Au-delà du balcon....
Au-delà du balcon....
Premier jour de l'automne. Au-delà du balcon,
Dans le ciel embrasé que sait faire septembre,
Je voyais les oiseaux, sans rime ni raison,
Voleter comme en rêve aux vitres de ma chambre.
Je voyais les oiseaux venir sur mon balcon,
Se poser [do, ré, mi], notes d'une portée,
Alignés [si, la, sol], formant partition,
Sur la rambarde en fer, en gamme improvisée.
Au balcon tout rongé par la lèpre du temps,
Je voyais au travers des plantes aériennes,
Des oiseaux sans couleur, d'autres roses et blancs,
Tourbillon rococo de volutes amènes.
Je voyais [fa, do, ré], dans un éclair furtif,
Les oiseaux, nés de l'instant, ailes sans trêve,
S'éloigner dans le ciel [la, mi, sol], angle vif,
Escadre frissonnante aux frontières du rêve.
Je voyais s'évanouir, me laissant nostalgique
De leur vol (éphémère et fugitif instant)
Le ballet des oiseaux, farandole magique.
A l'oreille du souvenir mugit le vent.
Jean-Claude,
avec les contributions croisées de Chris, Nicole, Jean-Michel et Carole.
Pablo Picasso: "Les pigeons", 1957
Huile sur toile, 100 x 81 cm
Collection privée.
L'Isle, par Anny Sala
L’Isle
Demain, à l’heure ou le ciel et la mer se confondent,
J’accosterai sur notre terre flottante,
Ile aux contours mouvants, à la merci des eaux,
Chardons bleus des sables, lavandes et raisins de mer.
J’irai te retrouver, protégée des regards,
Amour tempête, naufrage toujours possible,
Volupté, chaleur de la lande, envol d’oiseaux,
Instants divins, baisers volés, rêves fous.
Je t’enlacerai à la merci des eaux incertaines,
Amours obstinées, calme inaccessible
Brûlants souvenirs, criques aux plages secrètes
Arrimé aux rochers, inlassablement tu m’attends.
Prendre naissance, par Carole Menahem Lilin
Prendre naissance
Après les sons de trompette
Jaillissement
Poche percée
Tracer aurore
Après les vagues écartelées
Vagissements rouges
Pouvoir être
Après les
Voiles blancs
Passée l’angoisse piment
Passés les rocs d’accouchement
Prendre naissance
Et
Respirer
Poumons ouverts
Comme des ailes
Et
Voleter
Entre les rires déchirés
Dans l’amour présence…
Et
S’endormir
Sur les crépuscules du lait
Et les vagissements roses
Petit Christ ébloui,
Gargantua tendre
Pressé d’épuiser l’amour
Heureux de téter le monde…
Randonnée en Cevennes
Randonnée en Cévennes
Tonnerre… mais ça me dit quelque chose !
Au détour du chemin, un éventail qui s’ouvre
Comme le bruit d’une porte qui claque.
Mais non, le son assourdi du violon
Qui vogue,
Et mes genoux qui craquent.
Mais oui, ça me dit quelque chose,
Ce rouge brun, dans ce vert émeraude,
Qui ricoche, clopin- clopan
Vers chateignes qui roulent.
Ça me dit quelque chose, ce vent qui siffle
Et cette odeur d’algue, au détour du ruisseau ;
Goût de miel ou d’acier,
Rouge feu des cendres,
Dans ces résineux dont les ombres
Déferlent en tempête.
Mais oui, ça me dit quelque chose,
Après Banyouls, mais non, après Maury,
Ivresse…
Ces rires…
Celui de Dany, d’Annie,
Qui déchirent la surface du silence
Et cet océan d’impuissance,
Avec le Saint esprit qui danse.
Mais oui, ça me dit quelque chose,
Cette chaîne dorée
De silhouettes qui marchent, qui sautent
Qui volent,
Pour atteindre le sommet
De l’arc-en-ciel accroché
A la brume dentelée
Du col du cheval blanc,
Mais non, celui de l’homme mort,
Enfin, celui que vous connaissez tous,
Derrière Notre Dame De La Rouvière,
Au fin fond des Cévennes.
Mais oui ! Vous vous souvenez !...
Ce brouillard, dans lequel, en soufflant, nous glissions.
L’écho du rire de Raymonde, bien qu’absente ce jour là,
Criait : « marche plus vite, Mireille,
Ne parle plus, respire !
Tu as déjà fait cinq kilomètres, il t’en manque seulement Dix ! »
Cet écho réveillait dans nos cœurs
La tendresse,
De celui qui marchait sur les eaux,
Sans nous faire plonger,
Ni surtout se moquer.
Répétitions et reprises, explications
Certains textes, poétiques ou de prose, sont scandés par des éléments répétitifs. Parmi les exemples connus de poèmes, il y a le Liberté, de Paul Eluard ("Sur mes cahiers d'écolier, Sur mon pupitre et les arbres, Sur le sable de neige, J'écris ton nom. Sur les pages lues, Sur toutes les pages blanches, Pierre sans papier ou cendre, J'écris ton nom"), ou le poème d'André Breton, dont de nombreux vers commencent par ces mots "Ma femme" ("Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre, Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de première grandeur...") Pärmi les textes de prose, on peut penser également au texte célèbre de Perec, "Je me souviens".
D'autres poèmes ne reposent pas sur une répétition stricte, mais sur une variation autour d'un même mot, ou d'une même idée. Ainsi l'émouvant "Demain, dès l'aube..." de Victor Hugo scande le cheminement du poème par des verbes associés au voyage :"je partirai", "J'irai", "Je marcherai", "j'arriverai"...
A votre tour, jouez avec ces formules répétitives, ou ces variations. En voici quelques-unes, vous pouvez en proposer d'autres :
Je sais que, Je me souviens, Je te l'ai dit pour..., Je n'ai pas oublié, J'ai oublié, Il y avait, Comme... comme, Voici, Pour... pour, Même si... Même quand, Que voulez-vous..., Si je vous dis... A l'heure dite, à l'heure maudite, à l'heure sacrée..., Ton amour est..., Je partirai, J'irai, Dans ma maison..., Tu viendras... tu reviendras...
