atelier d'écriture

Atliers d'écriture animés à Montpellier et au Crès par Carole Menahem-Lilin. Poésie, nouvelles, souvenirs, technique narrative. Propositions d'écriture et textes des participants. Ateliers théâtre et écriture par Silvia Claret et C. Menahem-Lilin. Atelier

07 janvier 2009

Pavane pour une amante défunte

Pavane pour une


amante défunte.


     «  Mon cher enfant [toussotements],

 « Dans les pénibles circonstances que tu traverses, alors qu'un deuil cruel t'a frappé [tu parles, Charles...], ta famille ici réunie, tes amis, tes proches laissent à ton vieux père [ au fait, pourquoi lui plutôt qu'un autre? Ton père n'est pas si vieux que ça...] le soin de témoigner de leur compassion [ disons plutôt qu'ils se débarrassent sur moi de cette corvée ]. Subséquemment [là, je m'exprime en langage croque-mort, excuse-moi, c'est le ton de circonstances! ] je te présente au nom de tous les tiens de sincères [ ô combien! ] condoléances.

 « Les mots pour le dire sont si forts qu'ils en deviennent faibles. Je dirai même plus: les mots sont impuissants, et même font défaut pour exprimer notre compassion, notre désarroi car il s'agit ici de la perte d'un être cher. Je veux donc aller au-delà des mots... [ si tant est qu'il y ait quelque chose au-delà des mots. Pas grand chose, en fait. En relisant ma copie, je vois que j'arrive avec peine à remplir l'équivalent d'une méchante page. Amplement suffisant pour une oraison funèbre.  ]

 « Ne sois pas chagrin, mon enfant! Cette cérémonie si tragiquement, si obséquieusement tienne, c'est dans la plus absolue précipitation que nous l'avons organisée [en fait, l'évènement n'avait rien d'inattendu, ni même d'imprévisible, mais on a l'habitude d'improviser dans la famille].

 « J'apporte mon petit bémol sur la question de l'enterrement civil. Que veux-tu? J'ai du mal à m'y faire. C'est un peu sec, fâcheusement réducteur: le public se sent frustré, n'en a pas pour son argent. Dans les grandes circonstances, l'Eglise se doit d'être présente! Qui néglige de l'inviter se trouve hors de ses pompes [funèbres, s'entend]. Mais tu voulais ainsi te conformer aux dernières volontés de la défunte [laquelle s'accommodait mal des curés, tu es bien placé pour le savoir, mon fils! ]

 « La pauvre petite! Dieu ait son âme! Qui ne ressentirait une profonde peine à voir disparaître prématurément quelqu'un d'aussi proche? [Je crains hélas que tu n'aies fait ce qu'il fallait pour pour aboutir à sa mort subite, tu m'as tout l'air d'avoir pris du bon côté ce qui t'arrive...]

 « Il te reste l'amère consolation de te dire que tu n'auras connu d'elle que le meilleur [ et donc, si je pousse ma logique: évité le pire! ]

  « Maintenant qu'elle n'est plus, nous imaginons sans peine... enfin... ta peine, nous savons quel remords sera le tien [et nous donc, comme nous allons la regretter!] Je me dois pourtant de te prévenir et te le dis sans fard: l'existence à laquelle tu te prépares ne sera qu'un long, interminable esclavage [surtout si l'on tient compte de l'inéluctable accroissement de l'espérance de vie.]

  « Je te vois fermer les yeux, car arrive l'instant tant redouté où le fossoyeur va jeter sur la tombe encore fraîche son ultime pelletée [une poignée de terre, et en voilà pour l'éternité, a dit Pascal...]

 « Relis plutôt l'Ecclésiaste, mon enfant. Vanité des vanités, tout est vanité! Il faut te faire à cette idée que tout ici-bas est périssable. Mais songe aussi qu'en cette vallée de misères il ne coule point de rivière sans retour, qu'il n'est pas plus de peine irréversible que de chagrin définitif. Ta chère disparue, il ne tient qu'à toi de la ressusciter, fût-ce en paroles ou par la pensée [évite cependant de passer à l'acte, au moins ouvertement, car de grands embarras pourraient en résulter pour toi...].

 « Tels sont les simples et touchants propos qu'un père éploré, plus éprouvé que toi par le deuil de l'Absente peut tenir à son enfant .

 « Rassure-toi, je ne serai pas plus bavard: il me faut pour de bon conclure. Je le ferai par ce seul mot: Adieu! On va te passer la corde au cou. Puisque tu es consentant, je m'en voudrais de te retenir; cela ne servirait à rien. D'ailleurs, c'est de ton âge et j'en suis moi-même passé par là.

 « A présent, je vous invite tous à rentrer vos mouchoirs et lever votre verre à l'enterrement de ta vie de garçon!

Posté par JCBOYRIE à 17:09 - nouvelle à plusieurs voix - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 décembre 2008

RENCONTRE, par Nicole

Elle avait réservé dans un joli hôtel de style victorien dont les colonnes entourant le perron vous invitaient à entrer. Une brise légère soulevait, indiscrète, le rideau en dentelle blanche d’une fenêtre du rez-de-chaussée.

Elle se tenait là, sur la première marche, la main à peine appuyée sur la colonne, attendant.

Attendant, ou indécise sur la direction à prendre ?

Sa légère robe blanche moulait un corps parfait, son chapeau de paille ombrageait son visage encadré de longs cheveux blonds.

J’aurai aimé avoir l’œil d’un peintre pour croquer cette scène à la manière de Hopper. Mais pour la « croquer », je n’ai que mon appareil photo et je ne dois pas oublier de ne pas tomber sous son charme : je suis en mission.

Elle avait dit à mon client qu’elle avait besoin de quelques jours d’isolement, mais lui, jaloux, en avait déduit qu’elle allait rejoindre quelqu’un. Mon boulot était de rapporter les preuves de cette escapade.

Je l’observe discrètement, assis à la terrasse du café en face de l’hôtel, caché derrière mon journal et mes lunettes de soleil (cliché du détective, mais qu’y puis-je ?). Je suis prêt malgré tout à me lever et à la suivre. Oui mais, si c’est en voiture qu’elle part ? C’est un risque, mais il y a toujours des taxis en maraude dans le quartier. Et puis c’est peu probable à mon avis, elle n’aurait pas choisi un hôtel en plein centre où tout est accessible en quelques minutes de marche.

Elle se décide enfin à descendre cette dernière marche. Je replie mon journal, finis la dernière goutte de ma tasse de café et m’apprête à me lever … quand je me rends compte qu’elle traverse la rue et vient juste s’asseoir à la table à côté de la mienne.

Dois-je lui adresser la parole comme un touriste un peu dragueur (j’en ai le look avec ma tenue décontractée et mon appareil photo) ou me faire le plus discret possible pour qu’elle ne me voit pas ?

Concentré sur ce dilemme, je ne remarque pas tout d’abord que c’est elle qui m’interpelle…

Il dort, il est sourd ou il m’ignore ? Dans tous les cas, il me vexe : ne pas remarquer une jolie femme alors que je me sens très en beauté ce matin et toute fraîche dans ma robe blanche.

Il fait l’indifférent maintenant, mais j’ai bien vu qu’il m’observait.

J’ai pris ces quelques jours pour m’isoler et réfléchir, mettre un peu de distance entre cet amant trop jaloux et moi.

Tiens, parlons-en de celui-là. Tel que je le connais, il doit penser que je suis avec quelqu’un. Il doit être vert de jalousie. Tans pis pour lui, il ne me mérite pas !

Revenons donc à ce charmant jeune homme. Je pourrai presque imaginer que c’est un détective privé envoyé à mes trousses (à y bien réfléchir, il est tout à fait capable de faire ce genre de choses !) pour me démasquer.

Mais il n’y a rien à démasquer ! Je suis lasse des soupçons, des inquisitions, du manque de confiance.

J’avais juste envie de me reposer, mais je crois que je vais m’amuser un peu, l’arroseur arrosé vous connaissez ? Et si, il n’est pas celui que je crois j’aurai passé un bon moment !

- Monsieur, prenez-moi donc en photo s’il vous plait, votre objectif n’attend que ça, puis offrez-moi un café et nous pourrons faire plus ample connaissance…

Posté par Menahem Lilin à 12:57 - nouvelle à plusieurs voix - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 novembre 2008

Léa, nouvelle à 4 voix, par Michelle Jolly

Cette nouvelle se déroule en 4 volets, à lire dans l'ordre suivant :
Mike; Cordoue ; Vincent ; Léa.
Pour vous donner un avant goût de la lecture, en voici le début :

Mike

C'était il ya trois ans, en Juin, j'en suis sûr, un an avant que j'arrête l'école; à cause des examens, on était déjà en vacances. Ma mère avait ouvert le magasin très tôt, et je suis descendu dans la réserve où elle mettait en ordre les pots et les gerbes apportés par mon père. Faut dire que mon père il est horticulteur, à la sortie de St Denis, de grands champs de fleurs; ma mère tient la boutique, porte Clignancourt, là où j'habite, je l'aide quand j'ai envie, ou quand elle crie après moi.
Ce matin là elle m'a dit: «  la femme du troisième, tu sais le balcon aux lampions, elle veut une anthémis, très fleurie, elle me l'a demandée hier soir en passant, monte-lui celle là. »
Les lampions, ça m'avait toujours intrigué, depuis plusieurs années, elle allumait toute cette guirlande, le soir, dans les plantes grimpantes de son balcon, quelle idée! Les voisins se moquaient, moi je trouvais ça joli, et ça ne faisait de mal à personne!
suite :
Mike

Bonne lecture!

Posté par Menahem Lilin à 11:52 - nouvelle à plusieurs voix - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1