Fidèle LOYAL, par Laurence Bourdon
Fidèle, tel était le prénom dont ses parents, castristes invétérés, l’avaient affublé. Il le détestait, tant ce prénom entrait en résonnance avec son nom de famille : LOYAL. Tout à leur dévotion politique ses père et mère en avaient oublié la redondance avec son patronyme : Fidèle Loyal ! Un nom à vous faire entrer dans un cirque … ou dans les ordres. N’ayant la fibre ni pour l’un ni pour l’autre, il suivit son petit bonhomme de chemin, se trouva tout d’abord une bonne épouse, ne la choisit ni trop belle ni trop laide, ni trop intelligente ni trop bête pour ne pas faire d’envieux… et pour avoir la paix.
Mais il n’était pas, lui-même, un parangon de vertu et se trouva rapidement quelques jolies maîtresses qui eurent le bon goût de l’entretenir. Il devint donc gigolo. Fidèle Loyal n’était ni l’un ni l’autre tout en étant objectivement les deux à la fois.
Un jour, un mari trompé ayant découvert le pot aux roses s’en vint le trouver pour lui demander réparation
-« Ne jouez pas les hypocrites, ne faites pas le pharisien, mon honneur est en jeu ! Battons nous à la loyale ! Vous avez dévergondé mon épouse, sale libidineux lubrique…
-Je comprends certes que vous souhaitiez voir votre honneur lavé, mais cela ne se fait plus dans le sang depuis des siècles. Puis-je vous rappeler que nous sommes en 2009, que nous règlerons donc ce litige devant les tribunaux. Savez-vous au moins que le divorce pour faute a été aboli ?
-Sacrebleu ! J’irai vérifier ! Quand même, ne voulez vous pas que nous nous rendions eu pré à l’aube avec, chacun, un 9mm ? » implora Constant Rosier.
-« Il n’en est pas question, je tiens bien trop à la vie pour la risquer ainsi » répondit du tac au tac l’impétrant.
Bien que vivant, Fidèle Loyal fut refroidi par l’évènement. Fort heureusement, Constant Rosier avait des principes auxquels il ne dérogerait pas, mais un époux sanguin ne se serait peut-être pas encombré de telles considérations. Cette idée l’inquiétait car, voyez-vous Fidèle Loyal était couard.
Il retourna donc exclusivement dans les bras et les draps de Mme Loyal, qui, elle, l’avait toujours été. Le soir, elle avait le plaisir de le voir la rejoindre à table, et, bien qu’il fût oisif grâce à sa prospérité antérieure, il était d’un commerce agréable, et pouvait se montrer intarissable si le sujet l’inspirait. Assommée par ses flots de paroles, Chimène lui glissa en riant
« -Mon Dieu, que tu es bavard ! Qui plus est, tu pourrais vendre du sable à un Touareg »
Fidèle eut une illumination, un déclic qui pouvait changer sa vie s’il voulait s’en donner la peine.
« -Mais oui, c’est ça : bavard. Je vais devenir bavard, jaspineur, bref, avocat ! »
Embrasser la carrière lui plaisait et il imaginait déjà la plaque dorée, vissée sur la porte « FIDELE LOYAL, AVOCAT A LA COUR
Il avait largement de quoi vivre, le temps que dureraient ses études et Chimène voyait d’un œil ravi ce revirement qui lui permettrait peut-être de le reconquérir. Elle se voyait lui préparant des petits plats pendant que, studieux, il éplucherait ses Dalloz. C’est ainsi que se passèrent huit années d’études de Fidèle qui l’était redevenu et qui avec le temps avait les yeux de Chimène pour celle qui portait le même nom. Les choses revenaient dans l’ordre.
Arriva le jour où il put enfin prêter serment, apposer sa plaque sur la porte et arborer sa robe à hermine. Se mirant dans la glace il comprit pourquoi les gardiens de prison utilisaient le sobriquet de corbeaux noirs pour qualifier les hommes de l’art oratoire. Son nom lui servit de publicité et il bénit enfin ses parents de l’avoir appelé ainsi.
Il monta rapidement en grade, commençant par des histoires d’adultère pour être appelé ensuite par la pègre marseillaise. En effet, Fidèle Loyal était bon avocat ; disert, il pouvait se lancer dans de très longues plaidoiries qui pouvaient vous tirer les larmes aux yeux sur l’enfance d’un meurtrier multirécidiviste. L’avocat avait véritablement trouvé sa voie. Comme tout bon professionnel, il était appelé à ignorer les intérêts des tiers lorsqu’il poursuivait avec zèle, dans le respect des lois, les intérêts et les objectifs de ses client. Il excellait en la matière et, s’il n’était pas souvent loyal vis-à-vis des tiers, il l’était toujours vis-à-vis de ses clients : compromis sans compromission qui lui paraissait satisfaisant.
Ses confrères disaient de lui « Fidèle Loyal, il est royal ». La formule était flatteuse bien qu’elle évoquât peu ou prou une publicité pour une pâtée canine, ou un couscous
Quant à Chimène Loyal, elle nageait dans le bonheur… et dans la layette puisqu’elle attendait un heureux évènement…. Ils cherchaient un prénom pour le petit Loyal à venir : Abdallah Loyal sonnait bien mais était un peu trop marqué ethniquement, ils lui préféraient Clément… Mais ils avaient encore le temps d’y réfléchir….
Laurence Bourdon
L'histoire d'Albert Boufomori, par Jacqueline Chauvet
Prologue :
Nous étions à court d’idées. Nous cherchions une amorce. Quelqu’un sauta sur le mot. Amorce. Amor. Amore. Venise. Gondole noire. A mort. Croque mort. Bouffe la mort. Cercueil. Amorces de pêcheur. Un pêcheur rondouillard. Donc un partenaire tout en longueur. Don Quichotte et Sancho Pança……..
Est-ce que tout y est ?
L’histoire d’Albert Boufomori
Albert Boufomori a de l’eau jusqu’à mi-cuisse. Il est bien. Il aime sentir le courant passer derrière ses genoux, là où affleurent les vaisseaux sanguins, et rafraîchir sa circulation. Les reflets moirés des filets d’eau contre la rive captivent son regard et lavent toutes ses pensées. Il est presque en état d’hypnose. La paix entre dans son âme. C’est cela qu’il recherche près de la rivière et que lui apporte la pêche. Les poissons ne l’intéressent pas vraiment
En ce moment il songe à sa retraite. Il va avoir soixante ans et déjà l’administration prépare son remplacement. Albert Boufomori est employé des Pompes Funèbres. Ce n’est pas un métier qu’on choisit par vocation, mais ses connaissances tant sur le plan commercial que technique, son sens subtil des contacts humains et son aptitude à réagir avec efficacité et bon sens dans toute situation, font de lui l’homme idéal pour cet emploi.
Certes, à ses débuts, il avait dû subir les plaisanteries douteuses les plus éculées de ses anciens camarades du lycée. ‘Croque-mort’ disaient-ils en se moquant, puis ce fut ‘Bouffe la mort’, italianisé en ‘Boufomori’. Ce surnom lui est resté. Comme il n’aime pas les affrontements, il a laissé faire. En réalité Albert Boufomori s’appelle Albert Bufosi, prononcé ‘Boufosi’. Peu de gens le savent et le découvrent avec étonnement sur les papiers officiels.
Plus tard, un commis se croyant malin avait cru bon de lui demander, sachant qu’il était amateur de pêche : ‘Pourquoi allez vous acheter des esches chez le marchand d’appâts puisque vous avez à votre portée tous les vers que vous voulez ?’. Bien entendu, il mit le commis à la porte et personne ne songea plus à le moquer. Il faut dire qu’il avait acquis de l’autorité, ayant avancé en grade, devenu responsable municipal.
C’est donc un notable. Mais pas un notable comme les autres qui aiment se réunir, faire des banquets, plaisanter sur les potins de la ville. Il se sent exclu de cette sorte de club, comme si, en sa présence, chacun se rappelait les circonstances où il l’avait vu officier et que cela fasse remonter l’acidité de souvenirs désagréables.
Il ne s’est jamais marié. Entre vingt-cinq et trente-cinq ans il était pourtant joli garçon. Il devait à ses ascendances italiennes une belle chevelure sombre qu’il a encore aujourd’hui et dont on voit quelques boucles dépassant de son chapeau de toile. Le regard à la fois doux et vif de ses yeux noirs ourlés de cils recourbés lui valait la sympathie immédiate de ses interlocuteurs. Mais les jeunes filles auxquelles il commençait à s’attacher n’arrivaient pas à surmonter la mauvaise réputation de son métier et finissaient par refuser. Il s’est donc construit une vie de garçon, à son image, nette, précise, sans ornements superflus mais avec un goût très sûr. Il a eu des occasions de combler son vide sentimental avec quelques aventures au cours de voyages où il pouvait se dire tout simplement ’entrepreneur’.
Maintenant, il a toujours un teint frais, un corps replet sans exagération et, ainsi planté dans le courant de cette rivière étroite, il pourrait être le tronc d’un saule enraciné dans la terre fraîche.
Pour lui, son rôle dans la société se compare à celui de la sage-femme. Elle s’occupe du premier maillon d’une existence et lui du dernier. Dans les deux cas, ils accompagnent un bouleversement du cercle de famille. A la naissance, ce cercle est enthousiaste et joyeux, chacun se pousse pour accueillir le nouvel arrivant. A l’autre extrémité, ce cercle brisé se resserre pour se donner du courage, créatures vêtues de sombre, comme une bande d’oiseaux noirs en péril.
Tous les enterrements ne se ressemblent pas. Pour un esprit observateur comme le sien, et avec le recul que sa fonction l’oblige à maintenir, délicat équilibre entre l’indifférence et l’empathie, c’est un terrain idéal de réflexion.
S’il s’agit d’un personne très âgée, l’assistance est peu nombreuse, les attitudes résignées. On devine que sous les voiles noirs affluent les souvenirs, les bilans, les regrets, l’inquiétude de savoir qui sera le suivant et aussi sans doute quelques spéculations.
Pour un notable, il y a plus de monde. Toute la ville veut assister et se faire voir, certains pensent à la place qui se libère. Il y a beaucoup de fleurs et de couronnes barrées de rubans où il est question de regrets et d’éternité. Mais ils sont à peine fanés que les auteurs ont déjà grandement raccourci l’éternité.
C’est dans le cas d’un jeune qu’il y a le plus d’émotion et qu’Albert Boufamori doit se faire violence pour garder le recul nécessaire.
Quelle que soit la religion en cause il s’est toujours arrangé pour respecter les rites, s’étant méticuleusement renseigné sur les traditions sans parti pris. Il a vu la progression des cérémonies ‘civiles’ ou ‘laïques’ en observant que ceux qui restent recréent un nouveau rite, comme si, en groupe au bord du trou, ils étaient confrontés à la question ‘Et après ?’.
Chacun de ces cas est pour lui comme une nouvelle pièce à mettre en scène. Il ne peut en éviter l’aspect commercial mais il règle avec tact ce qui concerne le choix du cercueil, l’organisation des transports. Il tient compte de la saison, des horaires pour ceux qui viennent de loin. Il a assez d’ascendant sur les autres personnels et associés pour obtenir qu’ils aient une tenue simple et nette sans être trop funèbre. Il veille à ce que les jardiniers dégagent à temps les allées, rafraîchissent les concessions abandonnées afin que rien de triste ne vienne s’ajouter au chagrin de ses clients. Il ordonne lui-même la disposition des fleurs de façon à ce qu’elles durent le plus possible et réconfortent encore quelques jours les proches revenus se recueillir.
La situation la plus singulière qu’il ait rencontrée est celle d’un de ses derniers clients. Un homme de haute taille, sec, le port de tête d’un militaire. Il était tout en angles, bras et jambes fonctionnant de manière saccadée. Ses yeux rapprochés au dessus d’un nez fort et busqué lui donnaient un air sévère. C’était vraiment un ancien militaire ayant fait presque toute sa carrière en terres lointaines, revenu au pays depuis une vingtaine d’années pour vivre ce qu’il pensait être une existence solitaire, ce qui n’était pas pour lui déplaire. Quand il lui raconta ce qui avait bouleversé ce projet, Albert Boufomori eut la surprise de voir ce visage, dur comme un masque de bois, envahi par une émotion qui le submergeait.
De lointains parents avec qui il n’avait plus de relations depuis longtemps avaient brusquement décédé.. Ils élevaient une jeune enfant sans famille à qui ils servaient de grands parents. Cette enfant était malade, d’une de ces maladies à évolution lente mais sans espoir et la seule chose qu’on pouvait faire pour elle était de l’entourer de soins et d’affection durant le temps de sa courte survie.
Quand il l’avait appris, il en avait été fort peiné mais pensé que cela ne le concernait pas. Puis il fut amené à la rencontrer, et alors son esprit bascula d’une manière qui l’étonna lui-même dans une compassion extraordinaire qui le transforma instantanément.
Elle était frêle et pâle, mais la transparence de son teint lui donnait l’air d’une créature céleste. Ses traits étaient fins, ses yeux d’un bleu très doux semblaient immenses dans un visage encore enfantin, et ses lèvres souriaient en permanence. Elle avait seize ans et en paraissait douze. Il n’hésita pas à l’installer chez lui dans cette petite ville calme.
Pendant quatre ans il lui consacra toutes ses ressources, tout son temps, tout l’amour paternel dont il ne se serait jamais cru capable. Il croyait, contre toute évidence, qu’il amènerait jusqu’à l’éclosion cette plante fragile. Il lui racontait sa vie future. ‘’ Tu deviendras forte, tu parcourras le monde, tu enrichiras ton esprit de toutes les merveilles de la terre. Un jour, tu rencontreras le Prince charmant. Il t’emmènera en voyage de noces à Venise. Tu seras dans une gondole en bois vernis noir, tapissée de soie rose et le gondolier chantera pour vous ‘Amore, amore…’ en vous faisant glisser sur le Grand Canal entre deux haies de palais extraordinaires……..’’
Mais voilà. Elle a rendu son dernier souffle, elle a donné son dernier sourire au soir de ses vingt ans. Le vieil homme s’est révolté contre une telle injustice, il a cru ne pas y survivre, il a pleuré toute une nuit.
Au matin, il est venu trouver Albert Boufomori pour lui exposer une étrange requête. Il voulait qu’elle soit enterrée dans un cercueil en forme de gondole tapissée de soie rose.
Pour une fois, Albert Boufomori ne put retenir son émotion. Il entra de plain pied dans le chagrin de cet homme abattu et comprit tout à fait sa demande. Il tournait le problème en tous sens, cela ne lui paraissait pas légal. Le faire quand même ? Où trouver un ébéniste discret et sûr? Comment court-circuiter l’administration ?
Puis, une idée. La crémation. Il n’en était pas tellement partisan, peut-être parce que cette pratique chamboulait son métier et qu’il n’avait pas envie de se reconvertir. Mais là, ce serait utile.
Ainsi fut fait. Il s’adressa à un ébéniste, obligé de gagner sa vie en fabriquant des cercueils en série, qui fut tout content de faire une maquette de gondole en modèle réduit. On y déposa l’urne contenant les cendres de la jeune fille et on la remit au vieil homme.
Celui-ci revint souvent voir Albert Boufomori. Ils lièrent une sorte d’amitié, ils faisaient ensemble quelques promenades. Les passants les surnommaient ‘Don Quichotte et Sancho Pança’’. L’ancien militaire racontait les épisodes exotiques de sa vie, ils philosophaient en hommes d’expérience, la révolte et le chagrin semblaient s’atténuer.
Mais un jour, le vieil homme annonça son départ. ‘’Où voulez vous donc aller, à votre âge ? A Venise. Je lui ai toujours dit qu’elle irait à Venise, je l’y emmène.’’
Et Albert Boufomori n’entendit plus parler de lui. Il ne sut pas qu’on trouva un matin sur le Rialto un homme inconnu, mort dans la nuit, tenant serrée contre lui une gondole miniature contenant une urne vide et quelques traces de cendres sur le parapet. Comme rien ne permettait de l’identifier, il fut inhumé dans la section des inconnus du Campo Santo, sans inscription. L’employé qui s’en chargea fit cadeau de la jolie gondole à son petit garçon.
Quelques semaines se sont écoulées depuis son départ. Albert Boufomori ne cesse de penser à cette étrange histoire de gondole. Aujourd’hui il y songe encore en pêchant et oublie de surveiller son bouchon. Justement, le voilà qui plonge. Une prise, et une belle. Mais il n’a plus le cœur à ça. Il réalise que la canne à pêche est aussi un instrument de mort. Il décroche le poisson et le remet à l’eau.
Il replie son matériel, rentre chez lui lentement, perdu dans sa méditation. ‘’Que vais-je faire pour occuper ma retraite ? Aller ailleurs ? Je suis bien ici. Alors mettre par écrit toutes mes observations sur la condition humaine et faire partager la sagesse qu’elles m’ont apportée ?’’
C’est ça. C’est décidé. Albert Bufosi va en ville. Monsieur l’Ordonnateur des pompes funèbres entre dans un magasin acheter un ….computer.
Marie Madeleine, par Salamandre 34 (Anne-Marie)
En ouvrant les volets de sa
chambre, elle frissonna ; le printemps
était très long à arriver cette année Elle aérerait la pièce plus tard dans
Elle s’engagea dans sa petite rue
; trois cents mètres à parcourir avant de rejoindre l’avenue principale, plus éclairée. De son enfance, de
son éducation lui était restée l’habitude de marcher les yeux baissés ; à son âge, cela lui permettait d’éviter les pavés disjoints de la vieille ville.
Aujourd’hui vendredi, c’était jour
de marché, Elle achèterait du poisson ; toute sa vie, elle avait mangé du
poisson le vendredi. Les premiers
marchands installaient déjà leur banc, riaient, s’interpellaient, mettaient de
la vie en cette fin de nuit. Tout le
monde la connaissait mais, tout en restant aimable, elle n’était familière avec
personne. Dans sa famille, il aurait de
mauvais ton de frayer avec tout un chacun.
La diversité des produits lui
donnerait des idées pour le repas de dimanche, sa cousine venant déjeuner. Sa seule parente
maintenant habitait à quelques kilomètres ; des voisins complaisants la
déposaient de temps à autre en voiture. C’était une joie pour elle de l’accueillir ; toutes deux passeraient une
bonne journée. Si le temps était beau, elles feraient une promenade, reviendraient peut être par le cimetière.
Mais Félicie ne détestait pas terminer
le repas par un petit verre. Si cela était, elles ne bougeraient guère. L’alcool les rendait à la fois gaies et mélancoliques ; les
souvenirs de jeunesse remontaient. Ni l’une ni l’autre n’avaient eu de chance
en amour. Félicie avait perdu son « promis » à la guerre et elle, quelle
aventure, était tombée amoureuse d’un garçon magnifique, possédant toutes les
qualités ; au moment où elle attendait qu’il fit sa demande, il lui avait annoncé qu’il
préférait
Au bout de l’esplanade se dressait
L’église n’était pas très éclairée
; seules, les flammes des cierges
tremblotaient aux pieds des statues de la Vierge, de saints en remerciements,
en intentions ou en prières implorantes. Quelques personnes parsemaient les
rangs dans l’attente du prêtre. Comme
tous les jours, il dirait une messe
basse, sans cantique, animée simplement, après la lecture de l’Evangile, de quelques paroles apaisantes
pour les brebis venues rechercher la bénédiction du saint homme. Messe basse,
sans les ors de l’église, sans les rayons du soleil à travers les vitraux.
Elle s’avança vers une travée de chaises et de prie-Dieu. Depuis des générations, c’était la rangée de
la famille ; nul n’aurait songé à se
mettre ailleurs dans l’église. La famille était dispersée aujourd’hui ; les
prie-Dieu avaient fait l’affaire des antiquaires. Les trois restant encore
avaient une plaque de cuivre au nom des anciens Elle venait de temps à autre
les astiquer. De sa grand mère, elle
avait hérité le prie dieu et le nom Marie Madeleine Chaplein.
Mars 2009
Marie, Olivier (draikhin)
Elle ouvre toujours sa gueule, Marie. La main sur la hanche, avec son air effronté, faut la voir, Marie, une vraie Carmencita. C'est pas qu'elle est d'une beauté fatale, mais Marie, elle a un charme irrésistible. Les hommes, elle ne les garde jamais. Pourtant, sitôt qu'y en a un qui vient rouler des mécaniques, Marie elle l'entraîne fissa dans ses filets. Et sitôt attrapé, v'là qu'elle en veut plus, la Marie.
Dans le quartier, tout le monde l'appelle « la Marie ». Pour une « Marie-couche-toi-là », qu'ils la prennent. Mais c'est plus souvent qu'elle se dérobe au dernier moment, rendant ses conquérants furieux. C'est qu'ils aiment pas renverser la vapeur, et puis c'est pas très glorieux pour parader.
Elle se laisse pas faire Marie, répond avec audace et provocation. C'est une anguille, électrique et insaisissable.
Quand elle était petite fille, sa mère Judith, est morte d'un accident brutal. Arrachement, rupture sans nom qui a laissé derrière lui, un homme malheureux et sa petite fille adorée. Il la chérie depuis, d'un amour sans limite, sans mensonge.
Malgré tout, je sais qu'elle souffre Marie.
Marie un jour, elle m'avait raconté, comment un jeune-homme lui avait déclaré sa flamme. Il avait dû écrire, gommer, réécrire et puis gommer encore, et enfin croire tenir entre ses mains, les mots pour décrocher son coeur :
- « Je me suis épris de toi », qu'il avait commencé.
- « Tu m'as pris quoi ? », lui répondit Marie.
- Euh... rien. Je voudrais plutôt te donner...
- Ah... et quoi donc ?
- Et bien je ne sais pas... mon amour.
- Ah mais c'est que je n'en veux pas !
Marie, c'est moi qu'elle vient voir pour parler et pleurer. Quand son coeur est trop lourd, s'ajoute au sang un flot de larmes qu'elle épanche sur mon vieux mouchoir. C'est Judith qui me l'avait brodé avec mon prénom... « Joseph ». Le vieux mouchoir de son vieux père.
Olivier (draikhin)
Mensonge d'écume le matelot, par Danièle Chauvin
M |
ensonge d’écume le matelot, né sur le port, a embarqué jeune sur La Vagabonde. Loin de chez lui durant de longues périodes, il enchante les enfants et leurs parents quand La Vagabonde le leur ramène. Il leur raconte des histoires toutes plus merveilleuses les unes que les autres. Il est toujours très attendu car on sait que chaque voyage enrichit son répertoire.
Quand il se lance dans ses récits, son public traverse avec lui l’Océan, affronte les terribles tempêtes, s’éponge le front ruisselant de sueur sur les eaux tropicales, écope énergiquement le pont sous les rafales des averses d’hiver. Il rencontre des personnages extraordinaires dans des contrées étonnantes, où le soleil n’a pas la même couleur, où les forêts sont si denses qu’il y fait nuit, où la chaleur accable à tel point que les gens ne portent pas de vêtements et dansent pour faire venir la pluie.
Il parle aussi de pays où le froid règne toute l’année même si le soleil ne s’y éteint pas pendant six mois, où les pêcheurs brisent la glace pour lancer leur hameçon, où des montagnes gelées dérivent sur la mer, où la plupart des animaux sont blancs.
On ne sait jamais où la fiction se détache de la réalité. On voyage avec lui tout autour du Monde et du rêve. Sa parole est abondante. Chaque aventure en entraîne une autre et toutes jaillissent s’élèvent, retombent et rebondissent
comme l’écume à la crête des vagues.