PostHeaderIcon Un après-midi chargé, par Béatrice Laudicina

Le Crédit Lyonnais un vendredi après-midi, la queue au guichet. Il  y avait trente ans, la précieuse, si précieuse carte bleue n’était pas encore née. Eva calcula grosso modo qu’elle en avait au moins pour une demi-heure d’attente. Son esprit, jamais en repos, s’évada et récapitula ce qui lui restait à faire : passer à la librairie pour enfants acheter « Petit ours brun dit non » pour sa petite nièce qui, à deux ans, traversait une phase d’opposition systématique ; s’arrêter chez le photographe pour chercher le développement de ses vacances en Grèce ; aller admirer la nouvelle vaisselle de chez Geneviève Lethu, les dernières tissus d’ameublement chez Bienvenue, aller acheter une composition florale aux couleurs vives pour son amie hospitalisée, faire un tour chez le disquaire écouter le dernier Francis Cabrel, passer au cinéma consulter l’horaire des films, en profiter pour s’arrêter aux Nouvelles galeries, acheter des billets de loto (on était le vendredi 13), passer chez Agatha pour admirer les derniers bracelets à la mode, aller chez Martelle, le grand libraire d’Amiens, pour acquérir un ou deux bons romans policiers, s’arrêter devant le parvis de la cathédrale pour contempler encore une fois l’ange pleureur, faire un tour de calèche autour du célèbre monument, pourquoi pas ? Et, pour finir cet après-midi bien chargé, se reposer devant un délicieux chocolat chaud à la vanille qu’elle dégusterait chez Arthur.

Ah oui ! il ne fallait pas oublier le permis de conduire qu’elle passerait une semaine plus tard : Eva avait besoin d’une boite de Sympathil (des comprimés légers contre l’anxiété, vendus d’ailleurs sans ordonnance).

Elle en était donc arrivée à la rubrique pharmacie quand l’homme derrière son guichet – costume à cravate, petites lunettes cerclées d’or – lui déclara : « Je vous écoute. » Alors, perdue dans ses pensées, elle demanda un tube de Sympathil. Lui, les lèvres pincées, le visage impassible, lui demanda de répéter : il n’avait pas bien compris. Lasse, elle avec insistance néanmoins, elle réitéra sa demande. Ce pharmacien ne connaissait pas ce médicament ? C’était curieux !

Alors le caissier, sans se départir de son air coincé et sérieux, lui déclara, d’un ton légèrement offensé : « Mais Madame, nous sommes dans une banque ! »

Réalisant enfin son erreur, devant le ridicule de la situation, Eva ne put s’empêcher d’éclater de rire. Le client qui la suivait, et qui avait entendu toute la conversation, lui fit chorus.

Béatrice Laudicina

PostHeaderIcon Listes, par Michelle Jolly

Listes

 

Aujourd’hui, résolution 1, faire le tri dans mes papiers :

*Diner ce soir

*18h, couper les poires en quartiers, faire cuire

*Anne 5 mars ; Luc 26 février

*ne pas prendre 3 biscottes le matin

*mettre les poires refroidies au frigo

*18h30 éplucher les concombres, passer au mixer, ajouter la crème

 Saler poivrer, ajouter la menthe hachée, mettre au frais.

*danse avec Baschir ; la vague

*Dr Richard lundi 11h

*ne pas interrompre tout le temps

*Jo à la chorale me casse les pieds, lui prêter le quatre mains de Mozart

*lundi atelier d’écriture

*Aaron 4 février, Marius 18 février

*dentiste samedi 10h30 hélas !

*18h45 mettre la table

*ne pas acheter de chocolat, ni de gâteaux secs…danger !

*Niza 10 février, Roman 28aout

*jeudi piscine (il faut y aller !!!)

*19h faire revenir le lapin en morceaux, ajouter les oignons et le vin

Assaisonner, laisser mijoter, faire tremper les pruneaux

*le Chien jaune, Caramel

*ne pas oublier la feuille de menthe sur le potage

*Phil : si j’avais 30,40,ans de moins……je suis pitoyable

*19h30 ajouter les pruneaux au lapin, baisser le feu, préparer la salade

*Jo : quel mari il a dû être !!! lui prêter encore les valses de Chopin

 Collant et ennuyeux !(pas Chopin)

*Sara 5 septembre, Diego 30 aout

* ne pas me regarder dans la glace ! décevant

*La vie des autres

*Anne, couche à la maison jeudi ; Luc déjeuner mardi

*ne pas rire des certitudes (les miennes et celles des autres)

*Juliette 14 octobre, Jeanne 26 mai

*ne pas baisser les bras

*Mardi sophro 11h

* Phil ; il a des sourires….. c’était pour ma petite fille, …

*Sara demain devant la fontaine de la Comédie

*rire des certitudes ( surtout des miennes !)

*Jo ; j’ai décidé de ne plus rien lui prêter, c’est pas malin !

*La journée de la jupe

*ne pas baisser les bras

 

Comment m’y retrouver dans tout ça ???????? 

 Michelle aout 2009

PostHeaderIcon Didi aux "Puces", par Mireille Barlet

Didi aux « Puces » de Marseillan

 

C’était pour elle comme un aimant,

Le dimanche matin aux « puces » de marseillan.

Didi , toute la semaine s’y préparait,

Dans son métier de kiné, elle avait le temps d’y penser.

 

Pour Rose- Marie, cette mémé qu’elle bichonnait,

Avec délice chaque matin,

Samedi, elle n’oublierait pas

Cette boîte construite au Guatemala.

De la taille d’une grosse boîte d’allumettes,

Mais en vrai bois délicat,

Qui se laissait caresser, car il luisait

Comme de l’acajou ciré.

 

RoseMarie aimait la difficulté.

C’était un régal de déchiffrer sur sa face, la joie,

Le rictus de sa bouche fendue en une ironie fière

D’avoir manipulé, trouvé

 ce  que d’autres qu’elle, avaient mis tant de temps à débrouiller.

 

Aux puces, la dernière fois,

 Quinze personnes, devant Didi,

Avaient essayé devant un barbu en treillis, aux yeux gris,

De l’ouvrir cette boîte parallélépipédique,

 En forçant, en suant, en bégayant,

En injuriant ce monsieur,

Qui, sur un geste simple, tout en rondeur,

Avec tant de souplesse,

Faisait sortir de son socle

Comme un petit tiroir qui glissait,

 On aurait dit sur de fines roulettes.

 

Non, ce n’était pas possible,

Il devait subtiliser à l’original,

Pour les badauds,

 

Une autre boîte dont le bois avait gonflé par la chaleur,

Ou bien dont les arêtes avaient été auparavant collées.

Mais au bout d’une demi heure d’essais avec ses clients,

Didi y compris,

Le fier monsieur, à l’allure de Che Guevara,

Leur expliqua avec panache de bien observer

Les faces opposées de la boîte, les plus petites,

Qui étaient striées comme de la pâte à papier,

Par quatre traits en quinconce, dont la longueur différait.

Il suffisait d’empoigner de la main gauche,

Le côté de la boîte de la face la moins travaillée,

Et de tirer de la main droite sur l’autre face,

Où les stries étaient plus longues et parallèles,

En gardant les doigts posés sur les arêtes prises en diagonale,

Par rapport à la ligne verticale passant par le centre de gravité du solide.

 Comme poussé par un ressort le tiroir s’ouvrait soudain,

Ça tenait du miracle !

 

Didi avait déjà acheté, sur le stand d’à coté, aux merveilleuses senteurs,

Les sept minuscules poupées longilignes,

Dont les bras et les jambes étaient aussi minces que des bouts de ficelle,

Habillées à l’indienne,

Ces figurines pouvaient toutes s’engouffrer

Dans le tiroir béant de la boîte.

 

Quand RoseMarie aurait découvert le secret de son mécanisme,

Elle pourrait y enfermer une à une toutes ses poupées,

Symboles de ses sept douleurs les plus fortes,

Pour les chasser de ses neurones et les oublier à jamais.

 

Lundi prochain, à la même heure,

Didi verrait apparaître le fameux rictus de joie

Sur le visage de RoseMarie,

Contemplant la boîte refermée pour toujours,

 avant de l’avoir fiévreusement ouverte !

 

Et Didi en serait si fière !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PostHeaderIcon En voyage, par Th. Françoise Crassous

 En voyage


 En route vers l’hôtel, première étape du voyage en Espagne, la 2cv brinqueballe allègrement. Les étoiles clignotent un parfum de bonheur et les jeunes mariés d’une heure rêvent à leur première nuit de noces. Celte journée épuisante s’est terminée pour eux à onze heures car ils doivent gagner Béziers. La mère de Gisèle aux effusions du départ, a glissé à son oreille :

«  J’ai fait mettre des petits fours et une bouteille de champagne dans le coffre de la voiture. Vous la boirez en arrivant. » Aussi est-elle toute heureuse de faire la surprise à son époux. La nuit est belle et la route déserte. Par la fenêtres ouvertes, car il n’y a pas la clim, elle aperçoit des silhouettes dans la campagne assoupie de touffeur. Les phares jaunes n’éclairent que parcimonieusement le bas-côté. Les arbustes surgissent et heurtent l’alignement net des vignes. Le balancement de leur auto, confortable et ronronnante, les met dans une torpeur cotonneuse d’après fête. La nervosité s’est estompée après ces huit jours de préparatifs. Ces minutes de calme leur est salutaire après l’agitation de la cérémonie à la mairie, la veille, et cette journée si éprouvante. Ces instants ne doivent-ils pas être inoubliables ? Puis la réception au domaine Rimbaud et la valse des invités venant les congratuler. Le défilé des serveurs en livret au passage incessant et le champagne les avait étourdis un peu. Aussi étaient-ils bien contents de s’éclipser loin du brouhaha des conversations et des rires. Ils avaient choisi de s’arrêter à Béziers pour échapper à la tradition qu’il jugeait consternante : aller réveiller les mariés et exposer le drap tâché aux regards et aux plaisanteries douteuses des hôtes espiègles. Déjà ils avaient fait la concession de recevoir des grains riz, jetés à la volée, qu’ils jugeaient plus profitables aux petits Biafrais que dans le caniveau. Mais l’absence de ce rite, symbole de prospérité, n’est pas concevable. 

 

Donc ils roulent sagement sur la départementale. Morphée jette son voile sur leurs paupières et ils sourient à l’avenir et aux huit jours sur la Costa Brava en Espagne. Qui plus est dans un hôtel quatre étoiles ! Mazette ! Hôtel recommandé par le beau-frère, assureur des bâtiments et connaissance du propriétaire qui les avait un jour invités. Séjour enchanteur d’après lui. Le prospectus, montré après la cérémonie aux épousés, les a enthousiasmés. En bord de mer, sur des rochers plombant la méditerranée, les chambres donnent sur le large. Les deux piscines et les magasins forment un ensemble parfait pour les personnes ne voulant que se reposer. Tout doit se passer sous les meilleurs auspices. Le soleil est de la partie, c’est de bonne augure. Ils avancent lentement, mais ils ne sont pas pressés, savourant la chance qu’ils ont de pouvoir s’offrir un tel voyage. 

 Ils ont traversé déjà sans encombre le sud de Montpellier en direction de Sète et ils sont en vue des premières maisons de Mireval, quand, soudain, un vrombissement les fait sursauter.

Ils cherchent d’où provient le bruit, incongru à cette heure du milieu de la nuit. Ils aperçoivent les phares d’une Porsche bleu foncé. Mais restent inquiets.

Gisèle pense que cela provient de leur voiture car leur monture n’est plus toute neuve – Ils viennent de l’acheter d’occasion

– Est-ce le moteur  ou un pneu éclaté ? Quelle tuile !. Les garages sont fermés. Il faudra dormir dans la voiture !

 

A ce moment, un son strident déchire leurs tympans. Derechef, les freins plaquent leurs visages sur le pare-brise. Ils se jettent un regard désespéré. 

Ils scrutent le noir de la nuit et voient un homme en habit sombre coupé par des bandes blanches, coude replié, un objet brillant à la bouche sous un réverbère. L’homme s’approche et crie : « Vos papiers ? » C’est un gendarme avec son baudrierblanc.

Pourquoi nous arrête-t-il ? S’interroge Gisèle. Elle sourit pourtant bravement ayant la conscience tranquille et esquisse une question.

L’homme de loi aboie :

- «  Garez-vous là, descendez  et suivez-moi ! Allez au bloc, vous rouliez trop vite dans un village ! »

 

Devant le ton sec, ils s’exécutent et entrent dans une pièce, faiblement éclairée. Un halo jaunâtre fait briller le centre d’une table. Ils passent confus, devant leur bourreau. Ils sentent son haleine fortement avinée. L’officier, derrière la table leur fait un clin d’œil et pose subrepticement un doigt sur sa bouche. Il dit au gendarme :

- « Allez mon brave en faction ».

Puis le commandant leur demande leurs noms, prénoms. Ils lui donnent, soulagés, leurs papiers d’identité. Il les lit et

- «  Mais vous êtes de par ici vous » Devant leurs affirmations, ils les interrogent sur ce qu’ils allaient faire à cette heure de la nuit. Et d’expliquer leur mariage. Et là, il rit, rit à en perdre la raison… Eux rient aussi mais jaune…

- « Le gendarme qui vous a arrêtés est un gars du Nord qui aime notre piquette, notre petit vin du midi» Dans quelques instants, vous pourrez repartir. »

 

Gisèle s’enquiert enfin

- « pourquoi nous a-t-il arrêté, nous avec notre guimbarde ?

- « Parce qu’il n’a pu stopper la Porsche, il a voulu faire du zèle et c’est vous qui avez trinqué. Demain il ne s’en rappellera plus »

 

Et puis –«  Allez maintenant. »

 

Les voilà repartis cahin-caha, riant de leur mésaventure. Ils se racontent des histoires drôles et rient aux éclats. Ils arrivent enfin à l’hôtel. Ils ouvrent le coffre et prennent leurs bagages. Gisèle inspecte sous les sièges, rouvre le coffre et ne trouve rien. Dépitée, elle se résigne et s’apprête à suivre son époux.

- . Enfin que cherches-tu ? Lance énervé son mari.

- Je cherche l’encas que maman a fait mettre pour nous restaurer en arrivant ; Murmure Gisèle mi figue mi raisin. Quelle déception ! Rien il n’y a rien. Tant pis se dit-elle. Mais j’ai soif.

 

Dans le hall, le réceptionniste donne la clé, et leur jette un regard égrillard puis dit : « Dans la chambre il y a de quoi comme prévu !

Enlacés, ils montent à leur chambre moderne. Et leur soirée commence….

Une coupe, un gâteau et ils s’embrassent, s’enlacent. La lampe s’éteint sur leurs ébats d’amoureux .

  Thérèse-Françoise Crassous-14 octobre 2009 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PostHeaderIcon Inquiétude... par Mireille Barlet

Inquiétude la veille au soir randonnée Jura - Juillet 2009-

Depuis le mois de janvier,

Jean-Jacques…, il la préparait sa randonnée,

Pour quinze personnes habituées à marcher, marcher…

Tous et toutes lui faisaient confiance,

 Il portait bien l’image d’un chef de cordée.

Après le Cézallier et le Vercors les deux années passées,

Ce serait Le Jura, à la fin du mois d’Août cette année.

 

Il l’avait remarqué :

Les mollets des amis vieillissaient,

 Certains genoux craquaient

Leurs gémissements souvent, Jean-Jacques entendait.

Assez de pics vertigineux et de chemins rocailleux,

C’est un tapis de mousse vert duveteux,

Sur pentes douces, que maintenant il leur fallait.

 

Leurs dos aussi faiblissaient,

Certains même se voûtaient.

De gîtes en refuges, cinq nuits d’affilée,

Leurs sacs à dos trop lourds aussi,

Trop bombés.

Faire appel à un accompagnateur,

Un porteur des pulls et slips mouillés,

De la toilette du soir, des habits frais du matin,

Des chaussettes et souliers de rechange

Pour pieds fatigués en fin de journée.

 

Tout d’abord, à deux ânes, Jean-Jacques pensa

Mais,Aorica, avec sa twingo se proposa.

Pourquoi pas ?

 

Le premier soir, au gîte de Mijoux,

Tous les quinze étaient au rendez-vous.

Ils l’attendaient au bout du petit chemin désert,

 Devant l’entrée.

Ils avaient tellement peur qu’au dernier moment,

Aorica ne soit pas là.

Chacun soupesait son 2ième et 3ième sac rempli,

Qui se logeraient dans le fameux berlingot anis,

D’où venait de s’extraire Aorica avec force cris.

 

Echevelée, elle serait, ça tout le monde le savait,

Mais sa robe longue fleurie, ses talons hauts,

Personne ne s’y attendait…

Sa vaste écharpe violette qui traînait jusqu aux pieds,

A son bras gauche, l’immense panier rond,

D’où émergeaient polaires et oreillers,

A sa main droite, valise orange qu’elle faisait rouler,

Son nécessaire de toilette, disait-elle, bien séparé,

Pour dans les dortoirs, moins les encombrer.

Dans le coffre de la twingo, encore au moins quatre sacs à dos,

Des multitudes d’objets, de livres, CD en vrac,

L’ordinateur aussi auquel Aorica tenait,

Pour ne pas s’ennuyer pendant qu’ils marchaient.

 

Ses amis, du coin de l’œil, Jean-Jacques observait :

Ils riaient jaune, tous figés !...

Demain, au lever, où allaient ils les loger,

Leurs petits greniers forts, auxquels ils étaient scotchés ?

Et Aorica riait, riait de les voir désemparés.

Elle leur claironnait avoir tout prévu :

Son confort, bien sûr, elle y était attachée,

Pour au milieu des vaches batifoler,

Lire, écrire, chanter, rencontrer,

Visiter, du jura, potiers et bijoutiers,

Dans refuges dormir au chaud,

Bien calée dans du doux,

Avec boules quies, boucher ses oreilles

 Pour ne pas les entendre ronfler.

Qu’ils ne s’inquiètent pas :

Tout ce qu’elle avait porté était calculé,

S’étalerait, s’imbriquerait demain au mm près,

Sur plancher, au fond du coffre, sièges arrière relevés.

Et ce beau cube anis pourrait au petit matin accueillir

Jusqu’à son plafond leurs beaux bagages serrés.

Tout y entrerait, elle le leur jurait.

 

Il suffisait d’y croire !

Et le lendemain de cette 1ère nuit,

Les amis de Jean-Jacques,

Purent vérifier

Qu’Aorica Disait souvent Vrai !

 

 

 

 

 

PostHeaderIcon Listes, piste d'écriture

Faites des listes... La liste des endroits où vous avez dormi (ou pas dormi), la liste des "premières fois", une liste de vêtements, ce que contient un sac...  Puis, développez tel ou tel terme de votre énumération, au gré de votre inspiration. Sans vous réfréner, laissez chanter votre mémoire et votre imagination.
Le résultat peut être un texte qui garde mémoire de sa forme originale de liste. Mais il peut aussi s'en être totalement émancipé.
Cet exercice n'est pas seulement autobiographique. Bien des personnages peuvent naître de ce remue-méninge...

Quelques exemples en ce septembre de la rentrée 2009 :
- poétiques, avec les textes de Denise (Inventaire de nouvelles éphémères) et de Béatrice Laudicina (Rires fugaces)
- retours de mémoire, avec un texte de Françoise (Retour en arrière) et de Mireille Barlet (Inquiétude...)
- présentation d'un personnage à travers le contenu de sa garde-robe (Liste, par Jacqueline) ou de son sac (Son sac, par Carole)
- Une nouvelle, née de l'obsession du blanc (Blanc, par Nicole)
- toute une vie en quelques dizaines de lignes... (Comme on fait son lit... par Jean-Claude Boyrie)

et bien d'autres textes, dont l'écoute à l'issue des ateliers m'a enchantée, et qui viendront peut-être sous peu enrichir le blog...
Bonne lecture !
Et si le jeu vous intéresse, envoyez-nous commentaires et textes.

Carole

PostHeaderIcon Comme on fait son lit, par Jean-Claude BOYRIE

<p><p><p><p> Comme on fait son lit</p></p></p></p>


 Comme on fait son lit....

Bebe

Je me souviens, glauque triton de l'océan primordial, de la tiédeur de mon premier lit, ce liquide amniotique où tout baigne. Je m'y sens bien en sécurité. Je vis en apesanteur, les genoux repliés sous le menton. Je vais et je viens, me tourne et me retourne, nage et bougeotte. Je suis aveugle et presque sourd. Ici, les agressions venues du monde extérieur ne m'atteignent pas. L'indicible ailleurs, dont j'ignore tout, se résume à une vague rumeur. Bientôt pourtant, il me faudra sortir de cette quiétude et pousser mon premier cri. Mais cela, je ne l'ai pas encore compris.

 Je me souviens de ce landau. C'est un vieux coucou récupéré de la génération précédente. Maman le pousse parmi les allées du Champ de Mars. Il avance comme à regret, geint à fendre l'âme. Normal :  au lendemain de la guerre, il n' y a rien dans les magasins, on fait avec ce qu'on trouve. Avril à Paris : Les marronniers commencent à débourrer : leurs petites feuilles toutes molles se déplient. Une giboulée : vite, on ferme la capote. C'est déjà passé. Le soleil envahit à nouveau le landau. Les moineaux piaillent. Bébé tend ses menottes, gazouille, sourit à la vie.
C'est bientôt l'heure de la tétée.

 Je me souviens du lit de mes quinze ans. De son sommier qui grince. D'un matelas qu'on eût dit bourré de noyaux de pêche. Du mobilier en pin des Landes qui garnit ma chambre mansardée. Ici, c'est chez Grand'mère. Tout fleure bon la résine et l'encaustique. Sur les étagères s'empilent des livres aux reliures vertes et roses. Le vert -Jules Verne- c'est pour les garçons. Le Rose – Comtesse de Ségur – c'est pour les filles. Entre les deux pilesd bouquins, s'étale , une collection complète de « l'Epatant » : la lecture favorite de mon oncle dans les années trente. Je m'y précipite. Les Pieds Nickelés : Ribouldingue et Filochard, c'est croquignol, ils ont toujours de nouvelles combines....

 Je me souviens du balancement de ce hamac à la courbe voluptueuse. Il est tendu entre deux stipes de palmiers, oscille au gré du vent. Ici, les alizés soufflent capricieusement. Je dors comme on dort à vingt ans sous le ciel étoilé des Tropiques. Avec la Croix du Sud pour unique repère. Je me laisse bercer par le bruit des vagues, vogue sans fin sur l'immensité de l'Océan Indien. Sans souci du lendemain. Pourquoi s'en faire ? Demain est un autre jour, suivi d'une autre nuit.
Demain, peut-être dormirons-nous à deux dans le hamac....   

 Je me souviens de mon premier clic-clac d'étudiant. La galère ! Toujours coincé quelque part (le lit) ! J'ai un mal de chien à le plier et le déplier.... Ce mécanisme fait un bruit fou, sans compter qu'on a vite fait de se pincer le doigt qu'on met toujours où il ne faut pas... aïe, ouille !
Le charme aussi du premier « chez soi ». Des frusques jetées négligemment sur le plancher au milieu des polycopiés. Pas  toujours masculines. Bientôt d'affriolants dessous vont se mêler à mes « Petits Bateaux », navigateurs au long cours, archi-usés à force de bourlinguer seuls. A la Cité U, personne n'y trouve à redire.

 Je me souviens du siège que j'occupais en salle de Direction, de ce fauteuil rembourré propre à la somnolence post-prandiale. En cette salle à porte éternellement close, à l'ambiance feutrée, nul n'entre et surtout rien n'en sort. Je me souviens d'une collection de crânes déplumés, d'un feu d'artifice impressionnant de termes incontournables (« productivité »... « rendement »... « performance »...) et de propos sentencieux, au point qu'on les croirait gravés dans le marbre.... Question : s'ils sont si définitifs, pourquoi les collègues se croient-ils obligés de les seriner la fois suivante ? Mais cette fois, il n'y aura pas de fois suivante. Je n'assisterai pas au prochain au comité de Direction, car demain sonne pour moi l'heure de la retraite.

 Je me souviens de mon dernier lit... non, je ne m'en souviens plus, à présent, c'est aux autres de se souvenir de moi. J'y dors de mon dernier sommeil. Pas plus que de la salle de Direction, rien ne filtre. Le couvercle s'est impitoyablement refermé sur moi. Le système de verrouillage est encore plus démoniaque que le mécanisme de mon clic clac d'étudiant : impossible de l'ouvrir tout seul. Je suis plongé dans le noir, avec au-dessus de ma tête un ciel tropical dépourvu d'étoiles. J'erre sur l'immensité océane. Il y flotte une odeur de sapin, que je rapproche de celle (balsamique) du pin des Landes de mon enfance. La forme oblongue du cercueil renvoie à l'ove du landau. Ses parois capitonnées étouffent les bruits venus de l'extérieur. Tout comme l'utérus maternel. Seule différence : au lieu d'être en position fœtale, le corps est confortablement allongé.  Cela vaut mieux comme ça, sachant qu'on est là pour longtemps.

 Comme on fait son lit, on se couche.

 

 

PostHeaderIcon Des rires fugaces... par Béatrice Laudicina

Des rires fugaces dans le vent

Des cris d’enfants

Une mouette qui prend son essor

Un sourire – un silence

Un adieu qui n’a pas le temps de s’ébaucher

Un souffle d’air sur mon bras

Et l’éclat limpide

De ton absence dorée

Béatrice

PostHeaderIcon Inventaires de nouvelles éphémères, par Denise

Inventaires de nouvelles éphémères

Par Denise

Un rocher

Solitaire mais tranquille,

Accueille les audacieux au fil de l’eau,

Il se sent petit mais indispensable.

Un bouquet de verdure

Entoure les solitaires

Et fait du bien à tous ceux

Qui se promènent en son sein.

Un oiseau à la volette

Se pose sur le bastingage

Et voici l’inventaire

De nouvelles éphémères

Un petit pois, une jolie carotte

N’as-tu rien oublié ?

Une plume, de la soie

Est-ce bien pour le roi ?

Une feuille de papier, un stylo

Et voici toute l’armada

Pour une rentrée inoubliable

En avant, petite fleur adorable.

Oh femme flegmatique et son emblème

Que ne dirai-je de toi

Qui ne soit le symbole de moi ?

PostHeaderIcon Son sac... par Carole Menahem-Lilin

Un livre de poche, avec des commentaires écrits sur les marges, et un brouillon de lettre de rupture au verso de la couverture
Deux stylos (dont un qui, après avoir écrit la lettre de rupture, a fui)
Une paire de chaussettes (et une orpheline)
Quatre enveloppes pré-timbrées pour l’Afrique, pliées en cinq
Six photos (dans un porte-photo ébréché)
Un trousseau de sept clés (trois ouvrant sur le vide)

Une photo à demi déchirée, puis lissée en hâte et glissée dans le livre de poche (un visage qu’elle veut oublier ?)
Deux étuis à lunettes avec des verres rayés - peut-être pour les soirs où elle préfère voir flou
Trois carnets de notes tout hérissés de papiers
Quatre bouchons de bouteille d’eau rescapés, et une unique bouteille (pleine)

Un pull, une écharpe
Pas de parapluie, mais un k-way entortillé, fleurant le feu de bois – celui de l’homme au visage déchiré ; elle ne le lui avait jamais rendu, le met encore parfois
Un livre ancien, protégé par une couverture de cellophane (c’est lui qui l’avait chiné sur les quais)
Un dictionnaire français/arabe de poche, très souvent consulté
Un téléphone, qui ne sonne pas, ou sonne trop
Un appareil photo numérique, pour lui servir de regard les jours où elle en a trop plein la tête…

Du pain sec pour les canards
Du pain frais pour les fringales
Du pain de vide pour l’oubli

Et tout un fatras, et le poids des jours…

Son sac est trop lourd, il entretient sa scoliose. Lila s’énerve souvent, au moment où elle le soulève pour le balancer sur son épaule – « Qu’est-ce que j’ai besoin de tout ça ! » - et elle se promet d’y remédier ; mais plus tard ; mais un autre jour ; et l’autre fois ne vient pas.

Parce que, de tout ce qui se trouve dans son sac, en fait, elle a besoin ; ou pourrait avoir besoin ; ou devrait avoir besoin, dans une vie idéale où elle serait une fille idéale. Car dans sa vie telle qu’elle va, elle doit reconnaître que « poétique » rime trop souvent avec « bordélique » - quand ce n’est pas « borderline ». Franchir, ne pas franchir la ligne derrière laquelle on se sent en maîtrise, et du coup en sécurité… Franchir trop souvent, c’est courir vers la complexité, la remise en question continue et l’épuisement ; ne jamais franchir, c’est se priver de rencontre, endormir sa curiosité, et condamner tous ses « moi » potentiels, qui sommeillent dans le ronronnement des jours, à l’endormissement perpétuel.

Ses carnes de notes sont le symptôme de ce dilemme : de grand format, choisis avec soin, reliés et propres, ils ne tardent pas à être submergés de cartes de visite, papiers de tous formats, prospectus et poèmes gribouillés sur un coin de nappe en papier… Le tube de colle est là pour les fixer à l’intérieur de l’élégant carnet ; mais, comment trier ? Que garder, que jeter ? Et quand prendre le temps ? Difficile, quand on est en voyage, de déterminer les haltes… il y a toujours quelque chose à voir plus loin… une lueur, un regard, un hasard qui n’attendront pas…

Car, malgré son travail stable, ses jeans classiques et ses ongles soignés, Lila est en voyage à l’intérieur de sa vie ; un voyage désorganisé. Certains de ses amis lui envient sa curiosité, son calme devant les situations les plus inattendues, aléatoires, dangereuses ; et s’étonnent de découvrir une autre Lila, aux yeux brillants et à la voix déterminée, vibrante, comme plus vivante. D’autres, d’abord attirés, se lassent : elle n’est jamais telle qu’ils s’attendent à la voir, se plaignent-ils.

Ni aux uns ni aux autres, Lila n’avoue cette anxiété de ne pas être à la hauteur du quotidien. Elle n’est vraiment chez elle que dans le mouvement ; vraiment détendue que dans l’action, quand l’urgence détermine les choix ; quand il n’y a plus autre chose à faire que se fier au pilote qui s’éveille au fond de soi, et qui prend les commandes. Ce pilote là, chez Lila, sait très bien ce qu’il lui faut. Lila est heureuse quand elle le laisse surgir. Il fait briller ses yeux.

   

Oui, mais… mais on ne l’a pas éduquée pour ça ; on l’a éduquée pour prendre soin des autres, et à la rigueur d’elle-même. Avoir des vêtements bien coupés, et des liaisons qui ne le sont pas moins. Savoir exactement ce qu’elle fait dans tel lien, avec telle personne, et dans tel situation.
Avec l’homme au visage déchiré, savoir quoi attendre et quoi faire était impossible. Lui-même était en attente : visa, pas visa ? Autorisation de séjour ou pas ? Franchir, ne pas franchir la ligne de démarcation ?
Il attendait qu’elle au moins se détermine. Mais Lila a horreur des engagements, elle a horreur qu’on les lui impose : elle a rompu.

Le sac de Lila est trop lourd, surtout à porter d’un seul côté ; il entretient sa scoliose. Ses souvenirs sont trop lourds, surtout à porter avec un seul côté de sa personnalité, le « droit bien faire », le « doit filer droit ».
Avec l’homme déchiré, elle ne savait jamais où elle en était, mais elle se révélait. Suivre sa trajectoire aléatoire aurait été moins le suivre que se suivre elle-même, aller enfin vers quoi son instinct aventureux la guide. Au fond, elle regrette moins cet homme qu’elle se regrette elle-même, avec lui. Et ça, lui chuchote son guide intérieur, ça vaut considération…

Pour ses 27 ans, Lila a envoyé, une à une, ses quatre enveloppes pré-timbrées (alourdies d’une lettre de réconciliation) aux différents lieux où l’homme déchiré peut se trouver. Elle a fait, pour son passeport, une demande de visa. Elle a aussi jeté ses jolis sacs à mains et ses sacs bandoulière trop petits. Elle s’est acheté un très beau sac à dos, un sac de baroudeuse ; assez grand pour son fatras bien-aimé ; assez accueillant pour toutes ses vies à naître.

Carole Menahem-Lilin, septembre 2009