Bienvenue au pays basque! par Béatrice M.
"Bonjour Mesdames et Messieurs, et bienvenue en terre basque, terre d’authenticité et de tradition !
Certes, le beau temps n’est pas de la partie, mais c’est bien grâce à cette humidité que vous pouvez admirer nos belles montagnes ; mais rassurez-vous, la météo prévoit le retour du beau temps à partir de demain."
C’est sympa : c’est justement demain le jour de notre retour en Méditerranée !
C’est peut-être moins authentique et tradi chez nous, mais au moins on y voit le soleil plus de 5 mn par jour…
L’homme qui se tient devant nous, une quarantaine d’années, grand et mince, visage mat buriné, gros souliers noirs plantés sur le sol n’a pas ouvert la bouche depuis plus de 5 mn que nous comprenons instantanément que nous avons devant nous un basque « pur jus » et pas peu fier de l’être (ce qui pourrait être d’ailleurs un pléonasme). N’était-ce son physique si typique, son accent râpeux l’aurait de toutes façons trahi devant n’importe quel auditoire, y compris un troupeau d’aveugles.
Nous apprendrons son nom plus tard : Vincente Larrocochea (plus basque que ça, tu meurs !).
Vincente, donc, nous accueille sur le parvis d’une « etxe » du XVIIème siècle : propriété rurale du pays basque dont nous n’allons pas tarder à découvrir l’intérieur, après en avoir fait le tour sous nos parkas en cette bruine de 1er mai.
Il utilisera le « nous » tout au long de la visite, s’appropriant les lieux antiques avec l’usage récurrent de la formule « car chez nous, les vieilles familles basques authentiques… on n’hérite pas d’une « etxe », on en devient le dépositaire avec obligation morale de le transmettre à l’aîné de la famille dans le même état de prospérité que celui dans lequel il nous a été légué ». « Chez nous, les vieilles familles de vrais basques d’origine, on ne placera jamais une personne âgée dans une maison de retraite : on hérite de la maison, avec ceux qui l’habitent… » « Chez nous, les purs basques, ce sont les femmes qui accompagnent et entourent les morts, c’est pourquoi vous ne verrez jamais – et même encore – une femme s’autoriser à monter sur les tribunes d’une église ; sa place est en bas, auprès des morts enterrés sous nos églises » Etc, etc…
Nous découvrons au fur et à mesure de la visite intérieure toute l’ingéniosité des architectes de l’époque, souvent architectes de marine, appliquant leurs principes de construction de bateaux à ceux des maisons ou des églises avec ce bois noir torsadé, y compris pour les meubles fort pratiques et, chose rare à l’époque, pour la création de couloirs. Ceux-ci, insiste notre guide, n’existaient pas dans les maisons des autres régions de France : les architectes basques s’étaient tout simplement inspiré des coursives d’un bateau. Là encore, ce peuple nous était supérieur, souligne notre ami Vincente, un tantinet provocateur.
Les commentaires de la visite guidée vantent ce peuple de grands aventuriers et navigateurs intrépides qui ramenèrent du Nouveau Monde quantité d’épices, dont le si fameux piment d’Espélette, récemment classé à juste titre en AOC et surtout le chocolat. Nous apprendrons même qu’une étude anglaise des plus sérieuses conclut que 80 % de la population européenne aurait des gènes basques.
Une heure plus tard, faisant provision à l’accueil de cidre et piments du pays avant le départ du site, son collègue – moins typé, mais tout aussi basque rural dans l’âme – renchérira : « savez-vous que 90 % des européens ont du sang basque, c’est une enquête très rigoureuse qui vient de nous l’apprendre ? » C’est là que je ne le loupe pas en lui disant que dans moins de 5 mn, on apprendra que 100 % des européens ont des gènes basques. « Ah, je vois que Madame veut reprendre le dessus ?! »
Tout au long de notre séjour, nous sentirons cette fierté régionaliste chez un peuple qui se veut à part depuis toujours et libre avant tout. Ce n’est pas pour rien qu’ils habitent, non pas dans le pays France, mais au « PAYS » basque, et pratiquent une langue incompréhensible pour le « pékin moyen ». Je vous apprendrai d’ailleurs que le basque est proche du japonais, d’après des études linguistiques poussées.
Heureusement, nos deux accolytes ont de l’humour, mais ils aiment bien avoir le dernier mot : leur machisme de bon aloi avait été perceptible très vite, particulièrement chez Vincente. Cet homme jeune, au demeurant fort sympathique, me paraît bien attaché au passé et je ne peux m’empêcher de me demander si un « authentique basque » comme il dit, qu’il soit français ou espagnol, pourrait envisager une seconde d’épouser une non basque d’au moins la troisième génération.
Avant de nous séparer, derniers visiteurs d’une journée pluvieuse, il nous donne des conseils avisés pour la conservation et l’utilisation de la grappe de piments secs. Puis il me lance : « Et l’homme, ce matin, il vous a offert le muguet ? » Avant même que j’ai fini de secouer la tête pour signifier non – ayant mis quelque temps à comprendre qu’il était question de mon mari – il m’en tend un brin soigneusement emballé pour la circonstance… et, décidément très gentleman (terrien !), en offre un autre à notre grande fille.
Le basque pur et dur, macho, fier et authentique, d’une approche délicate et difficile, est aussi un être très attachant que nous quittons à regret, en balbutiant quelques remerciements embarrassés avant de nous engouffrer au chaud dans la voiture.
André le jardinier, par Béatrice M.
ANDRE LE JARDINIER
Ainsi surnommé parce que cela rime et que, du plus loin que nous nous souvenons de lui, son image est associée à la campagne.
Nous le voyons avec son éternel chapeau, sa veste élimée réservée aux travaux des champs, son pantalon multipoches déniché au surplus américain, assis jambes écartées et tête en avant sur son beau tracteur ; enfin, sur sa « tondeuse autotractée » pour employer le mot exact !
Il fait avec, par portions et en plusieurs jours, le tour de sa propriété dans un ordre qui lui appartient, contournant les multiples arbres ou plantations qui compliquent sa tâche, montant et descendant le terrain accidenté, se délestant de l’herbe coupée dans la mare asséchée, de préférence aux heures les plus chaudes de l’été, pour ne pas rater les émissions télé de la fin de journée.
Son engin à moteur, rouge flamboyant, fut acheté après le décès de son épouse qui l’avait aidé sans rechigner pendant plus de 40 ans dans ce travail d’entretien des espaces verts, apparemment aussi ingrat qu’harassant. Marie-Paule débroussaillait, coupait, arrachait, égalisait, transportait dans la brouette, vidait derrière la haute haie et passait ainsi l’essentiel de son séjour estival afin que la famille de passage jouisse d’une propriété au mieux de son aspect. C’était une femme active qui nourrissait également toute sa nichée, triait régulièrement les multiples objets entassés dans les greniers qu’elle lui faisait découvrir ensuite avec fierté, et recevait les amis du coin qui n’étaient pas encore partis en vacances ; elle ne voyait certes pas le temps passer avec une telle activité !
André chevauchait donc désormais son cheval d’acier, remuant et bien bruyant sous le regard de ses enfants quelque peu inquiets devant l’âge avancé de ce brave homme. Il allait fêter ses 85 ans et avait arrêté de couper les empélopsys de la maison quelques 3 ans avant, s’étant enfin rangé à la raison du danger que pouvait représenter sa grimpée sur une si haute échelle.
C’est qu’il supportait mal cette perte d’autonomie, le papé jusque là si gâté. Et il n’était guère habitué à « obéir » à ses enfants, lui qui n’en avait toujours fait qu’à sa tête. Comme il l’avait usée, sa Marie-Paule pourtant si énergique et autoritaire ; il avait une capacité d’inertie extraordinaire quand il s’agissait de lui faire faire quelque chose qu’il n’avait pas prévu ou qui l’embêtait. Mais ce couple était indissociable, comme les doigts d’une seule main et ces travaux des champs – commencés au printemps et poursuivis l’été sous les yeux de leur descendance – les résumaient : dans ce domaine, ils se complétaient tellement qu’ils n’avaient même pas besoin de se concerter sur le « qui fait quoi et dans quel ordre ? ». Il leur suffisait d’être l’un à côté de l’autre ; c’était vraiment beau.
Aujourd’hui le tracteur est toujours dans le hangar de la propriété, protégé sous sa bâche de plastique. Il a des ratés, a du mal à démarrer et subit de plus en plus de réparations, mais André l’entretient avec amour pour - qui sait - chevaucher à nouveau cet été son fidèle destrier, lui aussi bien fatigué.
Sur une image persane, par Jean-Claude Boyrie
<p><p><p>llez savoir pourquoi la Terre est ronde</p></p></p>
Allez
savoir pourquoi
la Terre est ronde...
Son visage énigmatique apparaît dans la nuée tourbillonnante du songe. Il a les traits d'un vieillard à l'expression grave et malicieuse, c'est une image qui me ressemble. Vous avez sans doute lu les Mille-et-une-Nuits ? Alors, vous connaissez l'histoire du Génie de la lampe qui répond par l'ouïe et par l'obéissance aux ordres d'Aladin : « J'écoute, j'obéis... ». Le problème est que mon petit fantôme personnel écoute et n'obéit pas. Il représente en quelque sorte un « double » intérieur, il est mon inspirateur, mon jugement, mon guide, ma raison. Il est plus ou moins capricieux, se présente sous diverses apparences, arrive au moment où je l'attends le moins. C'est une créature immatérielle visible uniquement aux yeux de l'esprit, elle ne parle qu'à qui sait ou veut l'entendre. Mais toujours à bon escient... car mon bon génie ne pérore ni ne gamberge. Il me souffle les bonnes réponses aux questions que je lui pose. Mieux : fait en sorte que j'ai l'impression de les avoir trouvées tout seul. Mais ensuite, ce fantôme prodigieusement contrariant me pose à son tour des questions dont je n'ai pas réponse, fait trois petits tours et puis s'en va. Le reste du chemin, il me faut l'accomplir tout seul. Ce soir donc, l'étrange visiteur m'a glissé au creux de l'oreille une révélation stupéfiante. A savoir que la Terre est ronde et qu'on en peut faire le tour. Une telle perspective a quelque chose d'extraordinaire, d'inouï, d'inattendu, vous ne trouvez pas ? Eh bien non, pas vraiment.
Au moment où j'écris ces lignes (1), vous autres « Roums » (2) croyez dur comme fer que cette Terre où nous vivons est plate. Oui, plate comme une assiette, j'allais dire comme une galette de Sarrasin. Vous ne vous demandez pas ce qui se passe en dessous. Peut-être situez-vous là votre enfer, ce lieu d'éternelles ténèbres où se terrent les damnés. Plus prosaïquement, vous pourriez imaginer un monde à l'envers, symétrique du nôtre, mais dont les habitants marcheraient les pieds en haut et la tête en bas. Renversant, non ? Tout est possible, sauf ce qui ne tient pas debout....
Soyons clair : sur ces différents points, vous avez tout faux ! Mon mystérieux visiteur est désolé de vous contredire. Et c'est dommage, parce qu'avec un peu de jugeote et d'érudition vous seriez sans doute arrivés à la bonne réponse. Vous ne me croyez pas ? Oubliez toute idée reçue et prenez la peine de réfléchir par vous-mêmes. Imaginez que vous vous éloigniez du prétendu « centre du monde », où vous vous croyez durablement installés, pour cheminer vers sa périphérie. En vous armant d'un peu de patience et de courage – car, à n'en pas douter la route est longue - vous finirez bien par arriver « au bord de l'assiette ». Là, problème... qu'allez vous faire ? Est-ce que vous plongerez dans l'océan primordial censé ceinturer notre Terre ? Vous laisserez-vous engloutir, tout nus, tout crus, par le vide effrayant de l'éther ? A moins, ce que je vous conseille fort, que vous n'ayez tourné bride auparavant, pour retrouver au plus vite votre niche douillette au centre de l'assiette ?
Aux yeux de mon fantôme personnel, l'issue d'une telle escapade ne fait aucun doute. Il tient qu'en votre lointaine contrée d'Occident, le bon sens est de toutes choses la plus mal partagée.
Si seulement, vous les Roums aviez une once d'esprit critique et d'initiative, si vous aviez lu vos propres classiques, étudié l'œuvre des auteurs grecs et latins : philosophes, mathématiciens, géographes ! Mais de cela, vous êtes bien incapables, parce que vous avez abandonné depuis mille ans le monopole du savoir à vos clercs. Vous croyez aveuglément que la Terre est plate sans l'avoir vérifié, comme l'affirment Augustin d'Hippone, Isidore de Séville, Blède le Vénérable et Jean Scot Erigène. Dix siècles d'obscurantisme vous ont complètement abrutis, votre Dieu lui-même doit trouver fort ennuyeux d'être adoré par des sectateurs aussi niais et ignares.
Il aura fallu que nous les Infidèles, nous les envahisseurs, nous les Sarrasins que vous traitez en Barbares, tirions de l'oubli vos illustres prédécesseurs, sauvions leurs précieux manuscrits, traduisions leurs écrits, bref puisions à vos propres sources et fassions tout à votre place pour retrouver enfin une vérité évidente : à savoir que la Terre est ronde.
Eratosthène, vous connaissez ? Si ce n'est le cas, vous risquez bien de mourir idiots. Ce serait grand dommage pour vous et pour ce savant, car vous lui devez une fière chandelle : il a démontré le premier, et depuis belle lurette que la Terre est ronde. Comment s'y est-il pris ? Oh, c'est tout simple, il suffisait d'y penser. En bon géographe, il a mesuré l'ombre portée par deux obélisques situés en des villes d'Egypte éloignées l'une de l'autre. A propos, ne trouvez-vous pas curieux qu'il ait usé d'un symbole phallique pour montrer que la terre est ronde ? Qu'un obélisque fasse fonction d'étalon ? J'abrège. Par la suite, Erathosthène a calculé l'angle entre la verticale et les rayons du soleil à midi, le jour du solstice d'été. Il a, pour mesurer son arc de méridien, évalué en journées de marches de chameau la distance qui sépare Alexandrie de Syène (3). Soit l'équivalent de cinq mille stades. Plus tard, Ptolémée a repris ces calculs et dressé les premières cartes du monde habité. Hélas pour vous, cet atlas, vous l'avez perdu. D'autres ont récupéré l'héritage que vous n'avez pas mérité.
Attention ! Ne croyez pas que je cherche à vous donner des leçons. Mon nom, c'est Ibn' Sina dont vous avez fait, je crois : Avicenne. Je suis né en Perse, à Boukhara (4). Comment peut-on être Persan ? (5) C'est une longue histoire... Je vis à la cour du Calife, dont je suis à la fois le vizir et le médecin. Je ne cherche pas à être calife à la place du calife. De jour, je me consacre à la « chose publique ». De nuit, j'écris des traités de métaphysique. A ce rythme, ma santé s'épuise encore plus vite que l'huile de ma lampe ne se consume. Au demeurant, mes disciples ne m'ont-ils pas surnommé « Cheikh el Raïs », le Prince du savoir ? Car je suis tout à la fois philosophe, écrivain, poète, médecin, physicien, chimiste, astronome, musicien, j'en passe.... A ce point de mon récit, certains pourront s'étonner : comment un seul homme peut-il acquérir autant de spécialités diverses et surtout les maîtriser ? A ceux-là, je réponds : oui, c'est possible, pourquoi pas ? Les Anciens considéraient que les diverses disciplines du corps et de l'esprit sont complémentaires. Qui s'est exercé à l'une d'elles peut donc se révéler apte à toutes les autres. Les précieux textes venus des Romains et des Grecs, nos savants les ont en partie retrouvés et traduits. Ami des Sciences et des Lettres, le Commandeur des croyants récompense généreusement ce travail : chaque traducteur reçoit une quantité d'or équivalente au poids du poids du livre. C'est dire à quel point les pavés sont recherchés. Aristote n'est pas mal de ce point de vue. Je me suis attaqué sans défaillance à ses oeuvres complètes. Socrate ne présente pas financièrement parlant les mêmes avantages, du fait que ce philosophe dont le nom est connu de tous n'a pas laissé d'écrit. Pour ce qui est des traductions, je reste sur ma faim, n'ayant rien à me mettre sous la dent venant de lui. Mais Socrate m'a fait un cadeau merveilleux : il m'a transmis le démon qui m'inspire aujourd'hui.
Ici, j'ouvre une large parenthèse. Pour qualifier les créatures de diverses natures qui peuplent les airs, les « Gens du Livre » (6) emploient volontiers les mots d' « anges » et de « démons ».... Les anges, créatures célestes, émanent du divin. Ils se situent entre l'intelligible et le sensible. Leur imagination leur permet sinon d'accéder, du moins d'aspirer à l'intelligence suprême dont ils procèdent. Les démons ne sont aux yeux des Chrétiens rien d'autre que des anges déchus (7). Ce terme est plutôt péjoratif ! Je tiens que les démons sont des divinités intermédiaires qui n'ont pas atteint le stade ultime de la perfection. Ils passent auprès des Grecs pour des génies secourables. Les démons sont les messagers des hommes auprès des dieux, se font les interprètes de leurs prières, ils sont porteurs de leurs demandes, de leurs désirs et leurs mérites (8).
Vous vous demandez peut-être à quoi je pense en ce moment, accroupi sur mon tapis persan. La rotondité de la terre est l'objet de ma méditation. Si vous croyez que la Terre est plate, c'est que ne suis pas dans mon assiette. Or, l'assiette ( je n'en fais pas un plat ) est un mauvais tableau, elle renvoie à la nourriture du corps, elle est le reflet grossier de la réalité quotidienne. Tout à l'opposé se situe la sphère, une forme idéale, l'image même de la perfection. La pensée divine a créé les sphères successives qui composent l'univers, la matière qui les emplit. Ces sphères englobent la Terre, la lune, les planètes, les étoiles. Les lois qui régissent la course des astres échappent à l'entendement humain. Pour combien de temps ? La connaissance des mouvements célestes, en admettant qu'on y parvienne un jour, s'inscrit dans la recherche inassouvie d'une intelligence suprême.
L'existence, je m'en rends bien compte, est éphémère. Ange ou démon, mon fantôme n'est pas de ce monde, il est d'une autre nature. Ce qu'Aristote appelle : « l'essence ». Ce qui perdure au-delà des vicissitudes de la vie. Un jour viendra - ce jour ne saurait tarder - où l'huile de ma lampe sera tout-à-fait consumée. Alors, l'ange de la mort viendra me chercher, il me prendra sous son aile protectrice. A cet instant seulement, je parviendrai au but ultime de ma quête : la faculté de revivre dans un monde meilleur, que sa forme soit ronde ou plate.
Notes et commentaires :
(1) Aux environs de l'an mil.
(2) Héritiers du monde
romain. Par extension : les Francs et tous Chrétiens en
général.
(3) De nos jours : Assouan.
(4) Plus précisément
à Afshena dans l'actuel Ouzbekistan. Concernant la vie et
l'oeuvre d'Avicenne ( 980 -1037 ) voir sur internet l'article très
documenté de Wikipedia.
(5) Cf. Montesquieu, « Les lettres persanes ».
(6) Juifs, Chrétiens et
Musulmans réunis
(7) En langue copte, « démon » et « fantôme » sont synonymes. Le « daïmôn » socratique a son pendant dans le textes gnostiques.
(8) Apulée de Madaure (IIème s ap. J-C) : « A propos du dieu de Socrate ».
Mahmoud Farshchian, « Distant drummer » 68,5 x 50, 1980 (partie)
La recherche picturale de cet artiste iranien, né en 1929, mêle traditionalisme et innovation. Ses compositions délicates aux lignes ondulées, aux coloris éclatants, se situent dans la lignée de s miniatures persanes. Fils d'un marchand de tapis, élève de l'Ecole des Beaux-Arts deTéhéran, Mahmoud Farshchian, très populaire dans son pays d'origine expose aujourd'hui en Europe, en Asie, aux U.S.A.
Pierre-Loup, par Christine Jouhaud-Mille
On sonne à la porte, elle ouvre souriante.
- Bonjour Pierre-Loup ! Mais que tu es bizarre aujourd’hui !
- Ha ! Tu trouves ?
Il a répondu les yeux dans le vague, posé un baisé furtif
sur la joue qu’elle lui tend. Habitué des lieux, il se dirige sans hésiter vers
le jardin, franchissant d’un pas automatique la porte ouverte du salon.
Plus tôt dans l’après-midi, elle avait coupé quelques fleurs
de son rosier, la floraison si abondante cette année embaumait les lieux d’un parfum
entêtant. Revenue dans le salon son bouquet dans les bras elle avait composait
harmonieusement son volume en plongeant chaque tige dans l’eau du vase posé sur
la tablette fixée sur l’un des cotés du sofa au style épuré ; sa nouvelle
acquisition chinée chez un brocanteur.
Sur la console laquée noir rectangle simplement agrémenté
d'une unique étagère, un plateau était préparé avec des tasses blanches et
petit biscuits sucrés.
Elle avait regardé sa montre et pensé, satisfaite.
« Tout est prêt, je suis à l’heure pour recevoir Pierre-Loup. »
Pierre-Loup se pique en voulant caresser les pétales rouges
et veloutés du rosier buisson. Il grimace et se dit tout en suçant son doigt
perlé d’une goute de sang, « décidément c’est vrai qu’aujourd’hui je suis
bizarre. Comment fait-elle avec les plantes pour leur donner une telle énergie ? »
Le jardin en carré bien entretenu est fouillé par le soleil,
les rayons experts glissent dans l’olivier aux rameaux d’argent, détaillant par
cette vive lumière le tremblé ligneux de torsades et de branches.
Son ami tourne le dos à la maison où du salon Françoise le
regarde.
« Je le connais depuis des années et trouve toujours
aussi difficile d’accepter ses sautes d’humeur. Comme souvent je finirai bien
par connaître la raison. »
Elle soupire, se lève et sort dans le jardin, lui prend la
main et regarde le doigt marqué d’un léger point rouge, trace de la piqûre.
Sans lever les yeux vers lui.
- Tu
as envie d’en parler Pierre-Loup?
Non, s’exclame-t-il ! Et la prenant à bras le corps il
la soulève du sol en riant, il est l’axe pivotant et tourmenté elle ne se
défend pas, elle sait l’inutilité de vouloir arrêter le carrousel qui tourne jusqu’à
ne plus laisser voir de leurs galops illusoires les chevaux de bois.
Et d’une voix aux accents conquérants, il lance.
- Vous
avez dit bizarre, comme c’est bizarre !!!
4 mai 2009
Paul, par Régine Vivien
Paul
Lorsque Marie reçoit, elle est inquiète. Elle sait que Paul ne va pas chercher à faire plaisir à ses invités, il ne va pas abonder dans leur sens. Au cours du repas, il peut en quatre phrases prouver à celui avec qui il parle qu’il a tort. Il rétorque, objecte, réfute. Il s’exprime haut et fort. Il débat, explique, démontre avec virulence et vigueur.
Bien sûr dans l’auditoire, il se trouve souvent un ou deux convives qui partent à la bataille, répondent et avancent une autre thèse. Alors Paul, méthodiquement, conduit son raisonnement et finit par retourner le débat en sa faveur. Les autres invités généralement ne se sentant pas de taille, ou n’ayant pas l’envie de l’affronter, écoutent, se taisent et comptent les coups.
Marie essaie bien de changer de sujet pour calmer le jeu mais cela finit par deux conversations. Celle qu’elle a laborieusement lancé se meurt assez rapidement et Paul avec une logique et une assurance imparable donne le coup de grâce à son interlocuteur.
Victorieux et aimable il se décide enfin à se mettre en quatre et à offrir toute son attention à l’ensemble de ses invités, leur proposant du vin, encore un peu de fromages. Marie, tranquillisée peut désormais profiter de sa soirée.
Régine Vivien le 29 décembre 2008
Ses pieds, par Régine Vivien
Ses pieds
Ses pieds me faisaient mal. Ils étaient déformés, abimés. Un oignon énorme s’épanouissait sur son pied droit. Elle avait entaillée toutes ses chaussures à talons sur le dessus de son pied droit pour le laisser à l’air libre. Ses pauvres petons s’enorgueillissaient aussi de durillons sous le talon, de quelques cors aux orteils.
Mais elle ne possédait pas de pantoufles confortables pour reposer ses pieds, non ses pantoufles, c’étaient des mules avec de charmants petits talons !!! Elle ne supportait pas de marcher à plat, c’est ce qu’elle disait !!! Elle adorait ses escarpins et ses mules !!! Pantoufles, espadrilles, babouches étaient inconnus de son vocabulaire et de son armoire.
Sa belle sœur, vénérable grand-mère, elle aussi, se gaussait de cette étonnante habitude. Elle, elle avait de bonnes chaussures, chères, mais adaptées à ses pieds, confortables.
- Madeleine, à ton âge, tu devrais songer à te chausser convenablement.
- Je ne peux pas marcher à plat, je ne le supporte pas.
Je la voyais s’asseoir et discrètement lever les talons de ses chaussures pour se soulager. Je pestais intérieurement. Moi-même je porte une attention toute particulière à être à l’aise dans mes bottines, souliers. Un jour je l’avais emmené voir un pédicure qui s’était bien occupé et avait soigné ses misérables pieds. Mais, bien entendu elle préférait se payer le coiffeur et ne tenait aucun compte des remarques raisonnables de sa famille !!! J’avais donc renoncé à me soucier de ce caprice. Mais je la voyais, incidemment arriver avec une autre paire d’escarpins blancs assez serrés, me disant
- Je me sens très bien dans ceux-là.
Je me dispensais de répondre et grondais en moi-même !!! Je ne lui faisais de remarque que pour ses mules car là cela dépassait ma patiente.
- Mais tu n’as pas de pantoufles pour te détendre.
- Non, tu sais bien, je ne me supporte pas avec des chaussures plates
Bref, ses pieds lui appartenaient, sa coquetterie aussi et de plus elle était toujours souriante, ma mère, alors….
Régine Vivien Le 15 décembre 2008
Attente sous la pluie, Laurence Bourdon
Dimitri Pietrowski a pris sa décision ; il irait patiemment attendre, à la sortie de l’école dans l’espoir d’en voir sortir son fils Nicolas qui, l’avait renié depuis son divorce d’avec Lison. L’homme en est profondément malheureux et a déjà fait de nombreuses démarches auprès du juge pour non présentation d’enfant, mais que faire lorsque c’est le petit qui refuse obstinément de vous rencontrer ? Il irait donc attendre avec les mamans qui allaient chercher leurs rejetons ; lui n’est en quête que d’un baiser et se satisferait même d’un regard, à condition qu’il fût bienveillant…
Certes Dimitri avait eu des torts, il les admet tous. Il avait sombré dans un alcoolisme mondain, et, ayant le vin mauvais, il s’en était pris le plus souvent à Lison en présence de Nicolas. Il s’en veut maintenant, a le sentiment d’avoir tout perdu avec ce divorce : sa femme qu’il aimait tant et le petit de 9 ans qui ne l’excuse pas. Comment lui expliquer l’inexplicable, se faire pardonner l’impardonnable ?
Fin Novembre, début Décembre, il veut renouer : l’avoir au moins un peu pour les fêtes, lui montrer qu’il a réellement changé.
……………………………………………
La sortie des classes est largement passée, à présent. Dimitri Pietrowski veut rentrer à la maison. Malgré ce, il respecte scrupuleusement le code de la route et traverse dans les clous, ou plutôt sur les clous, ce qui s’avère relativement dangereux tant ils sont rendus glissant pas la pluie torrentielle qui s’est abattue sur la capitale.
Tout en marchant pesamment, il revoit la rencontre. Ah, ces « retrouvailles » tant espérées ! Il a mal. Il manque glisser. Il se reprend.
Lison s’était trouvé un autre compagnon que Nicolas adorait. Y avait-il comparaison possible ?
Toujours était-il que Dimitri s’était retrouvé devant l’école, sous une pluie battante, avait remonté son imper au dessus de sa tête pour n’avoir pas l’air tout dépenaillé. Ses vieilles chaussures commençaient à prendre l’eau ; il n’était plus qu’un boc d’humidité et s’était dit qu’il aurait bien piètre allure devant Nicolas. Ne pas lui faire honte… Ne surtout pas lui faire honte malgré cet accoutrement, qui maintenant qu’il était trempé n’avait plus l’air de rien.
Il avait allumé une cigarette pour tromper l’attente. Il allait bientôt être l’heure. Les portes s’ouvriraient et les enfants s’éparpilleraient comme une volée de moineaux : ne pas rater Nicolas, il n’aurait que quelques instants pour le repérer, le héler, espérer un regard, une bise…
L’enfant rentrait seul à la maison, il ne s’attarderait pas longtemps mais si quelques mots pouvaient être échangés, ce serait le bonheur. Dimitri s’était conditionné pour se contenter de peu afin de ne pas être déçu.
16h30 : la porte s’était ouverte et les enfants s’étaient égayés sur le trottoir, qui, rejoignant sa mère, qui, regagnant la maison comme un grand. Dimitri s’était mis sur la pointe des pieds pour essayer d’entrevoir son fils au milieu des parapluies des mères prévoyantes. Soudain, il le vit ! Son cœur battit la chamade. Dieu qu’il avait grandi ! Ce serait un beau jeune homme à l’allure carrée. Il était déjà grand pour son âge, ses cheveux frisés bruns et ses grands yeux verts lui donnaient un charme fou.
- « Nicolas ! » appela Dimitri.
Machinalement, le garçon se retourna et croisa le regard de son père qui implorait un signe de reconnaissance. Mais Nicolas darda sur son père un regard plein de dégoût, il resta là comme pour mieux lui faire mal. Il aurait voulu que son père baisse les yeux, ce que ce dernier finit par faire, ne supportant pas l’arrogance et la haine qu’il lisait dans les yeux verts de son fils. Nicolas tourna alors les talons et s’en alla nonchalamment, sûr de ne pas être suivi après cette joute silencieuse. Quel con pensa-t-il, en plus à la sortie de l’école !!!! Et pourtant, ce n’est pas un mauvais bougre, il ne m’a jamais rien fait, mais maman a tant versé de larmes qu’elle ne méritait pas que je ne veux pas lui faire de mal en le rencontrant de nouveau : ce ne serait pas loyal.
Dimitri, sidéré, resta planté là, incapable de bouger au milieu de ces enfants enjoués retrouvant leurs parents. Il était hébété.
Que ferait-il à présent ? Rien.
Il attendrait que la porte de l’école ferme. Il attendrait et se retrouverait seul. Il attendrait longtemps dans l’espoir que Nicolas change d’avis en chemin. Mais non…
Soixante minutes se sont écoulées, soixante minutes de pluie et d’hébétude.
Dimitri Pietrowski veut maintenant rentrer rapidement à la maison pour y retrouver pour compagne sa solitude.
Laurence Bourdon
Thème : Décrire un personnage en action
Le crucibverbiste, Laurence Bourdon
LE CRUCIBVERBISTE
Lorsque, de guerre lasse, il ne trouvait pas la solution de l’énigme, il s’entourait de dictionnaires ; dictionnaires des mots croisés, des noms communs, des noms propres, encyclopédies. Il n’avait pas besoin de courir la maison pour en faire la collecte ; ils étaient en effet tous regroupés derrière la table, voire déposés sur celle-ci la veille pour le lendemain. Une nouvelle quête démarrait alors. Il sortait tout d’abord de sa boîte une grosse loupe munie d’une ampoule électrique et passait d’un ouvrage à l’autre jusqu’à ce qu’il arrive à ses fins. Il lisait toujours les définitions pour s’assurer que la lettre ou les lettres s’insérant dans le puzzle des mots fléchés corresponde(nt) bien à la définition du mot recherché. Exercice de mémoire autant que de vérification. Il était parfois obligé de rectifier les erreurs du premier cruciverbiste, gommait alors case après case. Il n’avait pas d’état d’âme à ce moment, il remettait les bonnes lettres à leur place avec, cependant, la satisfaction d’une femme de ménage une fois son travail accompli.
Quand il avait déjoué tous les tours du verbocruciste, il s’attaquait à un autre mot fléché avec la même ardeur.
L’âge venant, le vieil homme qui allait vaillamment vers la centaine d’années dut plus souvent reposer ses yeux et ralentir le rythme de son activité fétiche non sans regret.
Maintenant qu’il n’est plus, les cases vides des mots fléchés sont elles aussi orphelines, les dictionnaires sont rangés et vont prendre, avec le temps, la poussière. Les pages non terminées des mots fléchés sont jetés avec une pensée pour lui :le cruciverbiste, le correcteurs de nos erreurs, le trouveur d’affluents aux noms imprononçables
Fasse que dans l’au-delà, mon grand père retrouve les siens et que son chemin croise au moins celui de Jacques Vessid qui saura lui donner du fil à retordre.
Laurence Bourdon
Max.
Max
« Il est libre Max! Y'en a même qui disent qu'ils l'ont vu voler.... »
( Hervé Cristiani )
7
Mais qu'est-ce qu'elles ont toutes à tourner autour de lui? Qu'est-ce qu'elles peuvent bien lui trouver? Le gamin que je suis a bien du mal à comprendre...
Parlez-moi d'un vaurien, d'un chenapan! Indiscipliné, vaniteux, bagarreur, il a tout pour plaire, celui-là! Mieux vaut ne pas lui chercher des crosses! Grand-mère en est bien consciente, qui m'a mis en garde contre lui: « Méfie-toi de Max, petit! Quand on le cherche, on le trouve! »
En fait, ce fanfaron, je le trouve sans le chercher. D'une certaine manière, il me fascine. Max cultive le paraître. Il arbore les tenues les plus clinquantes, aime les couleurs voyantes, raffole de tout ce qui brille, rutile: les paillettes, le strass, j'en passe.... Mais je m'émerveille surtout de son ramage. Car Max est de loin le meilleur chanteur du village. La nature l'a doté d'un organe superbe, qu'il a conservé intact. On s'est gardé de le chaponner, comme cela se pratique à l'Opéra, paraît-il. Cette voix magnifique, il la pousse sans effort apparent jusqu'aux octaves les plus hautes. Du fait d'une tessiture pure, cristalline, il est sans rival dans l'exécution de trilles, roulades ou vocalises....
Pour faire bref, en ouvrant ma fenêtre le matin, je n'entends que lui.
La gent féminine en glousse de plaisir, lui fait des yeux de velours. Toutes folles de lui, de ce dragueur invétéré qui le leur rend bien! Avec ça, Max est d'un naturel exclusif et jaloux! Une fois qu'il a marqué son territoire, plus de partage possible: il ne souffre pas qu'un autre lui dispute sa compagne. enfin, celle du moment: « Pas touche à ma bonne amie! Si quelqu'un s'approche, gare à mes griffes! » lance-t-il à la cantonade. Quel ego!
De fait, personne n'ose s'approcher. Ni de lui, ni de sa poule. Nul ne se risque à le défier. Moi-même, dans ma jugeote enfantine, trouverais juste qu'il laisse un peu de place aux autres. Ses rivaux potentiels ne manquent pas. N'est-il pas étrange qu'ils se fassent ainsi marcher sur les pieds? Qu'ils laissent à un autre le soin d'accomplir à leur place ce qu'ils eussent aimé faire par eux-mêmes?
Or, force est de constater que les galants éconduits acceptent sans broncher la prééminence de Max en tant que mâle. Je m'en rends bien compte à leur mine contrite d'amoureux transis. Enfin, c'est dans l'ordre des choses: un chef de clan, ça doit se faire respecter. Les belles reviennent de droit au plus fort, au plus beau de tous, au grand dam des autres prétendants.
Au fait, je vois de temps en temps l'un ou l'autre disparaître, je ne sais pas trop ce qu'il en advient. Mon histoire se passe juste après la Guerre, voyez-vous. L'existence est rude à la campagne. On manque de nourriture, de confort, on fait feu de tout bois. L'espérance de vie est loin d'être alors ce qu'elle est devenue depuis. Je me souviens du jour où ce fut Max lui-même qui manqua à l'appel. Bien que ce ne fût pas un personnage sympathique, il laissait quand même un vide derrière lui. Quelque temps, ses veuves éplorées tournèrent vainement en long, en large et en travers, l'air effaré. Puis, elles finirent par se résigner à son absence. On ne me fournit aucune explication quant à cette disparition subite. Lorsque j'entrepris ma grand-mère à ce sujet, à l'heure du déjeuner, l'aïeule se contenta de me répondre: « Tais-toi, petit, mange ta soupe... et ton blanc de volaille! »
Ce que je fis, sans lever le nez de mon assiette. Il me vint alors une vague envie de pleurer. Le blanc de poulet, soigneusement détaché de l'aile, était mon morceau préféré. Mais là, je le trouvai sec et coriace, du fait que la sauce au vin l'accompagnant était servie à part et réservée aux adultes.
Je ne sais pourquoi, je pensai à Max, dressé sur ses ergots, ébouriffant ses plumes, en train de pousser son chant. Puis, je séchai mes larmes. Même le plus noble, le plus orgueilleux des coqs ne peut régner indéfiniment sur la basse-cour, ce serait trop beau. Au fond, Max n'avait pas raté sa sortie.
L'indécis, de Michelle Jolly
L'indécis
Ligne 134, la marche est haute,du mal à monter, ton pied, maladroit.
Le car est bleu. Tu baisses la vitre, que fais-tu là? Rien n'a changé!
Tu fermes les yeux, l'odeur est la même : sueur,vieille eau de Cologne et marché du matin. Le parcours? Lassant; le car est bleu, et lent..
u grognes :« Je n'ai jamais aimé sortir de ma maison ». Tu t'assois; tout au fond pour étendre tes jambes; bailles un peu, cherches un plan dans ton sac, l'étales devant toi. La montagne est bien là, la cabane,les arbres ont épaissi, le car avance vers le lac, tu reconnais : un été, une année.. c'est loin.. Arrêt , le car se vide un sursaut, il repart lentement. Tu es presque seul maintenant, il faut aller au bout; mais pourquoi cette envie de repartir dans l'autre sens? ...La route descend, l'air est plus frais; tu remets dans ton
sac le plan et tes lunettes, quelques pas vers la porte; arrêt. Tu hésites, la marche est haute, du mal à descendre, grognement « Je n'ai jamais aimé sortir de ma maison » tu marches un peu; attente avant de frapper, oseras-tu frapper?
Avoir fait tout ce voyage pour rien? Allez..



