’argent pour en faire un univers agréable. C’est d’ailleurs, je pense, pour cela que les escargots y élisent si volontiers domicile : ils y trouvent une grande variété de plantes à déguster. Mais leur sans-gêne, leur manque de savoir-vivre, me les a rendus antipathiques. Ils trouent de leurs mâchoires voraces les plus belles feuilles d’agapanthes, ils dévorent les bourgeons des lys, sont capables en une seule nuit de raser un parterre de fleurs et font de la plus majestueuse des plantes une sorte de traînée négligée.

Tous ces désagréments pourraient être évités si j’utilisais, comme beaucoup le font autour de moi, des granulés empoisonnés qui élimineraient radicalement ces trouble-fêtes. Mais voilà : je répugne à de tels procédés. Je suis très sensible au respect de la nature, j’évite au maximum de bombarder mon jardin de produits chimiques, je me sers le plus possible d’éléments écologiques, avec le souci de diminuer les nuisances tout en maintenant un équilibre favorable à l’environnement. Ainsi, j’ai introduit des coccinelles pour manger les pucerons de mes rosiers ; j’évite les haies uniformes, je plante des espèces très diversifiées pour éviter les effets de la monoculture, et faire que les animaux nuisibles y rencontrent leurs prédateurs. Le résultat s’avère plutôt positif. Sauf pour les escargots. Rien ne les arrête ! Non contents d’entrer chez nous (en dépit de l’interdiction de pénétrer dans une propriété privée, je tiens à le souligner !) ils se promènent absolument partout. Nous pourrions trouver un terrain d’entente : ils s’installeraient dans un endroit, mangeraient quelques plantes, et laisseraient le reste tranquille. Mais impossible de leur faire entendre raison. Tous les matins je découvre avec horreur les résultats de leur manque d’éducation.

Aussi je vous prie de bien vouloir m’aider en intervenant auprès de vos amis escargots, ou bien en m’indiquant (car je n’en connais pas) un bon prédateur, qui pourrait s’occuper d’en réduire le nombre et de les déloger.

  Comptant sur votre compréhension et votre appui, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président des Escargots de Jardins, mes respectueuses salutations.

C. Koberich

.

                        

PostHeaderIcon Lettre aux Présidentiables, Anne-Marie (Salamandre34)

Lettre à Mmes MM. les Présidentiables.

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes bien entendu ravis de vous voir quotidiennement
sur les petits écrans, de lire vos déclarations. Hélas certains mots reviennent
comme des rengaines porteuses d’un mal nommé “migraine”

Ouverture, envergure, rupture, pourquoi pas recettes de confi-
tures. Mais oui, voilà ce qu’il manque à votre catalogue : une vision rigolote.

J’ai cherché ( avec peine, je ne suis pas politicienne)
J’ai trouvé ( car je suis entétée) :

Il suffirait à notre bonheur que vous instituiez trois jours de
carnaval de fous par mois. C’est très raisonnable, d’autant que dans le domaine
de la folie vous n’ayez rien à apprendre. Quelle felicité de ne plus voir Sarko
et Ségo dressés sur leurs ergots, Bayrou jouant le loup et Monsieur Le Pen
nous faisant de la peine. Dans mon programme, je verrais volontiers Les Deux
Odansant le tango et m’inscrirais volontiers à leur duo. Monsieur Le Pen , en
plombier tatoué, viendrait enfin réparer mon évier . Monsieur Bayrou vendrait
des choux (soit de Bruxelles à cause de l’Europe) soit à la crème (flattant ma
gourmandise).

J’oubliais ; il faudrrait que vous portiez des masques. Comme au
Carnaval, on ne saurait si la soubrette , si chouette, dans sa jupette, serait
Sego ou François ; si le cow-boy au grand chapeau serait Sarko retour des
Amériques, si le danseur mondain aux formes moulées dans un spencer serait
Jean Marie ? Nous en serions bien marris., car pour les formes ..... Bref

Chacun irait de l’un à l’autre, de vous à moi, de moi à nous ; chacun
tenant des propos venant d’un univers sans frontière. Les mots doux que me
susurerait Bayrou seraient doux s’il me disait que je suis belle, je le croirais
et contre lui me serrerais. On ne parlerait pas d’impots, simplement de pots
aux roses ; lplus de délinquants, nous danserions le can can. Comme au
Moulin Rouge, qui aurait le role de Valentin le Désossé ?
.
Le Pen chanterait la Vie en Rose et Sego, le chant du départ. N’y voyez point
là une opinion car , durant ces 3 jours de folie, la politique serait bannie. Un
vent bienfaisant soufflerait sur chaque ville, plus de manif; que du festif .....

Encore quelques semaines ; vous avez le temps de murir mon
projet. Il n’est pas plus mauvais qu’un autre ; vous y gagneriez des voix.
Voix de ténors ( les ténors du parti of course), bluettes, mélodies tout air de
fete serait le bienvenu, tout déguisement souhaité. Nous vous promettons que
notre côté, nous ferions le maximum pour que la fête soit réussie Dans cette
attente, Merci

PostHeaderIcon Lettres folles en zigzags, par Christine Jouhaud Mille

                                  
 

Madame tartarinade                                                              Monsieur le nez 
        52, rue Tartarin                                             1, rue Face de clown 
              13000 –Tarascon                            00000 - Physionomie

Monsieur,

Je regrette d’avoir à rougir de votre rougeur, chaque fois qu’il me prend plaisir à profiter du soleil.

Je vous demande donc, par la présente, de bien vouloir vous exercer à ne point rougir.

Merci de prendre en compte ma demande.

Cordialement vôtre.

Madame Tartarinade.

Madame,

Je ne peux que refuser votre demande.

Pourquoi voulez-vous être la seule à prendre du plaisir ? J’exerce le droit qu’il me plait de rougir, et à mon tour de profiter du soleil.

Qu’il en soit ainsi.

Sincèrement vôtre.

Monsieur le Nez

Monsieur,

Vous ne pouvez avoir tous les droits et surtout celui de rougir, car vous êtes attaché à ma figure.

Vous ressemblez à une tomate trop mûre.

Je vous redemande donc, Monsieur, de réviser vos propos.

Salutations distinguées.

Madame Tartarinade

Madame,

Vous me faites un caprice de star me semble-t-il !

De mes propos, je vois plutôt les vôtres à réviser.

J’en rougis de courroux

Veuillez agréer, Madame, mes rougeurs les plus distinguées

Monsieur le Nez

Monsieur,

Puisque votre courroux est de rougir en toute impunité.

Je me vois, Monsieur, dans l’obligation de vous cacher sous une épaisse couche de fond de teint, comme un cache-nez.

Bien à vous

Madame Tartarinade

 

PostHeaderIcon A Messieurs Dupond et Dupont, par Yvonne L.

Hélène MALLET                                                                                                  Paris, le 31 avril 9999

20, rue des Pyrénées

75020 PARIS                                                    
à                                                   
Monsieur Maurice DUPOND

Monsieur Michel DUPONT

21, Place des Vosges

75004 - PARIS

Messieurs,

Je fais appel à vous pour une affaire d’extrême urgence. Peut-être s’agit-il même d’une affaire vitale.

Voici les faits :

Mon filleul, Martin LOURS (diminutif familial Tintin) âgé de dix-sept ans est parti de mon domicile sans me laisser une adresse où le joindre ; il me semble avoir disparu de la surface de Paris. Je précise qu’il ne dispose que d’un vélo tous terrains. J’ignore donc son éventuelle destination…

Je vous prie donc de partir à sa recherche et de le retrouver au plus vite, sous peine de mettre sa vie en danger.

En cas d’échec, je vous tiendrai pour personnellement responsable de sa perte. Et la justice s’occupera de vos cas.

Deux caractéristiques pourraient vous éclairer : Mon cher filleul pratique la plongée sous-marine et la spéléologie.

Il serait donc judicieux que vous exploriez en priorité deux pistes : Les circuits du Vercors et les grottes sous-marines des Calanques.

Les heures étant comptées, comment comptez-vous, vous y prendre ? Agir en duo, vous séparer, prendre des adjoints sportifs ?

Car vous-mêmes, ayant atteint la soixantaine, serez-vous en mesure de participer corporellement aux recherches ?

Quels moyens de déplacements pensez-vous utiliser ? Je sais de source sûre que vous souffrez de claustrophobie pour l’un, et de vertige pour l’autre.

Ce qui nous amène aux conclusions suivantes :

- Vous ne prendrez pas l’avion (vertige).

- Ni une voiture particulière (claustro…).

- Un train à grande vitesse, aurait-il vos faveurs ?

Il pourrait vous conduire à Grenoble en trois heures vingt et à Marseille en quatre heures moins cinq.

Départs fréquents de la Gare de Lyon (Paris 12ème) sauf en cas de grèves, également fréquentes… autant qu’imprévues.

Prudence donc, en cas d’urgence.

Comme c’est votre cas.

En conséquence je me vois obligée de renoncer à faire appel à vos services.

Je vous remercie, tout de même, et vous assure, Messieurs, de toute ma considération.

                                                                                                                                                                                                       

                                                                                                                                        Hélène MALLET

P.S. : Mon filleul vient de prendre contact avec moi, juste avant que je ne cachette ce courrier. Tout va bien.

Il avait conduit un groupe de voyageurs originaires d’un Etat situé au Nord de la Corée du Sud, ce, sur le parcours de quarante kilomètres des égouts de Paris  Ils ont ensuite souhaité visiter les Catacombes…

                     D’où son absence en surface.

Encore : Merci !


PostHeaderIcon A Mr le Percepteur des Impôts, par Carole Menahem-Lilin

Sybille de Bonnaventure

A Monsieur le Percepteur des Impôts

           Monsieur,

          Par la présente, je vous informe que je suis dans l'incapacité de payer la somme qui m'est demandée par vos services.
Vous le savez peut-être : je vous ai soumis ce problème dans deux courriers précédents, datés respectivment du 3 septembre et du 15 octobre, courriers auxquels j'ai le regret de vous rappeler que vous n'avez aucunement répondu, bien que j'ai pris soin d'en glisser les doubles dans votre boîte aux lettres personnelle.

Donc, vous avez peut-être tout de même noté que je suis au chômage depuis près de deux ans, et que cette année mes allocations ont fortement diminué!
Vous avez peut-être remarqué que ces derniers temps je ne porte plus ces tenues élégantes dont vous me faisiez fréquemment compliment; je les garde pour les entretiens professionnels, et me contente de survêtements pour tous les jours; vous ne me faites jamais de compliments sur mes survêtements. Mais passons, passons.

Ajoutez à ma diminution de revenus le fait que ma vieille Môman sourde, ayant été mise à la porte de chez elle, est venue habiter chez moi, ce qui occasionne, vous vous en doutez, des frais supplémentaires, ma Môman n'étant pas particulièrement argentée (elle a surtout une fâcheuse tendance à confondre les euros et les francs, ce qui ne l'incite pas, vous vous en doutez, à économiser...)

Un bonheur n'arrivant jamais seul, son appareil auditif s'est mis, peu de temps après, à dysfonctionner. Elle n'en restait pas moins persuadée d'entendre parfaitement - illusion qui fut cause de bien des contresens et quiproquos.

Par chance, ma chère Môman est depuis revenue de son erreur - mais son sonophone, lui, est toujours dans l'errance, et nous n'avons pas les moyens d'en faire faire un autre.
Rassurez-vous cependant : actuellement, nous nous entendons de nouveau parfaitement, ma Môman et moi, car j'ai mis à profit les quelques loisirs que me laissent mes recherches d'emploi (recherches aussi dispendieuses qu'infructueuses, hélas...), j'ai donc mis à profit, disais-je, mes quelques loisirs pour apprendre la langue des signes.

Vous savez peut-être que ces cours sont dispensés gratuitement par l'association des sourds et muets.
Non, vous ne le saviez pas? Je vous l'apprends donc - et en arrive ainsi au coeur de mon sujet.
Enfin, dites-vous? Ce n'est pas trop tôt, vous écriez-vous?
Méfiez-vous, depuis que j'apprends à parler avec les mains, mon oreille s'est affinée, j'ai des perceptions extra-auditives, comme d'autres ont des perceptions extra-lucides...

Donc, en... voyons, seize mots, voici ma proposition : puisque je suis dans l'incapacité de payer en numéraire, j'acquitterai mes impôts en Travaux d'Utilité Publique, dit TUP. Je suis honnête, moi, Monsieur, et tiens à régler intégralement ma dette à la société.

Intégralement, mais pas n'importe comment. Je n'accepterai aucun des TUP actuellement en usage.
Je vous entends ronchonner : "Mais que dit-elle? Elle me fait une offre fallacieuse!"
Non, cher Monsieur mon Percepteur. Si je décline les TUP actuellement sur le marché, c'est que j'en ai autre à vous soumettre. Voici.

Vous n'êtes pas sans savoir que mon quartier (enfin, notre quartier) est en ce moment assiégé par les ouvriers de la voirie, qui creusent ici, rebouchent là, soit-disant un jour pour installer le câble, et le lendemain pour faire passer les canaux de la télétransmission par satellite. Enfin quand j'écris "soit-disant", c'est une expression, car ces pauvres haumes en général ne parlent pas, ou bien répondent de travers. La plupart du temps, ils n'entendent même pas les questions qu'on leur pose. Il faut dire que leurs tympans sont sérieusement agressés par le hurlement lancinant de leurs perceuses. Quand elles sont en marche, il faut s'adresser à eux par gestes, et quand elles stoppent enfin, il faut soigneusement articuler pour avoir une chance de se faire comprendre... C'est qu'ils souffrent, pour la plupart, d'une sérieuse baisse de leur acuité auditive - et vous savez (voir plus haut) combien je suis sensibilisée à ce problème.

Pour les quelques rescapés des décibels, la situation ne va sans doute pas tarder à s'agraver, hurlements humains et machiniques aidant.
Comment améliorer ce triste état de fait?
Hélas, hélas! Il faudrait que les engins de la voirie deviennent moins bruyants - ce qui n'est pas demain la veille, si j'en juge par mes recherches sur la question.

J'ai donc une offre de bon sens à vous faire : aider ces pauvres hommes à transcender leur état, à sublimer leur handicap, par l'apprentissage du langage des sourds et muets.

Avez-vous déjà vu quelqu'un s'exprimer ainsi, Monsieur le Percepteur? C'est ma-gni-fi-que. Ou tordant de rire, c'est selon. En tout cas, c'est plein d'expressivité. Gestes, mimiques, gymnastique des mains, chorégraphie des poignets... Ah, j'en deviens lyrique. Imagniez des saynètes dignes de la Comédie del Arte se déroulant en pleine rue, malgré les trépidations des engins et le grondement des camions? Quelle gaïté! Oui, Monsieur le Percepteur, imaginez l'incommunicabilité enfin rompue, le dialogue rétabli, entre ouvriers de la voirie, usagers du trottoir et automobilistes... Ne serait-ce pas enthousiasmant?

Bien sûr, pour obtenir ce résultat hautement civique, il faudra que tous les habitants de mon quartier soient initiés aux arcanes de ce langage universel. J'ai donc du pain sur la plance, puisque, justement, vous l'aurez compris, j'ai pour projet d'apprendre, d'abord aux ouvriers de la voirie, puis à tous les intéressés (dont vous-même, j'en suis persuadée, Monsieur le Percepteur), ce langage des signes pour sourds-muets.
Vous voyez combien ce TUP là, qui ramènera l'harmonie sur la voie publique, est d'utilité publique, et combien j'ai raison d'en refuser tout autre!

Et bien sûr, je serai parfaitement à même de l'exercer. J'ai toutes les compétences requises (curriculum vitae joint). J'ai également beaucoup, beaucoup, de bonne volonté, et pas mal d'inventivité, comme vous vous en souvenez peut-être.

Je suis persuadée, Monsieur le Percepteur, qu'à présent vous comprenez toute l'ampleur de ma proposition, et que vous jugerez dans votre intérêt bien compris de m'appuyer auprès des autres Autorités compétentes. J'ai l'intention de contacter Monsieur le Maire, notre Député, l'ANPE, etc., ainsi que, si nécessaire, la presse (Que choisir, Libé, le Canard déchaîné, Les Horizons et Horions perdus...) - et ce pour leur faire part de mon offre, mais aussi des quelques menus détails contextuels dans lesquels elle a été conçue, et auxquels vous n'êtes pas tout à fait étranger, Monsieur le Percepteur...

J'espère donc que cet exposé trouvera le chemin de votre ouïe, bien en danger elle aussi si j'en juge par le volume outré de votre chaîne stéréo, chaque soir jusqu'à deux ou trois heures du matin... afin de couvrir vos ébats avec la surveillante des travaux publics, peut-être?... Mais, mon cher voisin, il en faut davantage pour tromper la vigilance d'une extra-auditive telle que moi. Ma mémoire acoustique est extrêmement précise, elle s'appuie sur des souvenirs encore frais et est aidée, je ne vous le cache pas, par quelques enregistrements. (Ne cherchez pas comment, vous ne trouverez jamais).

J'espère donc que vous saurez donner une suite intéresante à la pacifique proposition que je vous adresse.
Oui, n'est-ce pas?

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Percepteur (et cher voisin odieusement bruyant et cyniquement infidèle), mes nocturnes, insomniaques, frustrées, et néanmoins respectueuses salutations.

Sybille de Bonnaventure.

PS : L'uniforme d'une inspectrice des travaux n'est pas beaucoup plus seyant que mes survêtements, ne vous semble-t-il pas?

PostHeaderIcon Lettre ouverte aux oiseux oiseaux

Lettre ouverte aux oiseux oiseaux.

Mesdames et Messieurs les pigeonnes et pigeons,
s/c M. L'adjoint aux Affaires animales de la Ville de Montpellier.

    Alors que j'aimerais tant faire la grasse matinée, j'ai chaque matin la
désagréable surprise d'être tiré de mon lit aux aurores par vos
roucoulements abusifs.
    Est-il normal qu'au premier signe du
printemps, vos bruyants ébats troublent le sommeil des honnêtes
citoyens? Alors que vous, les ramiers, n'en faites pas une rame!
     Je veux bien admettre que chacun doit trouver sa belle, et l'appelle au prix de maints décibels, pour rouler une pelle.
   Deux pigeons s'aimant d'amour tendre font donc, avec leurs bluettes,
pour conter fleurette, plus de bruit sur ma logette que les humains
sous la couette?
    Ils ont beau jeu, les marchands de lingerie, de
vanter leurs satins à nuances « gorge de pigeon »! Ils ont bien tort
d'exposer, pour mieux pigeonner la cliente et appâter le chaland, leur
Barbara 90 B pigeonnant... Parlons plutôt de barbarie! Ah! Barbara,
quelle connerie, la pige! Si dame nature vous afflige, amis pigeons,
d'un gris plumage, qui votre buste n'avantage, vous avez en partage un
éclatant ramage.
    Les platanes offerts par la ville à l'animale
engeance ne suffisent-ils pas à vos ébats? De quel droit venez-vous
squatter mon balcon, me laissant, en guise de loyer, un dégoûtant
présent?
    Si, comme vos cris me le rappellent sans répit, « tout ce
qui tombe du ciel est béni », je veux bien croire que c'est moi le
pigeon.
    Vous n'avez pas encore pigé? Ma vengeance sera terrible!
    Sur mon balcon, il y a un bac à fleurs. J'y dépose chaque jour, après
avoir balayé les traces de votre passage, cet engrais naturel qu'on
nomme au Chili « guano ». J'en ai profité pour entreprendre une culture
de petits pois: sans que vous y preniez garde, il ont commencé à
germer; d'ici quelques semaines, ils seront à point.
   Tremblez,
pigeons! Je fourbis mon tromblon. Formidable! vous serez prochainement
invités à ma table... en tant que plat de résistance.
      A l'auberge du « Coup de fusil » vous saurez enfin pourquoi l'on sert du pigeon aux petits pois.

Le « pigiste » du coin,

Jean-Claude.

PostHeaderIcon à Monsieur le Maire

à

Monsieur le Maire de ma commune

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir m’excuser de prendre la liberté de m’adresser directement à vous pour formuler la requête suivante :

Je voudrais que ma rue porte le nom de mon chat, c'est-à-dire ‘rue Minou’.

Je me suis renseigné auprès de nombreuses personnes habitant dans diverses villes et, à leur connaissance, aucune rue ne porte le nom d’un chat.

Or, qu’est ce qui préside au choix du nom des rues ?

Assez souvent il s’agit de personnages historiques que tout le monde est censé connaître et dont on sait à peu près partout écrire le nom. Encore pourrait on remarquer que, selon les époques, l’opinion publique varie et oblige parfois à changer le nom de la rue. D’où une série de changements d’adresse, de plaques signalétiques, au détriment du budget municipal.

En dehors de ce petit nombre de figures historiques – dont mon chat ne fait pas partie, je le reconnais – on peut puiser dans un panel de citoyens notoires de la commune. Et là, Monsieur le Maire, sans vouloir vous offenser, je peux dire que certaines de ces célébrités locales sont discutables et d’ailleurs souvent oubliées après une génération.

Que trouve- t-on ensuite aux coins de nos rues ? Des noms d’arbres ou d’animaux.

        Il semble là que ma requête ne devrait plus vous paraître insensée.

A quel sycomore, à quel serpolet, à quel érable peut on associer des actes remarquables qui justifieraient que soit perpétuée leur mémoire ?

Et lorsque on choisit le règne animal, c’est toujours de façon anonyme et plurielle : les rossignols, les alouettes, les hirondelles.

Pourquoi ne pas concilier les deux points de vue par le choix d’un être vivant ayant participé un temps à la vie de la commune et que cet être soit un animal bien identifié ?

Je tiens à votre disposition, Monsieur le Maire, des témoignages montrant que Minou est très connu dans le quartier. Certes quelques voisins pourront vous dire qu’ils vivraient mieux sans lui, mais n’en est il pas de même pour les hommes, nos édiles par exemple ?

Quant aux qualités morales – n’ayons pas peur du mot – de Minou, je dispose de plusieurs séries de photos où la tendresse qu’il nous témoigne, la gratitude de son regard, la noblesse de son attitude sautent aux yeux.

J’ose espérer, Monsieur le Maire, que mes arguments sauront toucher votre bonté et votre fibre citoyenne.

Si vous accédez à ma demande, je m’engage à offrir à l’ensemble du Conseil Municipal un vin d’honneur sur ma modeste terrasse.

Recevez, Monsieur le Maire, l’expression de mes sentiments respectueux.

Vive Castelnau ! Vive la France !

P.S : Minou n’est ni Persan ni Siamois. C’est un chat bien français dont je connais la mère et dont je me porte garant.

                                                                                                                      Jacqueline Chauvet